PREFACE LXXXIII
réincarnation des âmes n'est pas commune à toutes les sociétés qui ont eu des héros. La Grèce s'en est passée. Mais en outre la même difficulté reparaît d'un autre cùlé ; car nulle théorie de l'au-delà ne dépouille plus complètement les morts de leur humanité et de leur individualité que celle dont il vient d'être question ; nulle ne fait mieux comprendre que les morts, comme pour les Grecs, deviennent normalement des o?'1;j.ov£;, des genii, des forces anonymes dépourvues d'attributs permanents'. Or, pour les Irlandais, les héros, les dieux aussi, mais on a vu qu'ils se ressenjblent, conservaient à travers leurs réincarnations le souvenir de leur nom et de leur caractère. C'est à notre avis un trait irréductible et spécifique. Aa-lijLOvîs et Y^atoî^ sont deux noms et deux espèces. Toutes deux sont alimentées par la mort. Le fait pur et simple de la mort ne qualifie pas les héros. Tout au contraire, il faut demander à leur caractère de héros la raison de la ténacité avec laquelle leur âme doit demeurer attachée à leurs restes mortels et leur nom à leur âme. Il s'agit, cela va sans dire, des héros typiques, par rapport auxquels se définit par reflet la valeur des autres, et dont il reste autre chose qu'un culte et un monument. Car, là où sont développés les cultes héroïques, il en est une foule que rien ne dislingue, pas même un nom, du reste des morts obscurs et oubliés.
N'est-ce pas à titre d'ancêtres que les héros ont été pourvus par l'imagination des leurs de ces dons qui les