‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 108 sur 138 · SACERDOS ADONI S VIXANNIS LXXXXII · texte numérisé non relu

SACERDOS ADONI S VIXANNIS LXXXXII

Cette inscription ornait une pierre tumulaire, découverte à la zaouia Sidi-Mansour-ed-Daouadi (Tunisie). Elle constituait l’épitaphe d’un vieux prêtre d’Adônis, mort à l’àge de 92 ans. 11 y avait donc dans cette région, à Hisita, ou plus probablement Thisita, un temple d’Adônis.

Malgré cet exemple, d’ailleurs unique, les inscriptions ne fournissent point à l’histoire du mythe d’Adônis une contribution vraiment utile. En Phénicie, c’est seulement à l’époque grecque, c’est-à-dire au moment où se multiplient les efforts de l’art, qu’il est possible de retrouver quelques monuments intéressants. C’est sans doute de

I. Guérin, Voyage archéologique dans la région de Tunis, II, p. 27.

LES MONUMENTS DU CULTE d’aDÔNIS

celte époque que datent la plupart des gemmes et des pierres précieuses sculptées, sur lesquelles on peut retrouver quelques souvenirs de l’histoire d’Adônis. Ce travail des pierres précieuse, les Phéniciens semblent en avoir fait une de leurs principales préoccupations artistiques, et, bien qu’un grand nombre de ces vestiges accusent une indéniable influence hellénique, ce sont néanmoins les mythes et les traditions indigènes dont ils retracent les épisodes. La glyptique phénicienne est riche en figures mythologiques; elle est une source importante d’observation et d’indication.

Une intaille, qui provient de la Phénicie proprement dite, représente un sanglier ailé. C’est là une allusion évidente au meurtrier d’Adônis. Le sanglier divin se distingue, par ses ailes, des autres animaux ; il est en quelque sorte le représentant d’une puissance néfaste et fatale sous laquelle succombe le jeune dieu. Plusieurs intailles analogues ont été trouvées en Syrie et en Sardaigne. Sans nous arrêter à chacune de ces images, nous en signalerons une d’une importance toute particulière, car elle nous révèle une divinité phénicienne, le dieu Bès, qui présente une telle ressemblance avec Adonis qu’il est à peu près certain que nous nous trouvons en face d’une de ces mille déformations locales du dieu de Byblos, qui s’adaptaient à des traditions voisines et parallèles. Voici d’ailleurs la description de cette pierre remarquable, telle qu elle est donnée par Y Histoire de l'Art de MM. Perrot et Chipiez « La glyptique s’est souvent emparée de ce même type (de Bès); nous l’avons déjà rencontré sur le côté convexe d’un scarabée en terre vernissée; on le retrouve aussi sur la face plane d’un scarabée en jaspe vert, ouvrage très

soigné et d’un beau travail, que possède le Louvre; on ne sait où cette pierre a été ramassée, mais ce qui a permis de l’attribuer à un graveur phénicien, c'est, plus sûrement encore que le caractère du style, le symbole du disque et du croissant qui y paraît, gravé sur le champ. Le dieu, couronné de plumes, est vu de face ; il a une queue de taureau ; il tient suspendu, de la main droite, un sanglier ; il porte sur ses épaules un lion énorme, qui a la gueule béante, et dont il serre de la main gauche une des pattes de derrière. Nous ne savons ni quel nom ce dieu portait en Phénicie, ni quelles fonctions lui assignaient et quelles aventures lui prêtaient les croyances populaires 1 2 ; mais, dans l’image que nous venons de décrire, comme dans celle qui est gravée sur le plat d’un scarabée trouvé en Sardaigne, où ce même dieu, couronné de plumes, parait entre deux lions, il y a certainement une allusion à des mythes où ce personnage jouait le rôle de dompteur de monstres. Nous avons peut-être là, sous sa forme indigène et vraiment phénicienne, le héros dont les Grecs ont fait plus tard le jeune et beau chasseur, l’amant d’Aphrodite, cet Adonis que tue la dent du sanglier1. »

La Grèce et l’Italie nous fournissent une autre série de reproductions d’Adônis et des détails de sa légende, dans

1. On peut se demander si ce n’est pas le dieu Poumai, dont M. Philippe Berger, dans son travail Pggmèe, Pygmalion, note suite nom propre Baal Mclec ( Mémoires de la Société de Linguistique, tome IV, p. 347-356), a retrouvé le nom dans les inscriptions phéniciennes et tenté de faire l’histoire. Les mots Pygmée et Pygmalion seraient les dérivés de cette appellation sémitique. (Note de Perrot et Chipiez.)

2. Perrot et Chipiez, Hist ■ de L'Art dans L’ antiquité, tome III, p. 422-423.

LES MONUMENTS DU CULTE d’.U>ÔNIS

les sculptures et les peintures qui ornaient les flancs des vases. Un cratère de marbre de la collection du prince Chigi offre deux scènes en relief, séparées par les anses du vase. Une seule a trait au mythe d’Adônis. Aphrodite, à demi courbée, tient dans une main son pied gauche blessé et entouré de bandelettes; de l'autre main, elle s’appuie contre une colonne ionique, dressée sur le tombeau d’Adônis. Une femme, la nymphe de Byblos, se tient debout, de l’autre côté du tombeau, et offre à la déesse un baume pour sa blessure. Plus loin, un satyre rieur montre du doigt une statuette de Priape, placée sur un tronc d’arbre, à gauche 1 2 .

Un vase de Vulci représente, selon l'opinion de M. Raoul Rochette, Adonis assis sur un char traîné par deux cygnes. Un manteau parsemé d’étoiles couvre ses genoux sur lesquels est assise Aphrodite nue. M. Guigniaut voit dans cette scène une représentation de cette sorte d’enlèvement d’Adônis par Aphrodite, auquel Plaute fait allusion, à propos d’une peinture murale :

« Dis-moi, n’as-tu jamais vu le tableau où Catamitus est représenté enlevé par l’aigle, ou Adonis par Vénus 1 ? »

Sur d’autres vases, on voit les deux amants échangeant un baiser. Mais la plus connue et la plus complète des peintures de vases est celle que l’on trouve sur une péliké du musée Sant’ Angelo, à Naples. Trois tableaux superposés occupent un des côtés du vase. Le tableau supérieur représente probablement la dispute des deux

1 . Voir une reproduction de la scène de ce beau vase dans Les Religions de V antiquité, trad. Guigniaut, planche CV bis, n« 409 a*.

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