La Marmora, Voyage en Sardaigne, tome I, p
3. Creuzer, Religions de l’antiquité, traduction Guigniaut. Note de Guigniaut, vol. II, 3' partie, note 5, p. 936-937,
l’exode du culte
par mille exemples que partout où les Phéniciens ont mis le pied, ils ont installé, en même temps que leurs comptoirs, leur religion et leurs divinités. Ces divinités, dont les images se dressaient à l’avant des navires, les avaient protégés dans leur course, et, de même qu’ils en avaient invoqué la protection avant le départ, de même, abordés heureusement sur une terre nouvelle, ils avaient pour premier soin de rendre grâce à la puissance céleste qui les avait guidés et de lui dresser un sanctuaire nouveau.
Ainsi, sur toutes les côtes méditerranéennes, et au delà même de ce détroit où leur Melkarth national avait dressé les colonnes légendaires, sur certaines rives de l’Atlantique, les peuples, à un moment de leur histoire, ont dù recevoir et connaître quelque chose du culte d’Adônis. Ce fut vraiment, des monts de la Haute-Asie aux îles Baléares, des rives de la mer Noire à l’Atlantique, une transmission continue qui reste une des plus admirables de l’histoire. Mêlé à des peuples tout à fait différents d’origine et de génie, entraîné à tous les coins du monde par un ensemble de circonstances historiques, relié enfin par une concordance de croyances primitives à des religions étrangères, avec lesquelles il se confond peu à peu, le mythe d’Adônis a traversé la mêlée des races antiques, sans rien perdre de sa force ni de son éclat. Modifié parfois sous l’action d'influences religieuses plus puissantes, il n’en a pas moins subsisté avec ses principaux traits distinctifs, et, au moment de la décadence antique, dans le dernier éclat de la civilisation alexandrine, nous le retrouvons, sous les Ptolémées, avec la même signification symbolique et le même caractère religieux, atténués peut-être, mais non transformés, qu’au temps de
LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ
sa première gloire phénicienne. C’est ainsi, jusqu’aux derniers jours du paganisme, un triomphe persistant; triomphe facilement explicable d'ailleurs, si l'on songe que ce culte portait en lui une des croyances les plus naturelles et les plus vivaces de l’humanité : l’adoration de la force vitale qui anime l’univers et l'homme lui-même. Parce qu’ils croient, malgré la mort, à l’éternité de la vie, les peuples anciens voient dans Adonis le symbole de cette vie sans cesse renaissante : le dieu devient à leurs yeux le principe même de leurs espoirs et de leurs croyances. Ils se tournent vers ce dieu qui est assez fort pour vaindre la mort, et rêvent de s’absorber en lui. C’est pour cela qu’à travers des âges barbares, après la mort des Olympiens grecs, Adonis demeure encore, pendant quatre siècles, l’image et le symbole divins qu’on ne peut se résigner à oublier.