CHAPITRE II
L’EXODE DU CULTE
Les fortunes diverses des cultes et des mythes ont leur principale cause, non dans l’excellence de leur conception religieuse, mais dans l’appui plus ou moins favorable que leur ont prêté les événements historiques au milieu desquels ils ont vécu. C’est un phénomène intéressant à observer que cette propagation d'une idée religieuse, qui suit fidèlement les fluctuations historiques, qui se plie aux circonstances extérieures, qui se ralentit ou s’accélère suivant des événements sans relations apparentes avec elle, et dont le développement s’établit suivant la logique précise des faits. Les grands mouvements religieux n’ont dù leur succès qu’à la faveur des circonstances. Si l’enseignement de Jésus n’avait pas été considéré dès l'origine comme une prédication d’opposition à la suprématie romaine, et si tous les révoltés politiques n’étaient pas venus s’unir et se fondre en lui pour multiplier leurs efforts, le christianisme serait resté au rang infime des nombreuses sectes juives, sans jamais rayonner au delà de l’étroite contrée où il avait pris naissance. Si l’islamisme n’avait pas été servi par la conquête, si tous les vieux ressentiments germaniques contre Rome et la Papauté n’avaient pas trouvé dans le protestantisme une arme puissante pour servir leur cause, jamais la religion de Maljomet ni celle de Luther n'auraient eu une fortune si
l’exode du culte
brillante. C’est donc avec un soin attentif et prudent qu’il convient de déterminer la marche de ces anciens dogmes qui, éclos dans les ténèbres des temps, apparaissent dans l’histoire, non pas au moment de leur origine, mais à une époque où ils sont déjà épanouis et forts. Aux vagues croyances idéologiques qui ont seules peuplé l’esprit des races primitives a peu à peu succédé, grâce à un besoin naturel d’organisation logique et précise, tout un système de légendes coordonnées, tout un enchaînement de mythes et de récits sacrés, qui, répandus par la diffusion des peuples, ont donné naissance à des religions diverses, mais où les analogies des dogmes restent nombreuses et apparentes. C’est pourquoi il serait imprudent de les séparer les unes des autres, et de les considérer successivement, au lieu de les étudier simultanément et dans leur ensemble : il y a en elles, au moment où nous les trouvons dans l’histoire, toute une lente et formidable élaboration qui s’est accomplie pendant des siècles et qui a abouti à une diversité de mythes et de cultes, au cœur desquels réside une inspiration identique.
L’établissement du culte d’Adônis à Byblos, loin d’être une des phases primitives de son évolution, n’est au contraire que l’aboutissant d’un long voyage à travers la Haute-Asie et l’Asie Moyenne. On le trouve pour la première fois en Assyrie. Dans Bion’, Adonis est qualifié d Assyrien , àaaùptov. Toutefois, comme les Grecs confondaient souvent les noms d’Assyrie et de Syrie, c’est sans doute à ce dernier pays, d’où le culte est venu en Grèce, que Bion a voulu faire allusion. Lucien, de son