Dante, Inferno, canfo V. v. 67 et v. 73 ss
verts d'opprobre'. Ainsi tout ce qui louche le groupe familial ou seulement un de ses membres atteint le héros ancêtre.
Les villes, les cités ont des héros qui sont leurs protecteurs, leurs défenseurs et à l'intervention desquels on rapporte tout ce qui touche à la vie de la collectivité. Ce sont les héros arche g êtes. On les a nommés très justement les magist)'ats surnaturels des cités. A cette catégorie appartiennent les fondateurs de villes et d'états".
Les sectes et les confréries de toute nature vénèrent aussi comme héros leurs fondateurs ou bien encore ceux d'entre leurs membres qui ont incarné l'idéal du groupe. Chaque membre de la secte ou de la confrérie, par cela môme qu'il y appartient, participe aux bienfaits que le héros a réalisés. Les étrangers n'en profilent qu'en second lieu s'ils n'en sont pas entièrement exclus ^
Les groupes professionnels, les corps de métiers ont pareillement leurs héros et leurs saints particuliers. Ils ont créé la profession dont ils sont les patrons, ou bien ils l'ont honorée par leur habileté. D'autres encore sont vénérés comme des membres de la corporation qui se sont illustrés par leur martyre et ont fait ainsi rejaillir leur gloire sur leurs confrères*.
1. Pausanias, 1. I. c. 5; Démosthène, XX, 94; XXIV, 8; Isocrate, Exceptio adversus Calli7naclium,^6\, éd. Didot. p. 268.
2. Très nombreux exemples dans Roscher, Lexikon, art. cité, et dans Ohlert, OD. cit.. Cf. Fustel de Goulanges, La Cité Antique. livre III, ch. V : Le culte des fondateurs.
3. Cf. Fustel de Goulanges, op. cit., p. 172 et p. 175: exclusion des étrangers du culte des divinités poliades, qui souvent sont des héros. — II va de soi que les cultes héroïques particuliers des sectes et confréries sont des cultes intérieurs. Parfois môme ce sont des cultes secrets.
4. Ainsi les saints Cosme et Damien, patrons des chirurgiens, ont réussi des opérations merveilleuses. — Saint Crépin et saint Grépinien, deux cordonniers qui ont souffert le martyre, sont devenus les patrons de leur corporation. — On voit tous les jours des associations professionnelles prendre le nom de quelque homme illustre dans sa spécialité.
Lorsqu'il n'est pas légué au groupe par une tradition immémoriale, le culte du héros est le résultat d'une véritable élection.
Le héros est nommé par les pouvoirs publics compétents. En Grèce, V/n'roïsation est régulièrement prononcée par l'oracle de Delphes'. Plus tard, ce furent le Sénat, à Rome, ou bien les magistrats municipaux, dans l'Empire, qui décrétèrent l'institution des cultes héroïques*. En Chine, les Pères des Murailles et des Fossés, qui sont les patrons des villes, sont nommés parle chef de TÉgUse taoïste avec l'agrément de l'Empereur \ Des héros sont également nommés par des corporations, des écoles ou des familles qui les vénèrent comme patrons particuliers ^
De même les saints de la chrétienté primitive, qui sont des héros d'une espèce spéciale, furent nommés par la voix du peuple, tout comme les évoques. Peu à peu, la constitution de l'Eglise se transformant dans un sens monarchique et centrahste, les évoques d'abord et plus tard Rome s'arrogèrent le droit exclusif de canonisation.
h'he'roïsation et la canonisation sont donc des actes publics, analogues à l'institution d'un régime ou à la nomination d'un magistrat. L'individu peut tout au plus les
1. Exemples dans Pausanias, VI, 38, 5; VIII, 23, 7 : IX, 38, 3; Hérodote, I, 167; V, 114. — Cf. l'invention des reliques de Thésée sur l'ordre de l'oracle : Plutarque, Vila T/iesei, cap. XX.KVI; Vita Cimoni, VIII; Pausanias, III, 3, 7. — Cf. Rohde, op. cit., I p. 177 ss.
2. Exemples dans Corpus Inscript. Grsec, N" 2437 ss ; 3462, 3492, etc. Cf. Roscher, art. cité, 2487 ss., 2534. — On ne peut confondre l'hérolsation par le Sénat ou les maf^islrats avec l'introduction de cultes étrangers que décrètent les mûmes pouvoirs. Kn effet, quand un sénatus-consulto ordonne une introduction pareille, il s'agit de divinités anciennes, qu'on transporte seulement à Kome, afin d'afTirmer ainsi le lien de sujétion qui unit les provinces à la capitale. Ce n'est pas une nomination de dieux nouveaux.
3. Cf. De Groot, Les cultes célébrés annuellement à Amoy (Annales du Musée Guimet, série in-4», XX). p. 589 ss., cf. p. 72.
4. Rohde, op., cit., p. 353 ss. Roscher, art. cité, col. 2548 s.
10 SAINT PATRICK KT LE CULTK DES HÉnoS
provoquer en révélant, parexcm[)lc, Texislcnce d'un liéros. Encore celle intervention se produit-elle toujours dans des formes rituelles, admises comme formes régulières de la révélation. Ainsi les songes sont un moyen classique par lequel les héros et les saints se font connaître et réclament un culte '.
Lors même qu'on ne peut indiquer une nomination solennelle comme origine d'un culte héroïque, celui-ci tire sa légitimité du même principe dont se réclame l'autorité des régimes et des magistrats. C'est le cas des cultes qui datent d'un temps immémorial, et qui sont ainsi légitimés par leur ancienneté même.
Le fait est que le culte des héros prend l'aspect d'un culte de magistrats. Celui des Empereurs romains est un exemple topique. Les martyrs sont les maîtres, les goiivernants des villes'. En Chine, les Pères des Murailles et des Fossés sont chargés de l'administration des villes^. Ils sont d'ailleurs pour la plupart danciens mandarins et ils constituent une hiérarchie parallèle à celle des fonctionnaires vivants *.
De plus, tout comme un magistrat, le héros peut être
i. Ainsi un certain Naulochos est déclaré héros dans la ville de Priène après qu'il est apparu trois fois en songe à Philios de Salamine en compagnie de Démeter et de Korc : Rohde, op. cit.. Il, p. 359 note 3. On fit un tel abus des songes pour découvrir les reliques de martyrs inconnus que les synodes et les docteurs de l'Eglise s'en sont émus comme d'un véritable scandale : Cf. Canon XIV du III" Concile de Carthage, dans Mansi, III. p. 'J71 : « Quae per somnia et per inanes quasi revelationes quorumlibet hominum ubique conslituuntur altaria omnimodo reprobentur. » On sait que les autels étaientérigés sur les tombes des martyrs. Cf. aussi Sophronius, De peccalorum confessione, dans Migne P. G., t. LXXXVI, p. 3369. Cf. Lucius, op. cit., p. loi ss.
2. Ainsi saint Démétrius martyre est « ô oeottôtt,; jjisTà Oeôv Tf)ç •;rô).ewc ©î-ffjtXovixrjÇ », Jean, év. de Thessalonique, Miracula, cités par Lucius, op. cit., p. 215.