Movers, Die Phônùier, tome I", chap. vu
plus expressive et la plus gracieuse. «Adonis, dit Guigniaut, était par-dessus tout, en Orient comme en Occident, le dieu jeune et beau du printemps, le dieu moissonné dans sa fleur ; il dut être, en Phénicie ou à Babylone, l'un des membres d’une triade divine, composée avec lui du dieu viril de 1 été, fort et terrible, funeste ou favorable tour à tour, répondant à la fois à Mars, à Hercule, à Apollon, et du dieu vieilli, du dieu caché de l’hiver, Cronos ou Saturne, se retirant en lui-même et recueillant ses forces épuisées pour des générations nouvelles . Ce furent là, selon toute apparence, trois formes différentes et corrélatives du même grand dieu solaire et planétaire, de Baal ou Bélus, formes représentant les trois grands pouvoirs de la nature et les trois saisons de l’année, formes impliquées par le mythe même d’Adônis tel que le racontait Panyasis. C’est là en même temps ce qui explique qu’Adônis, incarnation de la divinité révélée non seulement sous des formes mais à des degrés divers, ait pu être regardé tour à tour comme le dieu du printemps, le dieu de l’agriculture et le dieu suprême, comme le soleil dans son influence bienfaisante sur la terre et sur ses productions, ou comme le principe même de la lumière et de la vie’. » Personnification du printemps, Adonis s’efface dans les tempêtes brûlantes de l’été. De même que le fenouil, l’orge et la laitue semés dans les pots d’argile de ses jardins, le jeune dieu mourait sous l’action dévorante d’un soleil trop ardent!
1. Creuzer-Guigniaut, Religions de l’ Antiquité, note de Guigniaut, dans le tome II, p. 922.
LE RÔLE HISTORIQL'E DES ADÔNIES
D'autre part, les diverses circonstances des fêtes de Byblos et d'Antioche, les textes très précis d’Ammien- Marcellin, de Théocrite et de Macrobenous présentent une tout autre idée d' Adonis. Personnifiant la force fécondante et active du soleil, il est le dieu protecteur des moissons et des fruits de la terre, il répand sur toutes choses la chaleur et la vie solaires. C’est donc 1 hiver, qui sera, pour ainsi dire, son meurtrier, c’est sous la brume et le froid de la nouvelle saison qu’il succombera. Cette image
la mort d’adônis (Montfaucon)
concorde d’ailleurs avec l’idée que les anciens attachaient au sanglier, qui pour eux symbolisait la force mauvaise et destructive de l’hiver : en racontant qu Adonis avait péri sous la dent d’un sanglier, c’était cette conception de l’été succombant à l’approche de l’hiver, qui se présentait naturellement à l'esprit des foules1.
C’est pour concilier ces deux conceptions que Movers a supposé l’existence d’une double fête d’Adônis, célébrée