LXXXVI PRÉFACE
C'est ce qui oj)parait assez clairement dans le cas des héros, fort nombreux, qui font fonction de génies locaux'. Une chanson ne saurait évoquer deux jeunes gens qui se rendent ensemble au bord d'un lac, sans conclure qu'ils s'y sont noyés. C'est une nécessité logique. La mort fixe resj)nf, elle arrête le héros ou le dieu dans sa course, là où son image doit rester attachée.
Mais de plus il semble qu'il y ait une convenance pour ainsi dire esthétique entre la quahté des héros et le sort final qui leur est imaginé. Un héros n'est complet que s'il fait une fin paliiétique et plus encore, s( mble-t-il, si la société qui se mire en lui a souffert de son désastre. On s'étonne que les peuj^Ies prennent plaisir à commémorer leurs défaites. La douleur rétrospective qu'ils y éprouvent est une source d'intimes satisfactions.
Le goût esthétique de la douleur n'est pas une dépravation sentimentale de l'humanité vieillie, ni un raffinement de son âge adulte. Il commence très bas et très tôt. Il trouvait sa satisfaction dons nombre de fêtes. Les Anthestéries d'Athènes et les Adonies, avec leur étalage de deuil, suivi de détente joyeuse, en sont des exemples. Le jeu de la douleur, le rappel ou Tanticipation du chagrin, qui ne blesse pas parce qu'il est anticipé ou passé, est un contraste à la joie et au rire, mais il en est également un équivalent et peut-être un stimulant.
S'il s'agit d'un personnage, une suite ininterrompue de succès et de réussites ne plaît qu'à demi et finit par déplaire. Dans le domaine de l'imagination, elle engendre l'ennui ; la défaveur, dans la réalité. Il faut que les travaux