Ovide, Métamorphoses, X
2. L’anémone était, aux yeux des anciens, un symbole de jouissance fragile et brève, de vie courte. Voir, à ce sujet, plus loin, 2* partie, chap. ii,
LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ
superstitieuse des forces de la nature. Peu à peu, dépouillé de sa divinité redoutable, il se réduit à un personnage de fable mythique, qu’un peuple énervé et sceptique ne comprend plus.
On peut, toutefois, sous ces récits poétiques, retrouver les principaux éléments des premières traditions relatives à ce culte. La naissance, la vie et la mort tragique d’Adônis présentent des traits caractéristiques qui sont assurément les vestiges d’une légende plus ancienne. De plus, malgré les transformations inévitables qu’a subies cette légende, en se répandant chez des peuples si différents de civilisation et de génie, les mêmes traits demeurent communs aux diverses versions. Cet inceste qui donne naissance à Adonis, cet amour passionné d’une déesse dont le symbole n’est que le complément du symbole du dieu, cette mort d’Adônis, tué soudainement dans la fleur de sa jeunesse, ces quelques éléments, qui sont l’essence et l’âme même du mythe, marquent assez bien le sens primitif de ce culte. Tout le reste a été peu à peu ajouté en ornements inutiles par l’imagination et la fantaisie des poètes.
11 est cependant utile de remarquer les divergences qui existent dans certains récits. Ces divergences, en effet, ne sont pas nées au hasard. Souvent elles indiquent 1 influence et la pénétration d’un mythe analogue à celui d’Adônis, souvent aussi elles précisent certains faits historiques et par cela même valent d’ètre signalées.
La naissance même d’Adônis est un premier sujet de variations. Tandis que les uns, comme Panyasis, le font naître de Théias et de sa fille Smyrna, d’autres rapportent qu’il était né d’un Kinyras, venu de Syrie en Cypre, et de
LA LÉGENDE d’aDÔNIS
la fille d'un roi de cette île, Métharmé. Hésiode raconte encore qu’il serait né de Phœnix et d’Alphesibœa '. Toutefois, la plupart des récits s’accordent à donner au père d’Adônis le nom de Kinyras. Bien souvent, d'ailleurs, suivant une tendance fréquemment constatée dans les mythes antiques, Kinyras et Adonis se confondent et ne sont plus qu’une même divinité sous deux noms differents. La légende se plaît à représenter Kinyras établissant dans le monde le culte d'Adônis, fondant la ville et le temple de Byblos, et parcourant les mers pour porter aux peuples lointains le culte du dieu; il devient alors le héros de mille récits, analogues à ceux qui remplirent le mythe du Melkarth phénicien et de l’Héraklès grec. Mais, en réalité, c’est là encore une création postérieure, et le mythe distingue mal le père du fils. Nous retrouvons donc ici ce dogme, à peu près universel dans les religions orientales, du dieu s’engendrant lui-même, du dieu androgyne, possédant à la fois le principe mâle et le principe femelle, et adoré en Phénicie sous la double dénomination de Baal , le dieu, et Baalath , la déesse. Et l’inceste de la légende n’est assurément qu’une corruption de cette idée primitive.
On trouve également différentes versions au sujet de la mort d’Adônis. Suivant la croyance la plus répandue, le sanglier qui devait donner la mort à Adonis aurait été envoyé par Artémis, selon d’autres, par Apollon. Ovide, se conformant à des légendes postérieures, le dit envoyé par Mars dans un accès de jalousie 2. D’autres encore estiment que le sanglier n’est qu’une forme prise par Mars pour se
1. Hésiode, apud Apollodore, III, 14, 4, et apud Probum ad Virgil., Eclog. X, 18.