LXXXVIII PRÉFACE
Les faiblesses de ceux-ci et leurs échecs leur donnent de l'humanité. Leur catastrophe achève leur type et finit de les accommoder à leur fonction symbolique. Elle termine l'idéal rôvé parla surprise de la mort. Elle ajoute, pour ainsi dire, le mythe de celle-ci aux mythes de la vie. C'est en effet par une véritable mythe de la mort que se termine la légende du grand héros polynésien Maui, qui est un héros entre les héros. Il a perfectionné hameçons et filets, inventé le feu, péché les îles, enchaîné le soleil ; mais il est mort et c'est parce qu'il est mort que la mort sévit dans le monde'. Mythes de la vie, mythe de la mort, dans celui-ci comme dans ceux-là le héros fait son personnage et c'est le personnage principal.
Mais c'est le mythe qui fait le héros, ce n'est pas la mort. Nous ne pensons pas que, les morts une fois pourvus d'âmes immortelles, quelques-uns d'entre eux n'aient eu qu'à s'élever au grade de héros-. 11 y a des héros qui effectivement sont des morts, d'autres qui ne sont que mythe et légende. Nous pensons qu'on ne saurait les séparer les uns des autres. Nous nous sommes surtout occupés des seconds, croyant qu'ils doivent moins aux premiers que ceux-ci ne leur doivent. Le développement normal de leur légende les conduit au type du mort puissant. Les conditions dans lesquelles elle se développe y sont d'ailleurs favo-
i. E.-B. Tylor, Primitive culture, t. I, 3« éd. p. 336.
2. J.-G. Frazer, The belief in imniortality and the worship of the dead Gifford Lectures, 1911-12. M. Frazer donne comme exemple d'une première forme de culte, procédant directement de la ri'pre>entation de Tâme du mort, celui du serpent Wollunqua, chez les Wanamunga (Vu.stralie septentrionale). Le Wollunqua est un totem, mais purement mythique et seul de son espèce. Il est l'objet de fêtes à figurations dramatiques dont le caractère désintéressé a été fortement mis en lumière par M. Durkheim (lî. Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, p. b3y).