Hymnes Orphiques , lvi
LA SYMBOLIQUE DU MYTHE ET DU CULTE
d’Héra en Grèce, présentent des mythes analogues. En réalité, on peut aussi retrouver là l'influence d une coutume fort en honneur chez la plupart des anciens peuples orientaux. L’inceste s’y pratiquait, non seulement entre les dieux, mais aussi entre les mortels: il était d’un usage courant d’épouser sa mère, sa sœur ou sa fille. Euripide attribue cette coutume à toutes les nations étrangères : « Telle est la coutume de toutes les nations étrangères : le père épouse sa fille, le fils sa mère, la sœur son frère \ »
Dans le mythe d’Adônis, c’est à une influence de cette sorte qu’il faut rattacher l’histoire de l’origine du dieu, né de l’amour de Kinyras et de sa fille Myrrha. A travers cette légende, nous retrouvons l’Adonis androgyne des Phéniciens, identifié à la déesse dont il est aimé. D’ailleurs, chez les Grecs, la passion d’Aphrodite pour Adonis n’est qu’un souvenir atténué de l’image primitive. El cette Aphrodite elle-même, dans la plupart des villes méditerranéennes, apparaît souvent avec le même caractère bisexuel, qui se manifeste jusque dans ses statues et ses images. Elle est, elle aussi, par suite de son union avec Adonis, la déesse-dieu, enfermant en elle le double prin-
1. Euripide, Andromaque , v. 173 sq. Cet usage était notamment très répandu chez les Perses. Voir à ce sujet : Clément d’Alexandrie, Stromat., III; Sextus, Hypotyposes pyrrhonicnn.es, I, 14; 111,24; Tertullien, Apologétique, IX; Strabon, XV, c. ni, § 2U; Catulle, Épigrammes, 90; Athénée, lib. V ; Quinte-Gurce, lib. VIII, n, 19; Agathias, lib. II; Plutarque, Fortune d’ Alexandre, c. v; Hérodote, III, 31 ; Philon le Juif, 2e traité de l’Examen des lois particulières ; Eusèbe, Préparation évangélique, lib. VI, c. x; Théodoret, Thérapeutique; S. Jean Chrysostôme, De Virginitatc, 8; S. Jérôme, Ado. Jovinianum , 1. 11; Minutius Félix, 31; Servius, ad Æn., v. 623 du 6' livre.
LE CULTE d'aDÔNIS-THAMMOUZ
cipe delà vie, avec prédominance du principe féminin, au contraire d’Adônis, où domine le principe masculin. Les statues de Cypre sont fort intéressantes à ce sujet. Astarté y est représentée avec de la barbe au visage et un membre viril’, symbole de la force fécondante et du principe actif qui sont en elle2. Renan, dans sa mission de Phénicie3, a découvert à Tyr une inscription phénicienne où Astarté est désignée par des expressions essentiellement masculines. Il rapporte à ce sujet le passage suivant de Macrobe :
« Aterianus affirme qu’on trouve dans Calvus les mots Pollentemque deuin Venerem, au lieu de dea/n. En Cypre, il y a une statue de Vénus, ornée de barbe ; elle a un vêtement de femme, un sceptre et une allure d’homme, et on pense qu’elle est en effet homme et femme. Aristophane l’appelle ’A'ppôôtTOv. Lœvinus dit aussi Venerem almum. Quant à Philochorus, il affirme que, pour offrir un sacrifice à la Vénus lunaire, les hommes prennent des vêtements de femme, les femmes des vêtements d’homme, parce qu’on considère la divinité comme femme et homme à la fois *. »
Symbole de l’union du Soleil et de la Terre, le mythe d’Adônis se développe, jusque dans ses moindres détails, conformément à cette idée première. Les jardins d’Adônis en sont une expression populaire. Les plantes qui
1. Macrobe, Saturnalia, III, 8; Servius, ad Æn., 11,62; Suidas, v° ’AçpoSiTï).
2. C’est de là sans doute qu’est née l’idée, grecque d’Hermaphrodite, sorte de déesse mâle, qui, comme l’Aphrodite paphienne, préside à la fécondité (Pausanias, c. xix, § 2).