‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 6 sur 138 · Jules Soury, Jésus et la Religion d’Israël , p · texte numérisé non relu

Jules Soury, Jésus et la Religion d’Israël , p

LE CULTE ET LES FÊTES d’aDÔNIS-TH AMMOUZ

devenait plus forte, plus compacte, plus réelle, et finalement couvrait, au delà des déserts, les grandes contrées fécondes où allaient s'asseoir et fleurir les premières civilisations. Dans ce voyage qui dura des siècles et qui, avant de peupler le littoral asiatique, avait peuplé l’Afrique entière les croyances primitives de ces races nomades, leurs dieux, leurs cultes, leurs légendes, leurs traditions avaient marché avec eux et s’étaient répandus, eux aussi, comme une semence, plus imprécise, mais aussi forte et aussi vivace. Les vieux dieux oubliés, que les premières tribus avaient adorés sous des images grossières, renaissaient et s’épanouissaient dans les cultes somptueux de l’Assyrie, de la Phénicie et de la Phrygie. C’étaient la même foi et la même mythologie, mais élargies, amplifiées, raisonnées et comme dogmatisées par le lent travail instinctif des générations. En réalité, au milieu de ces religions multiples, quelques grands types divins demeuraient immuables, et parmi les fluctuations des formes cultuelles subsistaient comme l ame même de la tradition mythique. L’Isis égyptienne, l’Aschera syrienne, l’Isthar babylonienne, la Cybèle phrygienne, la Baalath giblite, ne sont que des émanations différentes d’un même principe, d’un même type primitif, et ne font, en somme,

1. L’isthme de Suez a été, d’Asie en Afrique, le chemin naturel d’une multitude de migrations. Les premiers arrivés ont été peu à peu refoulés, par des invasions successives, jusqu’au sud de l’Afrique, et ont constitué ainsi, à des latitudes diverses, une série de couches ethniques, dont la plus méridionale, et par conséquent la plus ancienne, semble avoir été la race hottentote. Les derniers installés ont gardé la vallée du Nil, et délivrés des perpétuelles guerres défensives et de l’instabilité nomade de leurs prédécesseurs, ont réalisé la belle civilisation de l’Égypte antique.

INTRODUCTION

que multiplier, avec des variations peu importantes, la même idée. Il en est de même du mythe de l’Héraklès grec, qui, avant d’aboutir à cette dernière forme, avait été simultanément Typhon en Egypte, Adar-Samsân en Assyrie, Melkarth en Phénicie, Schimschôn chez les Hébreux.

Mais celui de tous ces types divins qui possède la vie et la signification les plus intenses, celui auquel viennent aboutir toutes les traditions religieuses de ce premier cycle de civilisations, c’est celui de rAdôn-Thammouz phénicien, confondu à la fois avec l’Osiris égyptien et l’Atys phrygien. C’est là le Baal suprême, le dieu aux mille formes, identifié à toutes les émanations solaires, à toutes les évolutions de la terre et des saisons. Il contient, dans son universalité même, tout le polythéisme oriental, et l’on retrouve dans ses attributs, ses dénominations et ses transformations successives, depuis le redoutable dieu babylonien jusqu’au jeune et gracieux héros grec, la suite logique des circonstances et des conditions au milieu desquelles il s’est développé. Après un exode déjà long et dont l’origine se confond avec les premières migrations, il se fixe, avec les races chananéennes, sur les côtes de Syrie et dans la vallée de l’Oronte. Cette région va dès lors devenir le centre d’un culte célèbre qui, peu à peu, prendra dans le bassin méditerranéen une place prépondérante et s’imposera à tous les peuples riverains, jusqu’aux lointaines colonies phéniciennes de l’Ibérie.

Pour bien comprendre les caractères de ce culte et toutes les conditions qui en ont déterminé l’évolution, il faut se rendre un compte exact de ce qu’était ce pays dans lequel il allait, pendant plus de vingt siècles, se développer et prospérer avec tant d’éclat.

Le pays, eu elfet, détermine et explique la race, comme la race elle-même explique la religion et en dévoile l’évolution naturelle. Il y a là une marche logique, un développement historique et rigoureux, l’enchaînement des faits sociaux aux influences morales et le retour incessant de ces influences sur les faits. La religion est l’aboutissant des premiers efforts humains, le dernier terme de la pensée collective d’un peuple et la glorification de son propre labeur. Ce n’est pas la moindre gloire de la critique historique moderne que d’avoir reconnu et éprouvé la vérité de cette méthode. En 1863, Michelet la définissait en ces termes : « Une critique nouvelle commence, plus forte et plus sérieuse. Les religions, si profondément étudiées aujourd’hui, ont été subordonnées au genius qui les fit, à leur créatrice, l’âme, au développement moral dont elles sont le simple fruit. — Il faut d’abord poser la race avec ses aptitudes propres, les milieux où elle vit, ses mœurs naturelles; alors on peut l’étudier dans sa fabrication des dieux, qui, à leur tour, influent sur elle. C’est le circulas naturel. Ces dieux sont effets et causes. Mais il est fort essentiel de bien établir que, d’abord, ils ont été effets, les fils de l’âme humaine. Autrement, si on les laisse dominer, tomber du ciel, ils oppriment, engloutissent, obscurcissent l’histoire. — Voilà la méthode moderne, très lumineuse et très sûre. Elle a donné récemment et ses règles et ses exemples1. » C’est, d’ailleurs, par l’application méthodique de cette loi jusqu’en ses développements les plus lointains que Taine a renouvelé les études historiques. Sa Philosophie de l’Art est, en ce sens, l’œuvre la plus symétrique et la plus parfaite.

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