Ptolémée Hépliestion, lib
LA LÉGENDE d’aDÔNIS
peuples se marque sur ces formes diverses que remplit une pensée identique, et à travers la terre classique des migrations et des grands mouvements ethniques, ce sont des éléments précieux et dont il est difficile de négliger l’appui. Ce n’est donc pas seulement au point de vue mythologique ou ethnologique qu’il faut considérer la légende d’Adônis; elle est aussi, à un point de vue plus spécialement historique, la source de mille observations fructueuses. C’est en elle que nous trouvons pour la première fois les traces des premières aventures maritimes des Phéniciens, le souvenir de leur établissement en Cypre; et ce Kinyras, roi de Cypre, venant installer à Byblos le culte adonique, n'est qu’un des nombreux vestiges légendaires des navigations phéniciennes, et dont le cycle a la fois le plus complet et le plus précis se rattache au mythe de Melkarth. C'est elle encore qui nous révèle, mieux que les autres légendes des religions phéniciennes, le caractère et les tendances de ce peuple à demi fabuleux et dont les traits essentiels demeurent malgré tout presque insaisissables. Cet Adônis-Thammouz, qui enferme en lui tout un faisceau d'idées mythiques, reste donc, par la légende et par la physionomie de son culte, une des divinités les plus vivantes et les plus précises de ce monde de l'antique Syrie, sans cesse agité parles invasions, les guerres et les mouvements ethniques de toutes sortes. C’est à lui qu’aboutit la longue filiation des dieux de l’Asie Occidentale, et il a gardé, de ces religions qui ont précédé ou pénétré la sienne, ce caractère de dieu universel et suprême qui contribuera à maintenir son culte à une époque où les autres dieux phéniciens seront depuis longtemps oubliés.