Lucius, op. cit.. p
En un mot le héros incarne le type humain particulier à la société qui a créé sa légende. C'est bien en effet un témoin qui justifie les idées essentielles c\ la vie collective.
Le héros est un homme. — Il ressort de ce qu'on vient de dire que le héros ne peut être qu'un homme.
En efTel, c'est d'un homme seulement que les hommes peuvent se réclamer comme d'un témoin de leur propre mérite.
On peut dire que le héros est l'exaltation de l'homme en opposition avec le monde des dieux et des esprits '. Car le héros a la puissance effective d'un Dieu. Il faut bien qu'il Taie dans l'intérêt de la valeur suprême, qu'il réalise activement en tant qu'homme et que champion.
Mais pourquoi lui est-elle conférée?
Conquête de la puissance héroïque. — Généralement cet homme est un mort.
En Grèce tout particulièrement, la représentation du héros est celle d'un homme mort. Pindare dit qu'on ne peut devenir héros qu'après sa mort^ La notion de la mort est à ce point essentielle à la conception grecque des héros qu'on rencontre en Grèce des cultes héroïques dont le seul l)rétcxle est l'existence d'un tombeau, souvent môme anonyme'.
Le culte des héros se confond en Grèce avec celui des morts et des dieux chthoniens.
i. Celle opposition est trôs nette par exemple dans le mythe de Promélhée, Ici que le rapporte Eschyle.
i. Pindare, V» Pylhique, v. 94 s.
3. Les fondateurs d'HéracIée, par exemple, trouvent à l'endroit qu'ils I valent choisi pour construire la ville un tombeau. L'oracle leur ordonne lie rendre un culte au héros qui y est enterre. Rohde, op. cit., I, p. ITi. — Il y avait en Grèce un grand nombre de héros anonymes, dont on ne connaissait rien, sauf leurs tombeaux. Exemples dans Rohdc, ibid , p. 174, note.
Le lombemi du hùros est le lieu du culte '; le temps du culte est la miil ou bien le crépuscule*. Les animaux destinés à être immolés sont de teinte sombre. On ne les brûle pas, mais on les égorge et on laisse pénétrer le sang dans le tombeau par un trou \ Les fôtes des héros ont le môme rituel que les fôtes funéraires *.
Comme les dieux chthoniens les héros sont représentés sous l'aspect de serpents'*. Les pratiques du culte consacré aux uns comme aux autres sont désignés par le mot ivxyiJ^ew, tandis que les termes 8'jet.v, Ospairela sont réservés pour le culte des Olympiens. Les héros sont des dieux néfastes, comme les démons souterrains. Ils résident sous terre, dans leurs tombeaux.
On retrouve la notion de la mort comme élément principal dans le culte des saints chrétiens. Il est célébré sur leur tombeau. La commémoration solennelle des saints a lieu le jour anniversaire de leur mort. Les fêtes des martyrs étaient aux premiers siècles de l'Eglise une reproduction des fêtes païennes en Thonneur des héros et des morts \
S'il n'est pas mort physiquement, le héros est tout au moins un homme qui est entré vivant dans le domaine des esprits. Il est ainsi assimilé à un mort. Il en a les qualités et les droits.
De ce fait il apparaît que la mort, dans le cas du héros,
i. Cf. Rohde, op. cit., I, p. 159 ss.
2. Rohde, I, |). 148 s. ; J.-E. Harrison, p. 338. — Il faut que les pratiques du culte héroïque soient terminées avant l'aurore. Comme exemples cf. Pindaro, III' Islamique, v. 83 ss. ; Apollonius de Rhodes, I, 387; Pausanias, li, 11,7; YIII, 14,11, Plutarque, Solon, IX; Diogène Laërce, VIII, 33, etc.