Cf. plus loin, p. 71 s
2. Elle est reconnue actuellement par tous les historiens du christianisme irlandais. Zimmer, qui antérieurement en avait douté, l'admit depuis (op. cit.).
3. Conf., p. 357, clpastim. Cf. Conf., p. 374; « Patricius peccator indoctus scilicet Hiberione conscripsit », et Épistola p . 375 : « Patricius peccator indoctus scilicet Hiberione constitulus episcopum me esse fateor ».
4. Conf. p. 359 : « Timui... ne incederem in linguam hominum... qui optime ilaque iure et sacras litteras utroque pari modo combiberunt, et sermones illorum ex infantia nunquam mutarunt, sed magis ad perfectum scmper addiderunt. Nam sermo et loquela mea translaia est in linguam alienara, sicut facile potest probari ex saliua scripturae mese, qualiter sum ego in sermonibus instructus atque eruditus. » Cf. ibid : « quatinus modo ipse adpeto in senectute mea quod in iuuentute non comparaui ; quod obstilerunt peccata mea ut confirmarem quod antea perlegeram ». Ibid. p. 367 : « Breuiter dicam...qucT uerbis exprimere non ualeo, nec iniuriam legentibus faciam. ».
5. Conf. p. 360 s. : « Eram uelut lapis qui iacet in luto profundo, ut
l'oeuvre de saint PATRICK EN IRLANDE 35
La Confession parle, il est vrai, des conversions opérées par Patrick, de ses tribulations, de son ascétisme. Mais c'est quelle a pour but de défendre son auteur contre une accusation d'indignité qui avait été portée contre lui. On venait de proclamer qu'il avait jadis commis un péché qui entraînait sa déchéance de la dionité épiscopale. Or Patrick ne nie pas sa faute, quoiqu'il se plaigne de ce que ce soit un ancien ami qui soit son accusateur. Il allègue seulement pour sa défense le fait que Dieu a bien voulu de lui pour accomplir de grandes choses, et la prescription, plus de treille ans écoulés depuis son péché. Il n'était même pas diacre lorsqu'il le commit'. Il nous narre encore ses remords et les punitions que Dieu lui infligea
uenit qui potcns est et in sua miserioordia sustulit me ; et quidem scilicet sursum adleuauit et collocauil me in sua parte... Unde autem admiramini magni et pusilli, qui timetis Deum, et uos Domini ignari rcthori^i... audite et scrutamini, quis me stultum excitauit de medio eorum qui uidentur esse sapientes, et legis periti et potentes in sermone et in omni re. » — Ibid., p. 361 : « Et non eram dignus, neque lalis ut hoc Dommus seruulo suc concederet. » Cl. ibid., p. 366 : saint Patrick ne se sentait pas digne de i'épiscopat. — Cf. Conf., paasim.
1. Conf., p. 363 : u Et quando temptatus sum ab aliquanlis senioribus meis qui uenerunt et peccata mca contra laboriosum episcopatum meura... [lacune) ...utique in illo die fortiter impulsus sum ut caderem (Cf. Psaume CXVIII, 38) hic et in îeternum; sed Dominus pepercit proselito et percgrino jjropter nomen suum... Occasionempost annos triginta inuenerunt (correction de M. White ; les Mss ont « occasionum — inuenerunt me ») et aduersus uerbum, quod confessus fueram antequam essem diaconus... Nescio, Deus scit, si habebam tune annos quindecim et Deum unum non credcbam nisi e.x infantia mea, sed in morte et in incrcdulilate mansi, donec ualde castigatus sum... » lors que le péché fut commis. Patrick le confessa à son meilleur ami, qui (Conf., p. 360) le soutint plus tard lorsqu'il s'agit de l'ordonner évoque, cl qui le trahit enfin. Il parait ressortir de la Confession, qu'on avait lancé an écrit diffamatoire contre Patrick : ibid., p. 365, le saint a un songe : un écrit déshonorant est « contre sa face « (« scripfum erat... sine honore s). Une voix le console : « maie uidimus faciem designati Dudato noraine ». M. Bury, op. cit., p. 318 et note, suggère que « sine honore » et « nudato nomine » signifie que les ennemis de Saint Patrick omettaient intentionnellement son titre d'évéque. Mais on peut interpréter aussi ces expressions comme des métaphores qui désignent le déshonneur en général.
avant d'en faire son instrument'. Toute la Confession est ainsi le récit des crises de conscience d'un homme voué au souvenir d'une faute et qui, guidé par les signes de la grAce divine, consacre sa vie à la racheter.
Quant aux mentions des « milliers d'hommes » baptisés qu'on trouve dans YÉpîtrc, elles s'exphquent aisément. L'Épitre est destinée à ranimer les sentiments de solidarité chrétienne parmi les guerriers du chef Corolicus, qui avaient massacré et réduit en esclavage les néophytes de Patrick. C'est pourquoi le saint leur rappelle les conversions que Dieu avait opérées par son intermédiaire, une œuvre qu'ils risquaient de compromettre.
L'auteur de la Confession et de YÉpitre est entièrement exempt de toute forfanterie hagiographique.
En effet, il n'y a aucune trace de miracles proprement dits dans les deux écrits. Les faits que Patrick considère comme miraculeux sont à leur place dans les écrits d'un mystique. On en rencontre de plus étonnants dans d'autres œuvres autobiographiques reconnues authentiques. Après un long jeûne et des mortifications multiples, Patrick entend des voix^ Une autre fois un homme lui apparaît en songe, porteur d'un cartel où il lit un appel des Irlandais qui veulent être délivrés des ténèbres du paganisme^. Enfin
i. Conf., p. 363 : « ualde castigatus sum », etc., et passim.
2. Conf., p. 361 ; cf. la voix entendue en songe, p. 3o, note. Patrick a un cauchemar et se sent opprimé par Satan : Conf., p. 363.
3. Conf., p. 364 : Cet homme se nommait Victoricus. Il venait d'Irlande, porteur d'innombrables lettres dont il montra une à Patrick «... et legi principium epistolae » dit le saint, « continentem, Vox Ilyberionacum. Etduni recitabam principium epistolœ putabam enini in mente (ou « ipso momento »?) audire uocem ipsorum qui erant iuxta siluam Focluti, quae est prope mare occidentale. Et sic exclamauerunt quasi ex uno orc, Rogamus te, sancte puer, ut uenias et adhuc ambulas inter nos ». — A la suite de ce songe Patrick en raconte encore deux autres pendant lesquels il s'entend réconforté par des voix et confirmé dans sa résolution d'aller en Irlande.
Patrick raconte qu'ayant débarqué sur un rivage désert, les vivres vinrent à manquer. Le capitaine demanda à son passager pourquoi son Dieu, qu'il disait tout-puissant, ne leur venait pas en aide. Patrick répondit qu'il fallait d'abord se convertir de bonne foi, avant d'attendre quelque chose de la gn\ce divine. C'est ce que fit le capitaine. Le même soir Dieu envoya aux naufragés un troupeau de porcs*.
Un dernier signe de l'authenticité de la Confession et de YÉpUre est la manière dont y sont mentionnés les faits biographiques. Rien de ce qu'a fait Patrick en Irlande n'y est raconté. On n'y trouve que des allusions et à peine çà est là un court développement. Il s'agit évidemment de faits contemporains, bien connus des lecteurs. Par contre les passages relatifs à la jeunesse de Patrick avant sa venue en Irlande comme missionnaire, sont relativement riches en détails biographiques.
Nous pouvons donc conclure que ces écrits sont de saint Patrick, et partant, qu'il a réellement été un personnage historique.
Patrick et Palladius. — Mais, a-t-on suggéré, il doit être identique à un autre missionnaire, Palladius, envoyé en Irlande, dit Prosper d'Aquitaine dans sa Chronique, par le pape Célestin I" en 431,", un an avant la
1. Conf., p. 362 s. : « Et alio die cœpit gubernator mihi dicere : Quid (est) chrisliane? Tu dicis Deus tuus magnus et omnipotens est. Quare ergo pro nobis orare non potes? quia nos a fama periclitamur. Difficile (est) unquam ut aliquem hominem uideamus. — Gonvertemini e.x fide ad Dominum Deum meum, cui nihil est impossibile, ut cibum mittat uobis in uiam 'ueslram usque dum saliamini, quia ubique habundat illi. — El adiuuante Deo. ila factum est. Ecce grex porcorum in uia ante oculos nostros apparuit. et multos ex iilisinterfecerunt et bene refecti... » lis trouvèrent encore du miel.
2. Epitome Chronicon, éd. Mommsen dans Afon. Germ. Hist., Série in-4», Auclores a/itiquissimi, IX {Chronica minora I), p. 473 : « Ad Scolos in Christum credentes ordinatus a papa Celestino Palladius priraus épis-
date gént'ralement admise pour la venue de saint l'atrick'.
L'itinéraire de Palladius en Irlande coïncide, en cfTet, en partie avec celui de Patrick. De plus, un texte du vin'' siècle dit que Palladius était nommé aussi Patricius'^ On a encore fait valoir que Pat ricins n'est pas un nom,
copus mittitur w. — Le ronseignement est d'une autorité indisculablr. La première édition de ÏEpil, Cliron. est de 444 et Prosperesl très bien informé. Mais c'est la seule mention qu'on ait de cette mission. Tous les autres textes qui en parlent dérivent, en effet, de celui de Prosper. Cf. Bède, Historia ecclesiastica genlis Anglorum, lib., 1, c. 13 : « Anno Dominicre incarnalionis CCCCXXIII Theodosius... cuius anno Imperii VIII Palladius ad Scotos in Christum credentes a pontifice Romansp ecclesiae Celestino primus mittitur episcopus ». — Les auteurs irlandais, qui n'admettent pas qu'il y ait eu des chrétiens en Irlande avant la venue de saint Patrick, modifient le sens du texte de Prosper. Cf. Muirchn, dans Triparlite Life, II, p. 272 : Palladius archidiaconus papœ Ctelestini urbis Roma? episcopi... ordinatus et missus fucrat ad hanc insolam... conuertendam ». La preuve que le texte de Muirchu dérive de \'Epitome Chronicon est dans la désignation de Palladius comme archidiacre. Ci.Epilome Chron., loc. cil, p. 472. — Le passage relatif à Palladius dans Nennius, Historia BriLonum § aO, éd. Mommscn, Mon. Germ. Rislor., Auct. Antiquissimi, XllI, 2, p. 194, a une source intermédiaire entre Prosper et Muirchu, peut-être la source de celui-ci : « missus est Palladius episcopus primitus a Celestina cpiscopo et papa Romai ad Scotos in Christum conuertendos » — Cf. enfin Sigeber de Gembloux, Chronica, éd. Pertz dans hon. Germ. liist., Série in-folio, VIII, (Scriptores,W), p. 302, s. a. 432 : « Celestinus papa ad Scotos in Christum credentes Palladium primum mittit episcopum ».
1. Schoell, op. cit., Zimmer op. cit. — Le dernier auteur croit que Palladius-Patricius fut un obscur saint local, tiré de l'oubli par les Irlandais en quête d'un patron. Il aurait été nécessaire aux champions de l'influence romaine, les méridionaux, paur amener à l'unité ecclésiastique les Irlandais du Nord. — M. Bury, op. cit., p. 389, observe avec raison qu'il aurait été plus simple de nommer le pseudo-apôtre Palladius, d'autant plus que les plus anciens hagiographes savaient que sa mission lui avait clé confiée par Rome et qu'il pouvait servir les desseins que leur prête Zimmer. L'identification de Palladius avec saint Patrick est un moyen d'esquiver la difficulté, mais elle n'a aucun fond. Cf. plus loin.
2. Notice du continuateur de Tirechân dans A, TripartHe, Life : II, p. 332. Cf. Bury op. cit.. p. 389 note ; on a confondu Palladius avec un des doublets de saint Patrick, Patrick l'Ancien ou Sen Patrick. —Voir la légende de Palladius dans Muirchu, Triparlite Life. II, p. 272 : il débarque au même endroit que saint Patrick, à 'Wicklow, y est mal reçu et ne fonde que trois églises. Il s'en va dans la terre des Pietés et y meurt. M. Bury, op. cit., croit qu'il s'agit des Pietés d'Irlande, non de ceux d'Ecosse.
mais un titre. Il aurait appartenu à Palladius et aurait été pris pour le nom même du saint.
Palladius et Patrick sont pourtant deux personnages diiïérents.
Dans le cas présent le mot Patricius n'est pas un titre. L'auteur de la Confession et de l'Zi/jiïVre se nomme lui-môme ainsi. Et les renseignements qu'il nous fournit sur sa famille excluent l'hypothèse que la dignité de palrice lui eût appartenue. Le père de Patrick était décurion, et les décurions étaient de petites gens vers la fin de l'Empire Romain \
On sait d'autre part que Palladius a été ordonné évêque par Célestin I' ' en personne et que c'est de lui qu'il tenait sa mission". Or Patrick n'est jamais allé à Rome avant sa venue en Irlande^.
Aucune trace d'un pareil voyage ne peut être relevée dans les deux opuscules de Patrick, ni dans aucun des écrits qui lui sont attribués, authentiques ou douteux, les Dicta Patricii et son Hymne. Il était pourtant de son intérêt d'invoquer l'investiture romaine comme argument contre ses détracteurs, et il l'aurait fait s'il l'avait possédée.
1. Episl., p. 377 : « Ingenuus fui secundum carnem : decurione patre nasoor. » Sur les décurious au iv« et v» siècle cf. Dili, Roman sociely in tfie lasl cenlury of the Western Empire, 1. III, ch. ii.
2. La présence de Palladius à Rome est signalée une première fois en 429: Prosper d'Aquitaine, loc.cil., p. 472. — Dans son écrit Contra Collalorem, rédigé vers 437 (c. ti dans Migne. P. L., LI, p. 271), Prosper loue Célestin I" d'avoir fait de l'Irlande une nouvelle province ecclésiastique : « et ordinato Scotis episcopo dum Romanam insulam sludet servare calholicam fecit etiani barbaram Christianam ».
3. Ce fait fournit une explication possible du silence de Prosper à l'égard de saint Patrick. — Il est probable que Prosper a été à Rome en 431 ot qu'il a inséré dans sa chronique la mention de Palladius parce qu'il fut présent aux préparatifs de cette mission. Cf. Zimmer, op. cil. — Les circonstances des deux missions, étudiées p. 4o s.. expliquent d'autre part suflisamment pourquoi Prosper et Bède s'intércsseut k Palladius et non à saint Patrick.
Le Icxle de la Co?}fession et deVÉpîtreîounùld'aïWcurs des preuves décisives de ce fait que la mission de noire saint ne partit pas de Rome.
La première est que Patrick ne se servait point de la Vulgate. Ses citations, qu'on a comparées au texte de la traduction hiéronymienne, le démontrent suffisamment ^ Or la Vulgate était par excellence dès le début du v" siècle la version romaine des Écritures.
La Confession contient en outre une déclaration de foi fragmentaire, visiblement extraite d'un formulaire ^ Elle nous éclaire définitivement sur le point de départ de Patrick. Les symboles de la foi n'étaient point, en effet, unifiés au v* siècle. Chaque missionnaire propageait la tradition de l'Eglise dont il dépendait ^
Or, aucune parenté n'existe entre les formulaires particuliers à l'Eglise de Rome^ et celui de saint Patrick. Sa
1. Pour la confrontation voir l'édition White, loc. cil., des écrits de Patrick. Les extraits de l'Ancien Testament sont certainement coUationnés dans une version latine de la Bible, plus ancienne que la Vulgate. Il en est de même pour la plupart des citations (moins nombreuses) du Nouveau Testament. Quelques-unes à peine paraissent avoir été prises dans la Vulgate. M. Bury suggère que saint Patrick citait de mémoire, d'après une version qu'il avait étudiée encore en Gaule et qu'il vérifia plusieurs extraits dans une copie de la Vulgale. Que saint Patrick ail possédé un exemplaire de celle-ci, c'est possible, puisqu'elle était connue déjà de Fastidius qui écrivait en Grande- Bretagne vers 430 (Cf. Galland, notice sur Fastidius, dans Migne, P. d., L, col. 581). Mais saint Patrick ne considérait certainement pas la Vulgate comme texte classique. Selon nous, il est improbable qu'en des écrits comme les siens il eût cité la Bible de mémoire, comme le veut M. Bury. 11 a certainement contrôlé ses extraits dans une Bible dont il se servait habituellement. Il a donc apporté en Irlande un autre texte que la Vulgate (Cf. N.-J.-D. White, loc. cit., p. 231).
2. En deux fragments, Conf., p. 358 et p. 374. Publiée séparément dans August ï{a\\n,Bibliothek der Symbole u. Glaubensregeln der alten Kirche, 3« édit., refondue par le D-- Ludwig Uahn, annotée par le Professeur Harnack, Breslau, 18!)7, p. 331. Le texte y est une réimpression de l'édition de Migne, très défectueux.
3. F. KaUenhnsch, Dos apostoliche Symbol, I. Cf. aussi les formulaires divers dans Hahn, op. cit.
4. Symboles romains et italiens dans Hahn, op. cit., §â 17 à 43.
l'oeuvre de saint PATRICK EN IRLANDE 41
déclaration de foi appartient à une « famille » de textes inspirés des formulaires orientaux, et qui sont, pour la plupart, d'origine gallicane.
Ainsi l'on constate une grande analogie entre le Credo de Patrick et la traduction que Phœbadius d'Agen fit du symbole de Xicée '.
L'archétype de la majeure partie de notre texte est une version latine d'un symbole grec antérieur au iv" siècle. On retrouve, en effet, les articles relatifs au Fils, à son engendrement, h sa mort et à son ascension disposés dans le môme ordre et rédigés en des termes presque identiques dans une déclaration de foi fragmentaire de Victorinus de Peltavium, martyrisé sous Dioclétien en 303". L'origine grecque du formulaire de saint Patrick est démontrée par la rédaction de l'article qui concerne l'homogénéité du Père et du Fils, et par sa position avant l'article de foi en la Création ^
1 . Mansi, Concilia, II, p. 166 : Uldizjorfi'j, et; ôeÔv, TravxÉpa irav- Toxpâropa, -âvTOJv ôcclziu'j te y.iI àopatrwv xotTjâv, yal e;; sva x'jpiov
'It,70Ùv ^P'.JTÔv TÔv U'.Ôv TOÛ OtOÙ. fîVVTTlBÉvTa £■/. Xo'j TiaTpôî jJLOVOYÎVTJ, TOUTÏITT'.V Èx TTÎ; O'jtTtaÇ TOÙ Ta-OÔç, Oçôv SX ÔeOÙ, CptLd £"/. CpOJTOÎ,
Geôv àÀT,Oivôv Èx Oeo'j àÀTjO'.vo'j, Yîvv/-,0£vca, oi ro'.T/JâvTx, ô'[jioojjiov Tt]) lîa'pt, ol oj ri riv-ra ey^''-''"-'» "-^ "' ^"' "V ojpavô) xa-. z~'. tt,? TT.C. » — Trad. du pape Damase, llahn, § 199, p. 271 s. : a Credimus in unum Deum Patrem omnipotontcm, creatorcm visibilium et invisibilium. Et in unum Dominum nostrum Jesum Christum Filiuni Dei, nalum ex Pâtre unigenilum, hoc est, ex substantia Patris, Deum ex Deo, lumen ex lumine,Dcum vcrum ex Deo vero, nalum non creatum, unius subslantiae cum Pâtre, quod gradée dicunt Omousion, per quem omnia factasunt, sive in caelo sive qua? in terra. »
2. Hahn, op. ci/., § 13, p. 17 (Les mots en italique se retrouvent chez Patrick) : et huius (P. eius) Filium (P. Jesum) Christum [l\ qui cum Paire scilicet fuisse teslamur) anle originem sœculi (P. spiritualiter) apud Patrem (P. inenarrabiliter) genitum (P. a7ite omne principium et per ipsum facta sunt uisibilia et inuisibilia) hominem factum in anima vera et carne ulraquo miseria et morte dévida et in cœlos a Pâtre (P. ad Palrem) receplum. — Cf. Kattenbusch, op. cit., I, p. 188 et p. 212 ss. — Petavium est Pettau en Styric.
3. Cf. les symboles : de Cyrille de Jérusalem, Hahn, op. cit., § 124, p. 133 ; d'Kpiphanius, ibid., § 125, p. 135 et § 126, p. 136 ; le symbole pseudo-athanasien un Codex Vaticanus n» 1431, iôtci., §127, p.l37 s. Cf.
42 SAINT PArniCK ET LE CULTE DES HEROS
Il est cerlaiii, d'autre part, que le modèle de notre texte était répandu en Gaule. La disposition et les termes de l'article relatif à la Création par le Fils sont ceux du symbole do Phœbadius d'Ag'cn et de la traduction que saint Hilaire de Poitiers fit du symbole adopté en 343 au synode de Philippopolis'. Enfin il y a une analogie remarquable entre la déclaration de foi de Patrick et les symboles pélagiens ou néo-pélagiens '"'.
Ce furent donc renseignement et les méthodes de l'Eglise gallicane que saint Patrick importa en Irlande et, par conséquent, il ne peut être question de le confondre avec Palladius\
La préparation de saint Patrick. — Mais quelle tut exactement l'Église qui fournit à saint Patrick les éléments de sa doctrine, et ses méthodes de conversion ?
Il est d'abord acquis qu'elle était située en Gaule même, et non dans une province placée sous l'influence du christianisme gaulois, par exemple en Bretagne. Patrick considère les membres du clergé gaulois comme ses frères et ses
symboles syriaques, ibid.,§ 129, p. 140; § 131, p. 143; § 132, p. 145.— Cf. le symbole en usage en Cappadoce, tel qu'il a été rapporté par Auxence de Milan, ibid., p. 149.
1. Patrick : « Jesum Christum... et per ipsum facta sut uisibilia et inuisibilia ». — Phœbadius, chez Hahn, op. cit., § 189, p. 239 : « Credimus Jesura Christum... per quem omnia facta sunt... visibilia et invisibilia. I) — Cf. Symbole de Philippopolis. trad. par saint Hilaire, ibid., § 158, p. 190 (le texte original de ce symbole est perdu).
2. Déclaration de foi de Pelage, ibid., § 209, p. 288 ss. — Cette déclaration est d'ailleurs strictement orthodoxe. — Déclaration de foi de Julien d'Eclanum, ibid.. § 2M, p. 293.
3. Dans la déclaration de foi de saint Patrick, Marie n'est point mentionnée. — Or presque tous les symboles connus en parlent, notamment tous ceux d'origine romaine et gallicane. — La déclaration do foi de Victorinus ne contient pas d'article relatif à Marie. Mais on ne peut en conclure à une parenté encore plus étroite de ce texte avec celui de saint Patrick, ni à une omission intentionnelle. Les deux déclarations sont, en eflet, fragmentaires.
l'oeuvre de SAlNr PATRICK KN IRLANDE 43
maitres ; il voudrait les revoir ; il voit en eux ses modèles*.
Quant à l'endroit précis la tradition courante indique à la fois Lérins et Auxerre". Après les travaux de M. Bury, on peut considérer comme démontré que saint Patrick subit on effet l'influence de ces deux centres de culture chrétienne.
Un séjour de notre saint h Lérins est indiqué par la première phrase des Dic(a Patricii, relative à un voyage qu'il fit « à travers la Gaule et l'Italie jusqu'aux îles qui sont en la Mer Tyrrhéniennc » '. Ainsi que l'a remarqué M. Bury, il n'y a aucune raison de mettre en doute l'authenticité de ce Dictum'". De plus, aucun milieu n'était aussi
1. Conf., p. 370 : « iibentissime paratus irem... in Gallias uisitare fratres... » Dans VÉpîIre, p. 378, saint Patricli dit comment les chrétiens de Gaule amassent de l'argent pour racheter leurs correligionnaires captifs chez les païens, et il montre quel contraste il y a entre ces mœurs pieuses et ceux de Coroticus. qui massacre des néophytes ou les vend chez des peuples apostats ou païens.
2. Tlrechân, loc. cit., p. 302 : a erat hautem in una ex insolis quaî dlcitur Aralanensis u. Le P. Hogan dans son édition de Tirechân, dans Analecla Bollandiana , I, Bruxelles 188-, note au passage en question, propose de lire Lerinemis. Cette lecture est généralement admise. — Muirchu. édit. Hogan, ibid., p. t>o'l : a... sanctissiraum episcopum Alsiodori (Antissiodori) ciuitate, principem Gerraanum summum donum inuenit (se. Patricius), Aput quem non paruo tempore demoratus, iuxla id quod i'aulus ad pedes Gamaliel fuerat, in omni subiectione et patientia atque obœdientia. scientiam, sapientiam castitatemque et omnem utilitatem... totoanimi desiderio didicit, dilexit, custodiuit. » — Cf. Muirchu édit. Stokes, loc. cil., p. 272 ; c'est saint Germain qui a préparé saint Patrick à sa mission.
3. Triparlile Life. Il, p. 301 : « Timorem Dei habui ducem ilineris mei per Gallias atque italiam. etiam in insolis quœ sunt in mari ïyrreno. »
4. Bury, op. cil., p. 228 ss. : Les Dicla sont des expressions favorites de saint Patrick, notées par quelque scribe. Laulhenticité du second Dictum est certaine: il est la répétition d'une phrase de VÉpitre. Cf. Dicla : n De sœculo recessistis ad paradisum. Ueo gratlas » et Épilre, p. 37'J : a Deo gratias : crcduli baitllzati de saeculo recessistis ad paradisum ». Le fait que ce Diclum occupe la seconde place est une garantie de l'authenUcité du premier. M. Bury reconnaît d'autre part avec raison le style de saint l'atrick dans la i)remiére partie de celui-ci (limo7'em... mei. Cf. aussi Gallias et Conf., p. 370). Quant à la seconde partie, on la retrouve dans Tlrechân: « ambulauit et nauigauit (Patricius)... per Gallias alque Italiam tolam atque (Dict. etiam) in insolis quae sunt in
propice ù l'éclosion d'un document pareil à la déclaration de foi de Patrick que les communautés des Marseillais', dans lesquelles prévalait l'influence de l'Eglise d'Orient.
D'autre part la tradition veut que saint Patrick ait été préparé à sa mission par saint Germain d'Auxerrc. 11 avait, paraît-il, l'intention de poursuivre sa préparation à Rome lorsque arriva la nouvelle de l'échec et de la mort de Palladius. Patrick fut ordonné évoque en toute hâte et envoyé à sa place ". Cette tradition fournit une interprétation plausible du propre témoignage de saint Patrick. Il ressort, en effet,
jnari Terreno, ut ipsc dixit in commemoratione laborum w. M. Bury a démontré que Tlrcchân entend par Commemoralio laborum un recueil dactes de saint Patrick dont le premier Diclum faisait partie. (M. Bury sappuie ici sur l'étude paléographique du MS ^ de M. Gwynn) . Il est donc certain que la seconde partie du premier Dictum n'a pas été ajoutée à la première après coup, d'après Tlrechàn. — Il existe encore un troisième Dictum, mais il est certainement apocryphe.
1. Ainsi nommait-on les communautés monastiques du littoral gaulois de la Méditerranée qui étaient devenues le foyer d'un pélagianisme atténué. Les plus importantes étaient les fondations de Cassien à Marseille et surtout celle de saint Honorât à Lérins. Les chefs de l'opposition contre la doctrine intransigeante de saint Augustin sur la grâce divine étaient, au début du v« siècle, Cassien lui-môme, Vincent de Lérins. Faustus, moine de saint Honorât et plus tard évêque de Riez.
— D'autre part les influences orientales étaient particulièrement fortes dans ces monastères. Cassien avait visité les couvents de lOrienl avant de fonder celui de saint Victor à Marseille. Saint Honorât fonda le sien au retour d'un pèlerinage en Orient. Ce fut d'ailleurs l'exemple des ascètes de la Thébaïde qui fit éclore le monachisme gaulois. — Enfin Lérins en même temps qu'une retraite pour les hommes fatigués du monde, était un foyer intellectuel de premier ordre. On sait que de là sortit une série d'hommes remarquables dans l'histoire de l'Église. — Cf. sur Lérins et Marseille : Besse, Premiers monastères delà Gaule méridionale dans Revue des questions historiques, l'Mi: Tillemont, Mémoires pour servir à ifnsloire ecclésiastique des six premiers siècles de l'Église, Paris. 1700 ss. : XII (art. sur saint Honorât), XV (art. sur Hilaire, Eucherius, Vincent, Maxime de Riez), XVI (art. sur Faustus); saint Hilaire d'Arles, Serrno de vila sancti Honorati dans Migne, P. L., L, p. 1249 ss.
— Sur le mouvement intellectuel et les influences orientales à Lérins et à Marseille, cf. Harnack, Dogmengeschiclite ; Ebert, Histoire générale de la littérature du moyen-âge, Irad. Aymeric et Condamin, Paris, 1884, I ; œuvres de Cassien, dans Migne P. L., XIL ; Vincent, Commonitorium, ibid., L; Faustus, De gralia Dei et libero arbilrio, ibid., LVIIl, p. 183 ss. —Caractère de la vie menée à Lérins : Eucherius, De laude eremi, ibid., L.