‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 38 sur 138 · Voir III' partie, c. iii · texte numérisé non relu

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LE CULTE DADÔNIS-THAMMOUtf

Ce fut sans doute vers l’époque de la seconde Guerre Punique que des influences religieuses nouvelles envahirent l’Italie à la suite des armées carthaginoises. Déjà les dieux phéniciens avaient, dans des temps antérieurs, abordé en Sicile. Placée sur la route de la navigation

phénicienne, cette île avait vu, comme Malte sa voisine, se bâtir sur ses côtes des villes et des temples phéniciens, et les premières légendes tyriennes et giblites racontaient déjà la conquête de la Sicile par le dieu El. C’était dans

l’exode du culte

cette ile que se trouvait le mont Éryx, sur lequel avait été édifié le temple célèbre de Vénus Erycine, dont Cicéron, dans ses Verrines , raconte les cérémonies religieuses, empreintes d’un culte tout oriental1. Sur l’emplacement de ce temple, on a découvert une inscription phénicienne, longtemps inexpliquée, et où Ernest Renan a lu une dédicace à Astoret Erek-hayim , « Astarté qui prolonge la vie ». 11 est logique de penser que cette Astoret phénicienne n’était pas adorée seule, et que là, comme dans les autres contrées où elle était parvenue, elle restait unie au dieu sans lequel son symbole même demeurait inintelligible. Dans la péninsule elle-même, Adonis s’était tout à fait confondu avec le dieu phrygien Atys, et leur culte était lié à celui de Cvbèle, la Grande Déesse. Les Mégalésies, ou fêtes de la Grande Déesse et d’Atys, représentent, d’ailleurs, le mythe d’Adônis dans ses traits les plus caractéristiques. La déesse a perdu son fils chéri, et elle se lamente, tandis qu’on pleure avec elle autour du cadavre du jeune homme. Alors se déroule la période de deuil, pendant qu’Atys est au tombeau. Durant cette période, les prêtres, les Galli, suivant l’usage oriental, se mutilaient et se faisaient de terribles blessures. C’était ensuite la résurrection du dieu, et une période de joie succédait au deuil et à la douleur. Ces fêtes ne furent tout d’abord à Rome que des fêtes d'une importance très réduite, mais au moment où Rome, par ses conquêtes, se trouva la dominatrice du monde et s’ouvrit à toutes les religions, à toutes les sectes, les Mégalésies devinrent rapidement l’objet de l’enthousiasme populaire. « Vers la fin de la République,

1 . Cicéron, In Cœcilium oratio de accusatore in Verrem constituendo , xvn.

LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ

dit Preller, la religion phrygienne fît beaucoup de progrès parmi le menu peuple, et, du temps d’Auguste, les poètes s’occupent si volontiers et si souvent de décrire le culte phrygien, ses usages étrangers et les transports de ses prêtres, que nous comprenons sans peine la popularité toujours croissante de ce culte1 2 . »

Au delà de l’Italie, les cultes orientaux avaient envahi la Sardaigne, la Corse, les cotes de l’Ibérie. En Sardaigne, on a retrouvé une inscription phénicienne analogue à celle trouvée en Sicile, et portant aussi une dédicace à Astoret Erek. Dans cette même île, le général La Marmora*, et après lui des savants comme Guigniaut3, affirment avoir retrouvé l’antique coutume religieuse des Jardins d’Adônis. Il n’est, d’ailleurs, nullement inadmissible qu’un usage qui entra si profondément dans les coutumes de divers peuples ait survécu parmi l’un d’eux, comme ces innombrables usages populaires qui se transmettent de génération en génération et dont on ne connaît plus les origines. En Corse, où les Phéniciens abordèrent aussi, et où on a retrouvé quelques-uns de leurs anciens tombeaux, sur les côtes de l’Espagne, où s’établirent de nombreuses villes phéniciennes, il est à présumer qu’Adônis vit aussi s’établir son culte, avec les fêtes éclatantes qui en faisaient la gloire.

Si, au delà de la Sardaigne, nous ne trouvons plus que des vestiges insignifiants ou douteux, il ne faut pas en conclure que là s’est arrêté l’exode du dieu. Nous savons

1. Preller, Dieux de l'ancienne Rome, traduction Dietz, p. 483.

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