‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 100 sur 138 · Paul Arène, Dnmninr. IV · texte numérisé non relu

Paul Arène, Dnmninr. IV

LES SURVIVANCES DU CULTE ET DES FÊTES d’aDÔNIS 191

C’est encore en Provence qu’il faut signaler un culte local étroitement rattaché aux traditions syro-phéniciennes. Cette région a tout entière subi l’influence profonde de la civilisation et de la religion phéniciennes. Adônis-Thammouz y dut avoir de nombreux temples. Le culte des Hauts-Lieux et des grottes sacrées s’y retrouve fidèlement. Tout rocher était dédié à Baal (en celtique Bail) ; toute grotte à Baalath (en celtique Baumo ). De là le nom de Sainte-Baume donné aune grotte célèbre et à un lieu de pèlerinage très fréquenté dans le département du Var, où, raconte-t-on, Marie-Magdeleine acheva sa vie de solitude et de pénitence. Mais, bien avant la courtisane de Magdala, dès l’antiquité la plus reculée, les femmes venaient en pèlerinage à la Sainte-Baume, afin d'obtenir de la déesse de la fécondité^ des enfants, et les jeunes filles un mari. La tradition chrétienne a substitué Marie-Magdeleine à l’Astoreth phénicienne, et la coutume s’est prolongée de génération en génération. Il y a peu d’années encore, les jeunes filles de Provence exigeaient, dans le contrat de leur mariage, un pèlerinage à la Sainte-Baume.

Actuellement, au cours des pèlerinages qui s’accomplissent à la grotte sainte, un usage, que les pèlerins ne peuvent expliquer, consiste à faire des castellets ou petits châteaux. Ces castellets se composent de trois petites pierres disposées en triangle et d’une quatrième placée au milieu des trois autres. Les jeunes filles et les femmes, en se conformant scrupuleusement à cet usage, continuent, là encore, une coutume antique. Le triangle ou cône symbolise Astoreth, comme la quatrième pierre, symbole d’Adônis, rappelle le phallus déformé que l’on plaçait au milieu des jardins d’Adônis. Récemment encore, on rap-

portait, des pèlerinages de la Sainte-Baume, des rameaux d’if. De toute antiquité, l’if a été l’arbre consacré à Aphrodite : or, il jouait et joue, à la Sainte-Baume, un rôle si important qu’on l’a surnommé lou boues de la San to-Baumo .

C’est donc jusqu’au cœur de nos traditions modernes, de nos usages d’aujourd’hui, qu’on peut voir le vieux culte d’Adônis-Thammouz se prolonger et survivre mystérieusement. Grâce à ses fêtes éclatantes, grâce aussi à la profonde et large conception de son symbole religieux, il s’est avancé dans un monde nouveau sans s’y trouver absorbé ou vaincu par les religions qui s’y développaient avec violence.

Ainsi, le pèlerinage, la lente marche des symboles antiques, continue à travers les mille usages du christianisme, et, avec eux, la vieille lumière théogonique, qui éclairait l'origine des mondes orientaux, prolonge ses derniers rayons sur un peuple qui ne la comprend plus .

Page 1