‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 9 sur 138 · C’est-à-dire au cinquième siècle avant l'ère moderne · texte numérisé non relu

C’est-à-dire au cinquième siècle avant l'ère moderne

LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ

se transforme et se corrompt, des circonstances-essentielles s’effacent et disparaissent, des légendes nouvelles surgissent, la physionomie elle-même du dieu s’adoucit et se simplifie jusqu’à abandonner ses traits les plus caractéristiques. Mais, cette réserve faite et la méfiance mise en éveil, il est certain que l'ensemble des textes grecs nous offre une source importante de renseignements, et que c’est là qu’il convient tout d’abord de s’arrêter avec soin. Malgré les déformations successives qu’ils ont pu subir, les mythes primitifs, éclos dans les plaines de la Haute-Asie, gardent encore, vingt siècles plus tard, quelques éléments essentiels, qui, dégagés de toutes les traditions postérieures, représentent, dans sa structure la plus simple, la conception religieuse des premiers peuples. Il ne reste plus, dès lors, qu’à suivre cette trace, à en relier et à en coordonner les vestiges, pour reconstituer, autant qu’il est possible, les idées centrales des croyances populaires de l’Asie ancienne.

Tel est le sort qu’a subi la légende mythique du dieu Adonis. Ce nom éveille tout d’abord dans la mémoire la gracieuse et touchante image du jeune héros aimé d’Aphrodite et mourant à la fleur de sa jeunesse, dans une chasse au sanglier. Mais c’est là une conception d'une époque relativement récente et où l’influence hellénique domine presque exclusivement. Avant d’aboutir à cette forme d’une mythologie déjà figée et sans vie intérieure, le nom et l’histoire du dieu Adonis ont rempli l’Orient antique d’une destinée toute différente.

Ce nom lui-même à'Adônis , répandu sur les côtes méditerranéennes et dans la plupart des pays de l’Asie Moyenne, porte en lui une signification de puissance

LA LÉGENDE d’aDÔNIS

suprême que les Grecs semblent avoir ignorée ou oubliée. La plupart des grands dieux phéniciens recevaient la dénomination générique d 'Adôn, qui signifiait « mon seigneur », ou de Baal , qui signifiait « maître ». Ce n’était donc pas le nom spécial d’une divinité, mais bien une appellation uniforme ajoutée comme un terme de respect au nom du dieu. C’est ce sens générique et imprécis qu’il faut donner aux mots Adôn et Adônis dans un certain nombre de textes, comme celui de Martianus Capella : Sol vocatur Biblius Adôn , « le soleil reçoit le nom de seigneur de Byblos’ ». Aussi disait-on Baal-Thamar, Baal- Hermôn, Baal-Samaïn, Baal-Zéboud, ou bien Adoni-Zédek, Adoni-Bézek, Adoniram-Adoram. Il en était de même du nom divin de El, dont la signification était identique, et d’où est venu le nom d’Eloim donné souvent à l’Iahveh juif1 2. Le nom spécial du dieu solaire, désigné dans des temps postérieurs par la seule épithète d 'Adôn ou seigneur , était Thammouz, et c’est d’ailleurs sous ce nom que les plus anciens textes nous en parlent. Nous lisons dans Ezéchiel : « Et il m’introduisit par la porte de la maison du Seigneur, qui regardait l’aquilon ; et là étaient des femmes assises pleurant sur Thammouz3. » Thammouz était un des principaux Baalim phéniciens, honoré d’un culte spécial dans certaines villes, dont il était une sorte de divinité poliade, comme Byblos sur la côte et Aphaca dans l’intérieur, qui sont les deux centres impor-

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