‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 28 sur 138 · Renan, Mission (le Phénicie , p · texte numérisé non relu

Renan, Mission (le Phénicie , p

l’exode du culte

plusieurs reprises, vers la fin du ive siècle et le commencement du v*. Déjà Constantin avait englobé le cidte d'Adonis dans les diverses pratiques païennes dont il avait ordonné l’abolition; mais cette pratique avait été de peu d’effet, et il avait suffi du court règne de Julien pour restaurer le culte d’Adonis dans toute sa gloire. Api’ès la mort de Julien, dans les dernières années du IVe siècle, plusieurs événements vinrent disperser et détruire les derniers vestiges du culte giblite. En 399, les évêques réunis au cinquième concile de Carthage demandent à l’empereur d'ordonner la destruction des temples que les païens avaient édifiés dans des lieux déserts et dans les retraites des montagnes, notamment dans le Liban, et où s’étaient réfugiés les derniers mystères d’une religion mourante : Templa quæ in agris in Locis abclitis constituta nullo ornamento surit, jubeantur omnino clestrui. La même année, l’empereur Arcadius rend un décret où il est dit : Si qua in agris templa sunt, sine turba et tumultu diruantur ; /lis enim dejectis atque sublatis, omnis s uperstitionis materia consumetur. Ces mots sine turba et tumultu diruantur montrent combien on pouvait encore redouter quelque mécontentement populaire, et combien, par conséquent, l’amour du vieux culte local demeurait encore vivant au fond des âmes. Mais c’est à Jean Chrysostome qu’il faut rapporter la brutale persécution qui eut lieu en Syrie contre les derniers cultes païens. L’historien Théodoret dit catégoriquement, en parlant du Liban et de la Syrie : « C’est l’évêque Chrysostome qui fit abattre les temples de cette contrée païenne, n'y laissant pas pierre sur pierre.» En effet, sous l'impulsion de Jean Chrysostome, il s’était organisé en Syrie de véritables armées de moines pil-

LE CULTE d’âDÔNIS-THAMMOUZ

lards, fanatiques etviolents, analogues à ceux qui devaient, quelques années plus tard, envahir Alexandrie sous la conduite de l’évêque Cyrille et massacrer Hypatie. Pour résister à ces attaques, les païens, eux aussi, s’étaient armés, et dans les villages, il en résultait parfois de réelles et sanglantes batailles. Peu à peu, excités parles proclamations enflammées de Jean Chrysostôme, qui voyait dans cette œuvre de destruction violente une sorte de mission céleste, les moines, auxquels se joignaient les nouveaux convertis, ravagèrent et détruisirent tous les édifices qui servaient à quelque culte païen. La silencieuse et solitaire vallée d’Aphaca, cette sorte de Thébaïde païenne, n'échappa pas aux fanatiques : le temple d’Aphaca fut rasé et chacune des étroites vallées du Liban porta la trace de cette persécution impitoyable. Les païens, traqués, pourchassés, n eurent plus qu’une ressource, celle à laquelle avaient eu recours, à Rome, les chrétiens eux-mêmes; ils se réfugièrent dans ces cavernes souterraines qui ne sont pas rares dans le Liban, ils y transportèrent leurs mystères et leurs pratiques religieuses, et cachés enfin à la colère de leurs ennemis, ils y adoraient leurs dieux et en sculptaient les images sur les parois des rochers. Le culte d’Adônis se prolongea ainsi dans les montagnes syriennes pendant un demi-siècle environ; puis il se dispersa et mourut avec ses derniers fidèles.

Mais celte région de Byblos, quelque importance spéciale que le culte adonique y eût revêtue, n’avait pas été le terme de sa course errante. Tandis que la terre giblite devenait peu à peu le lieu sacré où la légende du dieu allait se déployer dans toute sa gloire, par une marche sans arrêt, le mythe et le culte d’Adônis se répan-

l’exode du culte

daient dans les régions voisines. Ils longeaient la mer, remontaient vers le Nord et descendaient vers le Sud, en un double courant qui se multipliait en s’accélérant.

Peu à peu, par la route des caravanes, le culte d’Adônis envahissait les régions méridionales de l’Asie- Mineure. Bientôt, dans les villes maritimes comme dans les montagnes de l’intérieur, le voici installé, vivant, rayonnant. Tantôt il apparaît dans sa simplicité primitive, identique au culte syro-phénieien, tantôt il se transforme sous l’influence des mythes auxquels il se trouve mêlé. En Phrygie, il donne naissance au culte d’Atys et de Cybèle, dont l’idée mythique reproduit scrupuleusement la légende d’Adônis. Comme Adonis, Atys est un jeune chasseur montagnard aimé d’une déesse qui symbolise elle-même la terre avec ses phénomènes et ses saisons. Comme l’Aschera giblite, Cybèle pleure Atys mutilé et le cherche à travers mille souffrances ; la déesse syrienne et la déesse phrygienne se sont, en Phrygie, confondues à un tel point qu’on y voyait un temple aux deux déesses unies en une seule, Aphrodite-Cybèle1 . Pratiques religieuses, légendes, symboles, tout est analogue entre ces deux cultes, et s’il subsistait quelque doute, un passage de l’Idylle I de Théocrite suffirait à le dissiper. Dans ce passage, en effet, Théocrite, sur la foi des récits de son époque, transporte Adonis sur l’Ida, c’est-à-dire le confond avec Atys, tout en lui conservant son nom phénicien: « Va vers l’Ida, où le montagnard Adonis fait paître ses brebis...2 »

Les pratiques sanglantes qui se mêlaient au culte du Thammouz phénicien se retrouvent en Phrygie avec le

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