De Groot. op. cil., p. 12 s
plus reconduit-elle au cimetière ses membres décédés, après quoi elle s'en désintéresse. S'ils reçoivent ultérieurement un culte, c'est seulement de la part de leurs familles et de leurs amis.
Ainsi les héros sont des personnages auxquels le groupe humain a régulièrement délégué sa propre autorité. Ce sont des représentants qui émanent du groupe.
Le héros incarne un idéal social. — Celui-ci les crée et se voit en eux.
En effet, que ce soit un poète, un chroniqueur, ou un hagiographe qui conte les exploits du héros, l'auteur n'est pas un créateur dans le sens propre du mot. Il est surtout un ordonnateur et un interprète. Il réunit autour de son héros des thèmes que lui fournit la tradition, il les ordonne, les amplifie. Sans doute il lui arrive d'en imaginer de nouveaux et d'en faire même le point culminant de sa narration. Mais l'attitude que prend son héros dans ces épisodes dépend de la valeur sociale que ce personnage réalise. Le choix même du thème est imposé au poète par son entourage. Le public « n'attend du poète que ce qu'il connaît déjà et il ne désire l'entendre que parce qu'il le connaît » *.
Il y a collaboration entre le poète et le milieu pour lequel il chante. Celui-ci fournit un cadre tout prêt que le conteur remplit mais qu'il ne peut élargir que dans une certaine mesure. Et ensuite toute innovation acceptée par }e public devient à son tour, au moins pour un temps, un schéma obligatoire.
Au contraire, lorsqu'il s'agit de personnages ou d'épisodes secondaires, les légendes héroïques emploient souvent des traits qui attestent une pleine liberté d'invention.