Renan, Mission de Phénicie, p
l’exode du culte
plusieurs reprises, vers la fin du ive siècle et le commencement du v*. Déjà Constantin avait englobé le culte d'Adônis dans les diverses pratiques païennes dont il avait ordonné l’abolition; mais cette pratique avait été de peu d’effet, et il avait suffi du court règne de Julien pour restaurer le culte d’Adônis dans toute sa gloire. Après la mort de Julien, dans les dernières années du ive siècle, plusieurs événements vinrent disperser et détruire les derniers vestiges du culte giblite. En 399, les évêques réunis au cinquième concile de Carthage demandent à l’empereur d'ordonner la destruction des temples que les païens avaient édifiés dans des lieux déserts et dans les retraites des montagnes, notamment dans le Liban, et où s’étaient réfugiés les derniers mystères d’une religion mourante : Templa quæ in agris in Locis abditis constituta nullo ornamento sunt, jubeantur omnino destrui. La même année, l’empereur Arcadius rend un décret oii il est dit : Si quel in agris templa sunt, sine turba et tumultu diruantur ; his enim dejectis atque sublatis , omnis super stitionis materia consumetur. Ces mots sine turba et tumultu diruantur montrent combien on pouvait encore redouter quelque mécontentement populaire, et combien, par conséquent, l’amour du vieux culte local demeurait encore vivant au fond des âmes. Mais c’est à Jean Chrysostôme qu’il faut rapporter la brutale persécution qui eut lieu en Syrie contre les derniers cultes païens. L’historien Théodoret dit catégoriquement, en parlant du Liban et de la Syrie : « C’est l’évêque Chrysostôme qui fit abattre les temples de cette contrée païenne, n’y laissant pas pierre sur pierre.» En effet, sous l'impulsion de Jean Chrysostôme, il s’était organisé en Syrie de véritables armées de moines pil-
LE CULTE d’aDÔNIS-THAM MOUZ
templer de ses propres yeux. « L’embouchure du fleuve Adonis, raconte-t-il, est un endroit charmant, et l’on s’explique pleinement les mythes dont il fut l'objet dans l’antiquité. De la hauteur d’Amschit, au commencement du mois de février, je vis s’v produire le phénomène du sang d’Adônis. A la suite de pluies très fortes et subites, tous les torrents versaient dans la mer des flots d’eau rougeâtre qui, par suite de la direction du vent, perpendiculaire au rivage, ne se mêlaient que très lentement à l’eau de la mer et formaient, surtout vus obliquement, une bande rouge le long des côtes. ’ »
C'est au milieu de cette nature si favorable aux légendes religieuses que le culte d’Adônis se développa plus durablement que partout ailleurs. Tandis qu’il s’affaiblit et s’efface dans certaines contrées, ici, au contraire, oii tout concourt à lui donner et à lui maintenir une influence prépondérante, il acquiert une force assez vivante pour le prolonger pendant plus de quatre siècles, malgré les persécutions les plus violentes, à travers le monde chrétien. Constantin fait détruire les temples de la région de Byblos, les cultes païens se réfugient dans les montagnes et dans les champs, les adeptes des anciens dieux se cachent, les pratiques religieuses deviennent secrètes et humbles ; mais à travers cette haine des pouvoirs publics, les vieilles croyances se maintiennent longtemps, jusqu’au jour où, épuisées plus par l'indifférence publique que par les violences impériales, elles dépériront peu à peu. La persécution, ou plutôt la véritable campagne militaire menée contre les derniers fidèles du culte d’Adônis eut lieu, à