Ezéchiel, vin
LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ
tants de la région où la légende plaçait les divers événements de la vie du dieu.
Les noms de cette divinité se multiplient, d’ailleurs, en proportion du nombre des peuples qui l'adoraient ou qui avaient reçu quelque pratique de son culte. Nous le trouvons en Laconie sous le nom de Ktpptç ou Kùptç. Hésychius le désigne sous le nom de Aùyyoç, lumière. Les anciens Doriens l’appelaient Ato, d’Aw^ , aurore. Ces dénominations de lumière et d’aurore concordent, d’ailleurs, exactement avec le sens solaire et lumineux du mythe d’Adùnis. Il faut remarquer à ce propos que Baechos, dont le mythe et le culte offrent tant de similitudes avec ceux d’Adùnis, a aussi, parmi ses noms, celui de <pavôç, lumière.
Adonis avait aussi reçu le nom de Gingras , du nom de la llùte phénicienne qui servait aux lamentations des Adùnies,et aussi, en Pamphylie, celui à' Abobas, également un nom de dùte. Cette tendance à identifier les noms d’Adùnis aux noms des flûtes qui servaient à ses fêtes rappelle l’usage qui s’est établi en Grèce de donner les noms de certaines divinités telluriques aux chants mêmes dont elles étaient l’objet; c’est le cas, par exemple, du Linos , dont nous aurons à parler plus loin.
Au témoignage d'Hésychius, Adùnis était aussi nommé ’lTaïo^, et dhcps/.Xrjç. Il dit catégoriquement : <f>spéxXea : tov *A8coviv. C’est encore le même auteur qui nous apprend qu’ Adùnis était désigné à Cypre sous le nom de nuyp.atojv. 11 dit : Iluy^atcov ô ’Aôcovtç uapa Kujrptotç: « Pygmée, c’est Adùnis en Cypre. »
En Syro-Phénicie, il a conservé très longtemps son nom primitif de Thammouz. Il y portait encore un nom carac-
LA LÉGENDE d'aDÔNIS
téristique, celui d’Hadad-Rimmon. Movers, qui, le premier, a établi l'importance et la véritable signification de ce nom, dit à ce sujet : « Nous avons obtenu un autre nom d’Adônis par une explication excellente et fort plausible d’un double passage, tout d’abord mal interprété, de Zacharie (c. xn, v. 10), où il parle d’une plainte de Hadad- Rimmon, de l’ancienne Maximianopolis. — Hadad est le nom d’une divinité syrienne; d’après Sanchoniathon, c’est celui du roi des dieux, comme dans la mythologie syrienne; d’après Macrobe ( Saturn I, 13), c’est celui du premier et du plus grand des dieux, le Soleil. Les noms de cette divinité inspirèrent, comme le raconte Nicolas Damascène, ce nom de Hadad à dix rois syriens, au temps de David, et les renseignements bibliques, qui concordent parfaitement avec ceux-ci, nous font connaître trois rois de Damas nommés Ben-fladad (Amos, r, 4; Jérémie, 49, 27) et font mention d’un Hadad-Ezer de Soba... De même Rimmon a fourni le nom d’un roi, Tabrimmon, dont parle Damascène... Par son symbole, la grenade, Hadad-Rimmon se rapprochait par plusieurs côtés des divinités analogues à Adonis. C’est du fruit de la grenade qu’est né l’Attis pleuré : le fruit sacré naquit subitement du sang de l’Acdestis châtré par Bacchus, et Nana, la fille du roi Sangarius, ayant placé ce fruit dans son sein, devint enceinte de lui et mit au monde le malheureux amant de la mère des dieux (Arnobius, Adv. Gentes , lib.V, p. 199, éd. Hérald). De même Jupiter Casius ou Agreus tenait à la main la grenade, dont la signification se trouve clairement dévoilée par la peinture numidienne où Baal laisse échapper de ses mains des grenades et des grappes de raisin, que l’on considérait comme une émanation de
LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ
la divinité. Hadad, dieu solaire, avec la grenade pour image, pouvait naturellement n’ètre que le soleil de la fin de l’été, qui fait mûrir les grenades et les fruits; et par l'analogie de la conception qui nous montre Adonis comme la production des champs arrivée à sa maturité, nous pourrons appeler Hadad-Rimmon la grenade mûre, le fruit mûr, ou plutôt le dieu qui s’éteint dans sa force de production et dont on pleure la mort. De même, la fête du Thammuz, dont parle Ézéchiel, tombe au commencement du sixième mois, qui correspond .à septembre, au moment même où se cueillent les fruits ; au cinquième jour du mois, le prophète rencontrait les pleureuses au Temple (vm, 1-14). Ce dernier point confirme encore l’identité d’Hadad-Rimmon et d’Adônis, et leur commune origine syrienne1. »
A l’époque où l’influence phénicienne disparaît de l’histoire et où, au contraire, la civilisation et les idées grecques commencent à se répandre et à déborder sur l’Orient, les pays syriens, d’où était parti le dieu, le reçoivent à leur tour, mais transformé par la mythologie hellénique. C’est là un phénomène mille fois constaté. La Syro-Phénicie a été, en effet, l’une des principales sources du panthéon hellénique. Par la voie naturelle des échanges commerciaux, les Grecs ont reçu des Phéniciens et des Cypriotes un certain nombre de mythes religieux et de conceptions divines qu’ils ont rapidement dénaturés et pour ainsi dire nationalisés. Ce qui s’est passé pour Adôn-Thammouz, devenu l’Adonis grec, s’est également produit dans les mythes d’Héraklès, né du Melkarth tyrien,