‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 93 sur 249 · Pausanias IX · texte numérisé non relu

Pausanias IX

médire d'Hélène fut privé de la vue '. Un paysan, qui avait coupé le bois sacré du héros local d'Anagyre, un village attique, perdit sa femme : remarié, le héros suscita chez la nouvelle épouse du sacrilège un amour coupable pour son beau-fils ; comme le jeune homme résistait, sa bellemère l'accusa devant son père qui lui creva les yeux et l'exila dans une île déserte; quant au sacrilège lui-môme, devenu pour le monde entier un objet d'aversion, il finit par se pendre, tandis que sa femme se jetait dans un puits ^

Le héros est un mort dont i/ame reste attachée a ses RELK'UES. — Il est représenté comme continuant à vivre sa vie humaine tout en participant à la nature des esprits.

En effet, la mort n'interrompt point l'activité morale et physique du héros. Ses affections et ses haines persistent. Adraste et Mélanippe, qui, leur vie durant, étaient ennemis mortels, se haïssent après leur mort. Clisthène, tyran de Sicyone, qui faisait la guerre aux Argiens, s'étant vu refuser par l'oracle de Delphes l'autorisation de chasser hors de la ville Adraste l'Argien, qui y possédait un sanctuaire, fit donc venir de Thèbes l'image de Mélanippe, l'installa dans le prytanée et lui fit rendre les honneurs jusque là dus à Adraste. Mélanippe joua bien son rôle et fit battre les Argiens.

Mais sa vie humaine, le héros la continue là où sont ses reliques et son tombeau. Le tombeau est la demeure du héros. Les offrandes qu'on lui apporte lui parviennent directementpar un tuyau pratiqué dans l'autel héroïque, sjyàoa*,

1 . Isocrale, Éloge d'Hélène, 64. Decharme, Mythologie de la Grèce antique, p. 500.

2. Légende de Jérôme de Rhodes, fragm., dans Snidas, résumée dans Rhode, I, p. 191.

Page 1