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leurs qualités de vivants, en y gagnant quelque liberté dacliou, un peu de mystère et de surnaturel. Ils entreraient d'ailleurs logiquement et régulièrement dans la classification des morts. Ce sont des morts qui, pour une certaine raison, n'ont pas dépouillé leur ftme. La raison vaut-elle plus que l'effet? Peut-être. En tout cas, c'est au tombeau, i\ la relique, suggérant l'idée qu'une vie latente y est enfermée, capable de se réveiller avec sa puissance, que s'adressent en fin de compte la révérence et le culte. L'entretien, le service et l'usage de cette puissance assoupie font l'objet et la raison de celui-ci.
Toutefois, nous n'avons pas comparé sans scrupule à des corps de vampires les reliques de héros. Quand Cimon rapj)orta à Athènes celles de Thésée, c'étaient des os bien secs. Les morts des maisons funéraires, comme les momies égyptiennes, avaient passé par tous les degrés du rituel purificateur qui achève le stage des morts. La comparaison proposée entre la condition posthume des héros et l'état premier de la mort vaut certainement comme figure, nous sommes moins sûrs qu'elle vaille comme raison, au moins comme raison générale de l'héroïsation.
Mais, dans un cas aussi complexe, nous n'en sommes pas à un facteur près. M. Czarnowski explique en effet fort ingénieusement d'une autre façon, par l'idée que les Celtes se faisaient de la mort définitive, non seulement les espérances de salut qu'ils attachaient aux héros, mais l'aptitude générale de ceux-ci à remplir un nombre indéfini de fonctions divines. Les héros, selon les Irlandais, sont capables de revenir sur terre en se réincarnant. Or toutes les âmes indifféremment peuvent se réincarner. La mort les rend disponibles. C'est sous celte forme que les Irlandais ont conçu la vie
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d'oulre-tombe. Elle remplit un réservoir de vie que sans cesse vident les naissances. Le pays des morts est le berceau de la vie. Les âmes en sont sorties, par troupes à l'origine, puis une à une, pour peupler la terre des vivants. Cette représentation d'une immortalité qui se déroule en réincarnalions est apparemment en contradiction avec celle d'une survie et d'une mort incomplète que nous venons d'examiner, car la transmigration ne peut commencer qu'au moment où la mort a produit toutes ses conséquences et quand le corps est complètement désaffecté. Mais il ne faut pas s'arrêter à cette contradiction; toutes les notions religieuses en comportent et en concilient. Celle des héros parait s'accommoder d'une pareille représentation de la mort et de ses conséquences. L'immortalité commune des morts est alors la raison et la condition de leur propre immortalité. Môme, la mort qui les consacre dans l'épreuve oij ils succombent, les met en mesure d'exercer plus efficacement leur vertu après une autre naissance. D'ailleurs, les âmes ne se distinguent en aucune façon, ni dans l'autre monde où elles doivent affiner, ni dans ce monde où elles s'agitent, des autres esprits et, en particulier, de ceux qui circulent en troupe invisible dans les fêtes. Le réservoir des uns et des autres est le môme et fournit à tout indifi'éremment; les mômes esprits deviennent, selon les hasards de leur affectation, dieux, héros ou simples mortels. Ainsi le roi irlandais Mongan passait pour être à la fois la réincarnation du héros Finn et du dieu Manannan'. La synthèse des principes contradictoires qu'enveloppe la nature héroïque se trouve réalisée dans de pareilles conditions. Ce passage d'un même
1. Czarnowski, p. 16G sqq. A. Nutt-K. Meyer, Voyage of Bran, t. I, p. 199 sqq.
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esprit à travers une pluralilé de fondions, qui le nu-ncn du gouvernement de la nature à celui d'une tribu, en lui donnant le moyen d'y ramifier indéfiniment sa parenté, explique dune façon concrète quelle est par rapport c'i une société la position du héros'. Par lui elle a prise sur le monde où elle vit, sur lui est fondée l'autorité qui la gouverne et de lui émane la force sur laquelle elle compte, car, si elle se représente une Ame de héros se réincarnant parmi elle, c'est dans le chef qu'elle la reconnaît; en un mot elle peut se résumer en son héros comme en son chef et son représentant envers les dieux et envers les hommes. La mort n'y contrevient pas ; elle ne fait que diversifier les lions qui rattachent le symbolisé au symbole.
rsous venons de raisonner comme si les réincarnations avaient été censées se produire dans un cercle de parenté étroitement tracée Si quelque esprit de fantaisie a présidé à la représentation des réincarnations, le cercle ne s'en est pas trouvé indéfiniment élargi, car il ne s'agissait toujours que de l'Irlande. Mais au moins les héros et les autres morts ne sont plus séparés, dans celte conception, par des différences irréductibles; les premiers ne se distinguent que par un indice d'excellence. La discordance pathétique, où se sont heurtées quelquefois la représentation de la mort et celle du héros, semble être aplanie. La difficulté a disparu, mais par omission ; les morts ne comptent plus; il n'y a plus que des esprits parmi lesquels ceux qui reçoivent un culte sont des héros, à moins que ce ne soient des dieux.
Malheureusement ce moyen de réduire les héros aux morts ne nous est pas donné partout. La croyance à la
i. Voyage of Bran, t. I. p. 4^ sqq; t. II, p. l sqq. 2. Exemple des Hui Amalgada,cL Czarnowski, p. 1^9.