Maundrell, Voyage (1706), p
LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ
templer de ses propres yeux. « L’embouchure du fleuve Adonis, raconte-t-il, est un endroit charmant, et l’on s'explique pleinement les mythes dont il fut l’objet dans l'antiquité. De la hauteur d’Amschit, au commencement du mois de février, je vis s’y produire le phénomène du sang d’Adônis. A la suite de pluies très fortes et subites, tous les torrents versaient dans la mer des flots d'eau rougeâtre qui, par suite de la direction du vent, perpendiculaire au rivage, ne se mêlaient que très lentement à l’eau de la mer et formaient, surtout vus obliquement, une bande rouge le long des côtes. 1 »
C’est au milieu de cette nature si favorable aux légendes religieuses que le culte d’Adônis se développa plus dui'ablement que partout ailleurs. Tandis qu’il s’affaiblit et s’efface dans certaines contrées, ici, au contraire, oii tout concourt à lui donner et à lui maintenir une influence prépondérante, il acquiert une force assez vivante pour le prolonger pendant plus de quatre siècles, malgré les persécutions les plus violentes, à travers le monde chrétien. Constantin fait détruire les temples de la région de Byblos, les cultes païens se réfugient dans les montagnes et dans les champs, les adeptes des anciens dieux se cachent, les pratiques religieuses deviennent secrètes et humbles ; mais à travers cette haine des pouvoirs publics, les vieilles croyances se maintiennent longtemps, jusqu’au jour où, épuisées plus par l'indifférence publique que par les violences impériales, elles dépériront peu à peu. La persécution, ou plutôt la véritable campagne militaire menée contre les derniers fidèles du culte d’Adônis eut lieu, à