Macrobe, Saturnalia, I
3. Creuzer, Religions de l' Antiquité (traduction Guigniaut), tome II, p 920, note de Guigniaut.
l’exode du culte
Il faut noter ici le mythe connexe d’Adar-Sâmdan, l’Héraklès assyrien, qui s’associe à Thammouz, comme Melkarth à El, et Héraklès à Adonis. Déjà, parmi les dieux parèdres de la déesse chaldéenne Isthar se trouve Doumouzi, qui est sans doute la plus ancienne forme de Thammouz ; Adar-Sâmdan est, lui aussi, mêlé aux mythes et aux allégories d’Isthar. Comme Thammouz, il voyage vers l’Occident: dans le Liban, Adar devient le dieu parèdre d’Atergatis, c’est-à-dire d’Astoreth, considérée au moment de son veuvage et de sa douleur. Dieu solaire, il devient le point de départ de toute une succession de mythes et de légendes solaires : Sardanapale, Crésus, llamilcar, Didon. Comme Adônis-Thammouz, Sâmdan meurt et ressuscite ; et, dans certaines régions, il est malaisé de le distinguer du dieu de Byblos. Son culte se répand surtout dans l’Asie-Mineure : en Cilicie, en Cappadoce, en Lycie et en Lydie ; on le trouve associé soit à celui d'Atys et de Cybèle, soit à celui de l’Artémis d’Éphèse. Sur un bas-relief de Ptérium, on voit Isthar traînée par des lions et ayant auprès d’elle Adar-Sâmdan, armé d’un bâton et d’une hache à deux tranchants. On pourrait d’ailleurs suivre la filiation de ce dieu assyrien : depuis ses origines chaldéennes jusqu’à la forme grecque d’Héraklès, on le verrait passer par les mêmes avatars et les mêmes expressions intermédiaires que le Thammouz babylonien aboutissant à Adonis. En tous cas, il n’est pas inutile de remarquer la connexité et la parenté d’Adar et de Thammouz, qui fortifient encore, pour ce dernier, l’hypothèse d’une origine assyrienne.
On peut dès lors suivre avec assez de précision l’exode du dieu. Remontant le cours de l'Euphrate, traversant en-
LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ
suite le désert, il aborde dans la riche vallée de l’Oronte et s’y installe en maître. Il envahit la Cœlé-Syrie, et c’est pour lui que se dresse a Baalbeck le célèbre temple du Soleil. Continuant sa marche vers le Sud, et longeant les montagnes qui le séparent de la côte, il entre dans la vallée du Jourdain, où plus tard les Hébreux le trouvent et l’adoptent. Ézéchiel parle des femmes qui pleurent, à la porte du Temple, la mort de Thammouz ' . Un mois du calendrier hébreu portait également le nom de Thammouz. Saint Jérôme, de son côté, nous donne un témoignage précis, dans une lettre à saint Paulin : « Bethléem, dit-il, qui est pour nous aujourd’hui le lieu le plus auguste de toute la terre, fut ombragé jadis par un bois sacré de Thammouz, c’est-à-dire d’Adônis ; et dans la grotte où le Christ petit enfant a vagi, on pleurait l’amant de Vénus*. »
Mais avant que les Hébreux eussent conquis la terre de Chanaan, le culte du Baal Thammouz avait franchi les montagnes et s’était établi le long de la mer. A partir de ce moment, de nouvelles destinées vont commencer pour lui. L’activité commerciale des Phéniciens va le répandre dans le monde occidental, et en même temps que les comptoirs phéniciens, les temples du dieu se multiplieront sur les côtes méditerranéennes. D’ailleurs, dès les premiers temps de la civilisation phénicienne, il semble avoir pris une importance toute spéciale. Il acquiert, dans la région deByblos, le caractère d’un culte prédominant. Là, Byblos devient peu à peu la ville sacrée du dieu 1 2 3, la cité unique où I on retrouvait les décors de la légende divine.