CHAPITRE III
LA SYMBOLIQUE DU MYTHE ET DU CULTE
Le caractère de suprématie qu’il a revêtu dès l’origine a permis au culte d’Adônis de conserver, à travers ses évolutions dans le temps et dans l’espace, la signification essentiellement solaire et zodiacale qu’il enfermait. Si on le débarrasse de tout le fatras mythologique dont les récits populaires l’ont incessamment orné, si on le considère dans la pureté, dans la simplicité primitive de son idée mythique, il devient aussitôt d’une intelligence facile et d'une lumière sans confusion . Toutefois, pour bien en déterminer les limites, pour en préciser les contours, pour en extraire, si l’on peut dire, la substance même, il est essentiel de fixer tout d’abord la physionomie du dieu luimême, son caractère historique et légendaire, son action et ses attributs. Le nom d’Adônis, avons-nous dit, n'est pas une dénomination spéciale, il n’implique, pour le dieu qui le porte, aucun caractère précis. C’est un terme général d’adoration, s’appliquant indifféremment à des divinités fort diverses. Sans doute, il est devenu, à une certaine époque, la propriété presque exclusive du dieu de Byblos, et, à l’époque grecque, le nom d’Adônis désigne un dieu tout à fait précis. Mais ce n’est là qu’une désignation tardive et due à l’ignorance dans laquelle se trouvaient les Grecs des mythologies primitives. Il est impossible d’en conclure qu’il existait, antérieurement au
LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ
mythe grec, un dieu Adonis, doué d’une physionomie propre et d’attributs spéciaux. Adôn, le « seigneur » phénicien, n’est même pas, à l’origine, la personnification divine d'une toute-puissance absolue, régissant les êtres et les choses. C’est là déjà une transformation de cette idée de « seigneurie» qui n’est primitivement qu’une qualité donnée au dieu. Peu à peu, par l’usage, cette dénomination qualificative suffit pour désigner le dieu; enfin elle se substitue définitivement à la dénomination primitive et propre de la divinité. On peut assez justement comparer cette évolution de termes à celle qui s’est produite, mais d’une façon moins absolue, dans la religion chrétienne. Pour désigner Jésus-Christ d’une façon plus respectueuse, on ajouta à son nom les mots « Notre- Seigneur ». Et bientôt il devint d’un usage courant de substituer au terme « Jésus-Christ » ou même au terme « Notre-Seigneur Jésus-Christ », le terme plus absolu de « Notre-Seigneur ». La même comparaison pourrait s’établir aussi pour le terme chrétien de «Notre-Dame».
On peut donc s’étonner de voir Ernest Renan essayer de séparer le nom d'Adônis du nom de Thammouz, et trouver dans cette double dénomination le résultat d’une fusion de deux cultes différents. « Le culte d’Adônis, ditil, paraît renfermer, à l’état de combinaison syncrétique, deux éléments fort divers: 1° le culte du Dieu suprême de Byblos ( Adoucit ) ; 2° le cidte orgiastique de Tammuz, culte bizarre fort antique et, ce me semble, d’une provenance non sémitique, mais correspondant à un ordre d’idées et de sensations fort en harmonie avec le Liban1. » A