‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 33 sur 138 · Pausanias, II · texte numérisé non relu

Pausanias, II

5. Platon, Phèdre, lxi; Théophraste, Hist. Plant., VI, c. vu; Aristophane, Lysistrata, v. 387-398; La Paix, v. 420.

LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ

panthéon. En effet, de l’Asie-Mineure, de la Syrie, de Gypre, des courants mythiques envahissent la Grèce, la peuplent de dieux et de récits légendaires ; une infiltration continue installe peu à peu dans les lies de l'Archipel et dans la Grèce continentale les mythes les plus divers, si bien qu’au temps où commencera à se constituer la civilisation hellénique, les poètes n’auront qu’à coordonner et à harmoniser les traditions populaires pour donner à la mythologie nationale sa forme définitive. Dans ce mouvement, l’influence syro-phénicienne s’est exercée plus que tout autre. « La Grèce, dit M. Philippe Berger, a personnifié ses attaches avec le monde oriental en Cadmus, ce roi ou ce marchand phénicien, fils d’Agénor et de l’Eléphassa, suivant les uns, de Tyro, suivant les autres, qui fut l’époux d’Harmonia et le père de Sémélé. On a cherché de divers cotés au nom de Cadmus une étymologie grecque ; mais ces étymologies n’ont pas plus de valeur que celles que les Grecs eux-mêmes fabriquaient pour expliquer les noms des dieux qu’ils ont reçus de l’étranger. Les Grecs ont donné à leurs étymologies un air de vraisemblance par les altérations qu'ils ont fait subir à ces noms, pour les plier aux exigences de leur langue, et ils ont greffé sur elles des mythes gracieux qui les ont popularisées : mais au fond elles sont de même ordre que celles dont abonde l’ancienne littérature du peuple juif. Le nom de Cadmus est un nom sémitique : de quelque façon qu’on l’explique, il est hors de doute qu’il se rattache à la racine Kedem, « Orient ». C’est Cadmus qui a donné aux Grecs l’alphabet, qu’ils ont appelé de son nom les « caractères cadméens », ou les (potvtxeta, les «caractères phéniciens». Ses rapports avec

L EXODE DU CULTE

l’ancienne civilisation thébaine sont établis par l'accord unanime des auteurs grecs. Il est le fondateur de Thèbes, dont la citadelle a porté, jusqu’aux derniers temps de l’indépendance, le nom de Gadmée. Le dieu souverain de Thèbes lui-même, Éiieus, est l’équivalent exact d’Elioun, le grand dieu phénicien que Sanchoniathon traduit par Hypsistos’.» Les mythes d’Hellé*, d'Européia3 4 5,dePers 2eusl, de Phaéthon3, ont incontestablement une origine syro-phénicienne. Il en est de même de cet Héraklès grec qui, comme le Melkarth tyrien, court le monde, accomplit de gigantesques travaux et meurt sur le bûcher qu’il a allumé de ses propres mains. Qu’y a-t-il dès lors de surprenant à ce que le dieu suprême de Byblos, déjà installé à Gypre, à Rhodes, en Painphylie, où, notamment à Perge, on l’invoque sous le surnom d ’Aêwêàç, à Lesbos, à Cythère, et dans les principales îles de l’Archipel, ait envahi la Grèce elle-même, par la voie naturelle ouverte au Sud, remontant le Péloponèse de port en port, et soit venu enfin s’établir, avec ses temples, ses fêtes et sa déesse parèdre Astoreth, dont le nom devient par corrup-

1. Philippe Berger, Le. s Origines orientales de la Mythologie grecque ( Reçue des Deux-Mondes , du 15 novembre 1896).

2. Au sujet du mythe d’Hellé, voir Apollodore, I, 9, 1; Apollonius de Rhodes, Les Argonautiques, II, 1140 sq. ; Diodore de Sicile, IV, 47; Hyginus, Fables , 1, 22,14.

3. Au sujet du mythe d’Européia, voir De Dca Syria, 4-5; Lucianus, De Astrolog.; Apollodore, III, 1; Hyginus, Fables, 178; Homère, Iliade, XIV, 321 ; Moschus, Idylles, II, 1; Pline, Histoire naturelle, XII, 5; Ovide. Métamorphoses, II, 850 et sq.

4. Pausanias (IV, c. xxxv, § 5) rapporte que le culte de Perseus existait près de Joppé.

5. Sur le mythe de Phaéthon et ses rapports avec celui d’Adônis voir Maury, Religions de la Grèce antique, tome III, p. 201-202.

LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ

tion Aphrodite, jusqu’au cœur même de la Grèce ? On le suit à la trace de ville en ville. Les Laconiens l’invoquent sous le nom de Kûpi* ou de Kipptçh les Doriens sous celui d”Aü). .Nous le retrouvons à Argos, et Pausanias nous dit : Kai irapioOcrtv ecmv oix/]|Aa é'vOa tôv "Aôtoviv ai yuvaï/eç ’Apysîcov ôÔûpovTai1 2 3.

Nous le retrouvons à Corinthe, à Athènes, en Macédoine. Mais il semble bien toutefois que ce n’est pas sans une assez longue résistance que le culte d’Adônis, ainsi que ses fêtes, se sont établis en Grèce. C’est ce qui ressort de l’histoire rapportée par le scholiaste de Théocrite : Héraklès, dit-il, ayant rencontré à Dium, en Macédoine, une grande multitude qui revenait de la fête d’Adônis, s’écria avec colère : « Je ne connais pas plus une solennité de ce nom qu’un Adonis parmi les dieux®. » D’autre part, un texte très précis de Plutarque proteste contre l’intrusion d’Adônis dans le panthéon hellénique : « Comment mettre en doute l’opinion de Jupiter ou de Mercure, ou celle de l’Amour? Ce n’est point d’hier que ce dieu demande des autels et des sacrifices. Ce n’est point un dieu étranger, enfanté par quelque superstition barbare, comme je ne sais quel Atys ou Adonis, qui s’est glissé clandestinement dans l’adoration des hommes, par le moyen de quelques hermaphrodites ou de quelques femmes, et qui a usurpé à la dérobée des honneurs qui ne lui appartiennent pas; de sorte qu’il peut être accusé de bâtardise et d’avoir été à faux titre mis au catalogue

1. Suivant YEtgmolog. magn., lv.ppiç, ainsi écrit, serait un nom propre aux Cypriens.

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