‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 89 sur 249 · Rohde, I, p. 163 et note · texte numérisé non relu

Rohde, I, p. 163 et note

sont des personnages sacrés de leur vivant et héroïsés après leur mort parce qu'ils sont représentants do l'Empereur*. Tous les évoques de l'Eglise primitive cl tous les papes jusqu'au iv" siècle sont saints. Ils ont été, pour ainsi dire, canonisés par le fait de leur élection.

C'est que tous ces personnages participent en même temps à la nature divine et à la nature humaine. 11 en est de môme des fils de dieux et de tous ceux qui se sont unis à des dieux ou des déesses et qui sont aussi considérés comme héros.

S'il en est ainsi, c'est que le héros doit sortir du monde des hommes afin d'atteindre la réalisation complète de la valeur qu'il incarne par définition.

Cette valeur est représentée comme une puissance effective. Cette puissance est quelque chose de comparable à celle à laquelle on a donné le nom de maim. C'est en général une puissance mystérieuse, impersonnelle et surhumaine. La force du héros n'est pas créée par lui. Ce sont des énergies mystérieuses, parfois hostiles, qui existent en un milieu inaccessible aux hommes ordinaires. Le héros abat les barrières qui les défendent, il les dégage, s'en rend maître et prouve sa force en s'en emparant.

Aussi la représentation du héros est-elle souvent celle d'un lutteur et le combat est l'acte héroïque par excellence.

Le héros LUTTEUR ET CONQUÉRANT. — Daus Ics sociétés barbares cette lutte est purement physique, compliquée tout au plus de ruse guerrière. Ainsi les héros de l'Iliade vainquent les dieux, détenteurs de puissance effective, ils leur tendent des pièges. L'Héraclès des mythes primitifs n'est qu'un homme d'un grand courage et d'une vigueur prodi-

1. De Groot, The religions system of CAina, I, Leyde, 1892, p. 220.

gieuse, qui mène à bien des tâches difficiles, terrasse des monstres et massacre des ennemis.

Mais peu à peu la lutte se spirilualise. On la transporte dans le domaine moral. Le mt^me mythe d'Héraclès interprété par les Stoïciens et les Cyniques est devenu l'histoire symbolique de la lutte que soutient l'homme libre contre la destinée et une apothéose de la vertu difficile qui triomphe du vice et du plaisir.

Le martyr chrétien, l'ascète sont eux aussi des triomphateurs. Us ont vaincu la faiblesse de la chair, les péchés, et ont humilié les païens et le démon. Les victoires ultérieures de leurs coreligionnaires en sont rendues plus aisées et la communauté entière participe aux grâces de son saint.

Les libérateurs de peuples, les grands capitaines, sont pareillement des héros pour avoir réveillé l'énergie latente d'une nation ou d'une armée. Môme lorsqu'ils n'ont pas triomphé on les vénère quand-môme.

En général, l'acte héroïque consiste à démontrer au groupe sa propre puissance malgré les difficultés dont se hérisse une pareille entreprise. Plus elles sont effrayantes, plus grande aussi est la dignité du héros. Il est non seulement le dépositaire de la puissance mystérieuse de la société, il en est le conquérant.

Héros protecteur de son groupe. — Le héros est aussi représenté comme pair on ci avocat de son groupe.

Il met à son service la puissance effective qu'il détient. Il en écarte les fiéaux. Les saints chrétiens et les héros grecs font gagner des batailles aux habitants des villes sur lesquelles ils étendent leur protection'.

1. La bataille de Salamine a été gagnée par les Grecs non grâce à leur valeur, mais grâce aux dieu.x ol au.\ héros, suivant Thcmistocle luimême. Exemples nombreux dans Roïnie.passim, et dans Ohlert, op. cil.

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18 SAINT PATRICK KT LE CULTE l)i:s HKHOS

Ils veillent à ce que les lois soient respectées, îi ce que les serments ne soient pas violés '.

C'est à eux qu'on s'adresse lorsqu'on a besoin de se rendre bienveillante la volonté divine. Ils intercèdent auprès de Dieu, ils font fléchir sa juste colère, ils obtiennent des délais aux punitions. Les saints embrassent la cause de leurs fidèles, môme lorsqu'il s'agit de pêcheurs endurcis. Ils les font bénéficier de leur propre sainteté et obtiennent que la justice divine leur soit clémente.

En résumé le héros, tel que le définit le langage, est un homme ou un mort qui incarne une valeur et qui reçoit un culte obligatoire comme détenteur du mana qu'il met au service de son groupe.

Analyse de la notion du héros funéraire. — Nous avons dit que le héros était généralement un mort.

C'est un mort qui se distingue nettement de la foule des autres morts. Il est plus puissant, plus honoré, et, avant tout, il reçoit un culte et non pas en tant que mort, mais en tant qu'il fut tel ou tel individu.

Les héros sont des morts divinisés. — Le fait est que les TÎpweç grecs, pour ne parler que de ceux-ci, forment une catégorie à part entre les morts.

Leurs monuments funéraires sont des édifices de forme particulière dont le nom seul, viptoov, suffît à prouver qu'ils leur étaient réservés. Lorsque le tombeau du héros n'est pas surmonté d'un rlpwov proprement dit, on y érige au moins un monument commémoratif, priua, sur lequel sont représentées l'apothéose du mort héroïsé, des scènes de sa vie, ou bien encore des emblèmes. On voyait par exemple un

1. Tel le héros Talthybios qui punit les Spartiates d'avoir tué les ambassadeurs persans, el d'avoir ainsi offensé le héros, qui était leur garant.

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bélier sur le monument de Th veste près de Mycènes'. Très nombreuses sont les stèles qui représentent le mort recevant des libations, ou bien prenant part à un festin héroïque, souvent en compagnie de dieux ou sous les traits d'un dieu.

Enfin les tombeaux héroïques sont signalés Ci l'attention des passants par des inscriptions qui décernent au mort le titre de /ipoj^'.

Mais ce n'est pas seulement par son aspect qu'un tombeau héroïque diiïère de ceux qui encombrent les cimetières. Il s'en distingue aussi par sa situation.

En effet, ce n'est pas dans les nécropoles communes en dehors des murs que reposent les héros les plus vénérés, mais au cœur même des villes, là où se concentre l'activité commerciale, politique et religieuse, sur la place pubhque. Ainsi le héros Battos est enterré sur le marché de Cyrène% Adraste sur celui de Sicyone', des héros anonymes sur ceux d'Elis et d'Héraclée. Les tombeaux d'autres héros sont situés dans les prytanées, comme ceux de Ménippe et dEchépolis, fils d'Alcathoos, à Mégare% dans les forteresses, dans des temples, comme celui d'Hyakinthos, qui est sous le piédestal de la statue môme d'Apollon dans le sanctuaire d'Amycles\ Le tombeau de Pélops est situé au centre de Tenceinte sacrée et du mouvement de la fête, dans l'Allis d'Olympie*.

1 . Pausanias, II, 18,2. Ce bélier commémore un épisode de la légende (lo Thyesti.'.

2. Exemples réunis dans Roscher, Lexikon, l. c. Cf. aussi Rohde. II, p. 359, notes 1 à 4.

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