‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 110 sur 138 · Muséum Etruscum Gregorianum, tome II, tabl. XXV · texte numérisé non relu

Muséum Etruscum Gregorianum, tome II, tabl. XXV

LES MONUMENTS DU CULTE d’âDÔNIS

adresser un adieu, et Alpnu (Proserpine), qui s'approche du jeune homme et lui met la main sur l’épaule pour l’entraîner aux enfers. Derrière Alpnu, on voit un de ses compagnons, Archate ou Archase (Orcus). Une autre divinité, qui porte le nom à'Eris, donne à toute cette scène son caractère et sa signification : elle préside à la querelle des deux déesses, qui se disputent le jeune dieu.

Cette même scène se trouve reproduite, mais d’une façon plus simple, sur un miroir trouvé à Orbetello. Les divinités y sont désignées par des inscriptions latines. Jupiter est assis sur son trône, et, à sa droite et à sa gauche, Vénus et Proserpine l’implorent et lui exposent leurs griefs. Aux pieds de Jupiter est déposé l’objet du litige, le coffret dans lequel est enfermé Adonis. Ce miroir est vraisemblablement d’une date beaucoup plus récente que les précédents, et l'œuvre artistique y semble moins inspirée par des traditions primitives que par les récits postérieurs des poètes grecs.

D’autres miroirs encore représentent Adonis et Aphrodite, tantôt seuls, tantôt entourés d’autres personnages mythologiques, et bien qu’on ne trouve d'inscriptions que sur ceux que nous avons cités, il n’est pas difficile, à la similitude des personnages et des scènes, d’y reconnaître les divers détails de la légende d’ Adonis.

Tandis qu’on trouve assez fréquemment, sur les miroirs, la scène de la querelle des déesses, dans les peintures murales, au contraire, les artistes semblent avoir préféré les autres scènes de l’histoire du dieu et particulièrement la chasse et la mort d’Adônis dans les montagnes du Liban. Les Romains se plaisaient à orner les murs intérieurs de leurs villas des tableaux mytbo-

logiques les plus connus et les plus gracieux, et le mythe d’Adônis, avec ses détails délicats et louchants, a été le sujet d’une foule de reproductions picturales.

Mentionnons tout d’abord les peintures des Thermes de Titus, qui nous montrent en plusieurs tableaux les principaux épisodes de la vie et de la mort d’Adônis.

Dans la même salle, quatre tableaux, avec une ornementation identique, se répondaient. Le premier représente la naissance du jeune dieu, sortant de Myrrha métamorphosée en arbre, et reçu par Vénus. Dans le deuxième de ces tableaux, Adonis est représenté déguisé en Bacchus, pendant que, de chaque côté, deux nymphes, déguisées en Bacchantes, jouent de la llùte et du tympanon. Le troisième tableau représente un chœur de nymphes dansant; le voisinage des autres tableaux peut seul faire rapporter celte scène au mythe d’Adônis, que rien n’indique nettement. Enfin, dans un quatrième tableau, on voit Adonis partant pour la chasse et adressant ses adieux à Vénus affligée, pendant qu’une vieille femme essaie de le dissuader de partir.

Dans une peinture de la villa Negroni, on voit Adonis, que le sanglier a blessé à la cuisse, expirant dans les bras de Vénus. Le jeune homme porte une chlamyde, qui, rejetée en arrière, laisse voir son corps. La déesse est vêtue, mais le sein gauche est découvert. A leurs pieds, le chien d’Adônis lève la tète vers son maître, qui tient dans sa main un long épieu de chasse. Au second plan, on aperçoit les montagnes du Liban, qui forment le fond du tableau ' .

1 . Voir une reproduction de cette peinture dans Creuzer-Guigniaut, Relit/, de l’ant., planche CV, n° 398.

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Plusieurs peintures de Pompéi reproduisent des scènes analogues. Sur l’une d’elles, Vénus présente une couronne de fleurs à son amant, assis sur ses genoux; autour d’eux voltigent des Amours, dont l'un tient dans sa main une pomme, symbole d’amour et de fécondité. Une stèle funèbre est dressée derrière les deux amants, dans le fond du paysage.

Une autre peinture, sur un pilier de Pompéi, montre le tombeau d’Adônis, reconnaissable à la stèle dressée sur des rochers et que surmonte une couronne ornée de rayons. Contre la stèle, on voit une petite statue de Priape, dont le mythe n’était qu’une déviation du mythe d'Adônis. Au premier plan du tableau, Mercure annonce à Vénus la volonté du destin, qui la sépare de son amant.

Nous avons déjà trouvé cette image de Priape dans la scène du vase Chigi, où un satyre montre du doigt, en riant, la statuette du dieu. Nous retrouvons maintenant, dans une autre peinture, le même satyre accompagné d’une nymphe et formant un contraste au groupe idyllique de Vénus et d’Adônis.

Mais la plus célèbre des peintures de Pompéi relatives à l’histoire d’Adônis est un grand tableau découvert en 1835. Nous ne saurions en donner une description à la fois plus précise et plus complète que celle qu’en donne M. Guigniaut : « Adonis s’y montre expirant entre les bras de Vénus et environné de toutes les circonstances, de tous les attributs principaux de son mythe et de son culte, mêlés d’éléments asiatiques et grecs : ni la nymphe de Byblos n’y manque, ni les rochers du Liban; Antéros, représentant la vengeance de Mars outragé, y est opposé aux amours du cortège de la déesse; Priape y paraît non loin

VÉNUS ET ADONIS DLESSÉ Peinture de la maison de Méléagre, à Pompéï

d’un autel chargé de pommes de grenades, emblèmes de fécondité; et s’il était permis, avec le célèbre archéologue que nous citions tout à l’heure (M. Gerhard), de voir dans le chien du chasseur, portant un collier hérissé de pointes, une allusion à l’astre radieux de Sirius, ce serait une raison de plus pour fixer la mort et la fête d’Adônis au solstice d’été, époque où la végation, parvenue avec le soleil à son point culminant, se flétrit dans ses fleurs ou bien est moissonnée dans ses fruits ' . »

En somme, dans ces diverses peintures, il y a peu de variété dans les sujets. C’est presque toujours la scène de la mort d’Adônis; les circonstances et les détails seuls varient parfois. Les personnages et les décors se succèdent avec une monotonie qui fait songer à l’habitude des peuples orientaux de reproduire les scènes divines dans des lignes et des attitudes identiques. Vénus, Adonis, le chien du jeune chasseur, le mont Liban, tels sont les traits essentiels de chacun de ces tableaux. Il est évidemment difficile et imprudent de tirer des conclusions certaines des quelques peintures qui nous restent et qui forment une partie bien minime des innombrables peintures murales des villas romaines. Mais tout au moins pouvons-nous remarquer avec quelle prédilection l’imagination des artistes ou le désir des patriciens revient, dans les reproductions mythologiques, à un ordre d’idées spécial qui semble se plaire dans un tableau, toujours le même, de mort et de désolation.

Vases, miroirs, peintures, voilà donc ce qui forme la

1. Creuzer-Guigniaut, Les Relig. de l'antiquité. Note de Guigniaut dans le tome II, p. 941.

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catégorie la plus riche des vestiges relatifs au culte d’Adônis. Nous allons le retrouver encore sur les sarcopha ges et les tombeaux; mais, avant de le voir passer dans ces monuments funéraires, où le dieu, mort dans sa jeunesse et pleuré par tous les dieux et tous les êtres, est devenu très rapidement le symbole préféré et le plus parfait des douleurs et des regrets de la mort, il faut signaler quelques autres œuvres d'art qui trouvent une place naturelle à la suite des vases et des peintures.

C’est d’abord une plaque de marbre du palais Spada, à Rome, qui représente Adonis blessé, appuyé des deux mains sur un épieu de chasse. Lesanglier a frappé la jambe droite du dieu : elle est entourée de bandelettes. Les deux chiens d’Adônis sont immobiles auprès de lui et prennent part à la douleur de leur maître ; l’un penche la tète, l’autre regarde tristement la blessure. Au fond se dresse un sanctuaire d’Artémis, allusion aux traditions d’après lesquelles le sanglier avait été envoyé par cette déesse.

Sur un bas-relief en stuc du Musée étrusque du Vatican, on voit Vénus et Adonis, ainsi que sur une bulle de collier en or, également au Musée Grégorien.

Ainsi, tous ces divers monuments, les vases, les miroirs, les bas-reliefs, les peintures, ont simultanément servi à représenter quelque circonstance de la poétique légende. Par la mythologie hellénique, le dieu phénicien entre dans le domaine de l’art, devient un des sujets favoris des artistes de la Grèce et de Rome : ses amours, sa chasse et sa mort s’étalent en lignes sobres et pures sur les riches murailles des villas de la Campagne romaine; et dans ce peuple des derniers siècles païens,

qui n'a conservé que la forme et, pour ainsi dire, 1 apparence des vieux mythes primitifs, le nom du jeune dieu n’évoque plus qu'une destinée douloureuse et brève dont on se plaît à ressusciter le souvenir à propos d’un amour brisé ou d’une mort prématurée.

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