‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 37 sur 138 · Epigr · texte numérisé non relu

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LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ

Et, de même que les Phéniciens avaient transporté son culte d'île en île, de cité en cité, les Grecs, le reprenant à leur tour, lui tracent une route nouvelle, et lui donnent une nouvelle vie. Mais, autour de lui, les conceptions divines dont il est le principe et la source, et qui présentaient une déviation, une déformation plus complètes de son mythe primitif, ont toujours passé, aux yeux des Grecs, pour des conceptions plus nationales, et se sont développées, dans la mythologie hellénique, aux dépens du dieu phénicien, que son origine, trop évidente, condamnait à un rang secondaire. Cette évolution est très sensible dans le dieu Erôs, par exemple. A l'origine, rien ne le différencie d’Adônis. C’est un éphèbe gracieux, fils et amant d'Aphrodite. Peu à peu. son caractère se modifie, jusqu’au moment où il aboutit à cette forme de dieu-enfant, dont les attributs sont l’arc et les flèches. Mais sous cette forme, qui le sépare nettement d’Adônis, il prend une importance soudaine, et, dégagé de son origine orientale, devient pour les Grecs une sorte de dieu autochtone et national. Et nous aboutissons à cet exemple curieux de Plutarque opposant précisément, dans une page citée plus haut, Erôs pris comme type de dieu national, à Adonis pris comme type de dieu étranger.

D’ailleurs, bien avant l’époque où il s’installe en Grèce, le culte d’Adônis s’était épanoui dans la colonie tyrienne de Carthage, où, depuis l’origine, s’étaient conservés, avec leurs noms et leurs significations primitives, les cultes de la métropole. Les Baalim phéniciens y régnaient sans dieux rivaux. Les Carthaginois avaient de tous temps traité les peuples voisins en peuples inférieurs, auxquels ils n’empruntaient ni mœurs sociales ni coutumes reli-

L EXODE DU CULTE ' 67

gieuses. Ils avaient édifié leur république à l’image des cités phéniciennes, dont ils prolongeaient jusqu’aux extrémités occidentales de la mer la civilisation et la religion. Là se retrouvait, avec la même diversité de dénominations, ce dieu suprême, El, Adôn ou Baal, qui régnait sur Byblos et Tyr. Mais il s’y retrouvait aussi sous son nom plus spécial de Thammouz, avec sa déesse parèdre Salambô. Ces deux noms, l’un d'une divinité mâle, l’autre d'une divinité femelle, se répondaient, comme Baal et Baalath, Adonis et Aschera. Dans les mythes chananéens, ce nom de Salambô s’appliquait à Astarté éplorée et cherchant Adonis. C’est avec ce sens précis qu’on le retrouve en Syrie et à Babylone. Hésychius dit : « Salambô, c’est Aphrodite chez les Babyloniens \ » La Grande Étymologie explique le mot SaXapiêâç d’après le mot grec, gzXoç, év aàXcp slvat... cm Tzepiépyziou 6p7]voüaa tôv ’Aôcovcv. Bien que cette étymologie soit de pure fantaisie, car l’origine de ce mot est certainement sémitique, elle revêt une certaine importance en nous éclairant sur la signification même du mot. C est d ailleurs la même signification que lui donne Lampride : « Salambonem etiam exhibuit omni planctu et jactatione Syriaci cultus » !. Peu à peu il s’était constitué en Syrie un culte spécial en l’honneur d'Aphrodite pleurant sur Adonis. C’est à ce culte qu’il faut rattacher les sculptures de Ghineh3, où on voit la déesse, la tète couverte d’un voile, et dans l’attitude de la plus profonde douleur. Sous cette forme, elle recevait aussi le nom d’Atergatis.

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