‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 20 sur 138 · LE CULTE D ADÔNIS-THAMMOUZ · texte numérisé non relu

LE CULTE D ADÔNIS-THAMMOUZ

d’Adônis et d’Aschera, se trouvait sur une éminence assez faible qui est, en effet, quelque peu distante de la mer et qui porte aujourd’hui le nom de Kassouba. « Le temple couronnait la hauteur, et quelques débris de muraille en indiquent encore l’emplacement : peut-être est-ce le même dont le plan est gravé au revers de certaines monnaies impériales. Deux escaliers y conduisaient des quartiers bas, mais l’un accède à une chapelle de style grec surmontée d’un fronton triangulaire et bâtie au plus tôt sous les Séleucides; l'autre aboutit à une longue colonnade de même époque, appliquée en devanture sur un monument plus ancien, pour le rajeunir au goût du jour. Le sanctuaire qui se cachait derrière ce placage disparate conserve un air d’archaïsme prononcé et ne manque ni d’originalité ni de grandeur. Il consiste en une vaste cour rectangulaire bordée de cloîtres. Au point même où les lignes tirées par le milieu des deux portes semblent se croiser, une pierre conique se dresse sur un cube de maçonnerie, le bétyle que l’esprit de la divinité anime : une balustrade à jour l’enveloppe et le garantit contre les attouchements de la foule. La construction ne remontait peut-être pas au delà de l’âge assyrien ou persan, mais le plan général reproduit évidemment les dispositions d’un édifice antérieur1. » Tel était ce fameux Temple, autant qu’il est permis de le reconstituer d'après les monnaies de Byblos frappées sous Macrin. Une stèle phénicienne, découverte par Renan et connue sous le nom de stèle de Yehawmelek, peut servir à jeter quelques clartés sur l'architecture et les dispositions de ce temple. Cette stèle

1. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient classique, tome II, p. 173.

l’exode du culte

marque le souvenir d’une sorte de consécration et d’hommage du roi Yehawmelek à la déesse de Byblos, et elle faisait sans aucun doute partie du temple lui-même. On y voit Yehawmelek, dont les vêtements royaux rappellent ceux des rois de Perse, offrir des libations à la déesse, qui, elle-même, présente absolument, dans son attitude, ses ornements, ses attributs, la physionomie d’une Isis- Hathor. Au-dessous des sculptures se trouve une inscription phénicienne, dont Renan a donné la traduction suivante :

« C’est moi, Yehawmelek, roi de Gebal, fils de Ieharbaal, petitlils d'Adommelek, roi de Gebal, que la dame Baalath Gebal, la reine, a fait (roi) sur Gebal.

» J’invoque ma dame Baalath Gebal (car elle m’a toujours exaucé) et j’offre à ma dame Baalath Gebal cet autel de bronze qui est dans (l’atrium), et la porte d’or qui est en face de (l’entrée), et l’uræus d’or qui est au milieu du (pyramidion) placé au-dessus de ladite porte d’or. Ce portique, avec ses colonnes et les (chapiteaux) qui sont sur elles, et avec sa toiture, c’est aussi moi, Yehawmelek, roi de Gebal, qui l’ai fait pour ma dame Baalath Gebal, conformément à l’invocation que je lui ai faite, car elle a écouté ma voix, et elle m’a fait du bien.

» Que Baalath Gebal bénisse Yehawmelek, roi de Gebal; qu’elle le fasse vivre, qu’elle prolonge ses jours et ses années sur Gebal, car c’est un roi juste, et que la dame Baalath Gebal lui donne faveur aux yeux des dieux et devant le peuple de cette terre, et la faveur du peuple de cette terre (sera toujours avec lui).

» Tout homme de race royale ou simple particulier qui se permettra de faire un ouvrage quelconque sur cet autel d’airain, et sur cette porte d’or, et sur ce portique où moi, Yehawmelek... et de faire cet ouvrage soit... soit... et sur ce lieu-ci... que la dame Baalath Gebal maudisse cet homme-là et sa postérité1 ! »

1. Cette stèle date vraisemblablement du Ve siècle. Jules Soury fait remarquer avec raison quelle est postérieure à la conquête de Cyrus,

LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ

En outre de son extrême importance épigraphique, cette inscription giblite nous présente quelques détails caractéristiques sur le temple de Byblos. Ce sont là des indications précieuses, qui, « rapprochées des figures des monnaies frappées sous Macrin, permettent de se représenter assez nettement l’économie du sanctuaire. L’édifice dominait la ville et s’apercevait sans doute de la mer. Le sanctuaire même était précédé ou entouré d’une enceinte sacrée, au milieu de laquelle était un autel de bronze; on y avait accès par une porte d'or accompagnée de portiques à colonnes; une petite pyramide s’élevait au-dessus de la porte d'or. Des portes d’or, c’est-à-dire en bois doré, brillaient aussi à l’entrée du parvis du temple d’Hiérapolis, si bien décrit par l’auteur de la Déesse syrienne. Le fauve éclat de l’or resplendissait partout, aux voûtes du sanctuaire comme sur les symboles et les vêtements des dieux ; enfin il est fait mention d'un grand autel d’airain qui s’élevait au dehors1. »

Autour de Byblos s'étend une région à la fois sauvage et douce, mystérieuse et pleine de lumière, où le culte d’Adônis s'est rapidement installé avec une suprématie absolue. Cette région de Byblos était renommée comme un des sites les plus délicieux de la cote méditerranéenne.

car les sculptures dévoilent l'influence de la Perse. D’autre part, les rois de Byblos dont il est fait mention dans la première phrase de l’inscription sont antérieurs aux rois Og, Azbaal, Aïnel, qui furent les derniers rois de Byblos, Aïnel ayant été détrôné par Alexandre. C’est donc entre la conquête persane et le règne du roi Og, c’est-à-dire dans la première moitié du Ve siècle, qu’on peut placer la date des sculptures et de l’inscription de cette stèle.

1. Jules Soury, la Phénicie (Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1875).

l'exode du culte

Les anciens poètes se plaisent à la chanter et à en célébrer le charme. Nonnus l’appelle la «demeure nuptiale de la déesse de Paphos », IiacpÎTjç ôofxoç yap.7]Xioç et le même poète l’appelle ailleurs la « demeure des Grâces », Xapîxtov 8ôp.oç\ Le Liban abrupt et sombre, couvert d’épaisses forêts de cèdres, peu accessible, même aux époques les plus favorables de l’année, devient peu à peu la montagne sainte dont chaque site rappelle un des traits de l’histoire d’Adônis : « Byblos entière, dit Maspero, et la partie du Liban à laquelle elle s’appuie restaient comme hantées de toute antiquité par les souvenirs de cette histoire. On savait à quel endroit la déesse avait entrevu le dieu pour la première fois, à quel autre elle s’était dévoilée devant lui, à quel autre enfin elle avait déposé le corps mutilé et entonné les lamentations des funérailles. Un fleuve qui coule à quelque distance vers le Sud portait le nom d’Adônis, et la vallée qu'il arrose avait été le théâtre de cette idylle tragique 3. » Les vallées, les forêts, les torrents du Liban deviennent ainsi les décors naturels de la légende adonique. C’est là en effet que s’abrite, avec cette légende, tout un cycle de récits sacrés, de mythes divers, et qu’éclosent et se développent mille pratiques religieuses contre lesquelles se heurtera longtemps le christianisme naissant. « Les cultes du Liban, dit Renan, vieux comme le monde, mais plusieurs fois transformés et mêlés d’éléments de toute provenance, prirent, dans les premiers siècles de notre ère, une vogue extraordinaire. Byblos

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