‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 62 sur 138 · De Dea Syria · texte numérisé non relu

De Dea Syria

2. Cyrill. Alexandrin., Comment, in IsaÀam ; Proeope de Gaza, Ad Isaiam, cap. u.

LES FÊTES DADÔNIS-THAMMOUZ

en deux jours. Dans la plupart des villes de l’Orient, les Adénies, d’après les premières coutumes, se célébrèrent longtemps encore pendant huit jours, durant lesquels les plantes des jardins d’Adônis, par leur germination, leur épanouissement et leur mort, constituaient le symbole entier de la vie brève du dieu. Antioche, Elymaïs, Perge, les villes de la Pamphylie, de Rhodes, de Cypre et de Crète semblent avoir, sur ce point, suivi les usages syrophénieiens. Les Adénies, toujours considérées, dans la Grèce proprement dite, comme des fêtes étrangères et réservées seulement aux femmes, et plus spécialement aux courtisanes et aux prêtresses d’Aphrodite, avaient gardé en Asie leur caractère de fête suprême et solennelle. Là, pendant sept jours, à Jérusalem comme à Byblos, dans les vallées de l’Oronte et du Jourdain, et le long des rivages de la mer, les femmes pleurent le dieu bien-aimé,et, comme Isis, l’épouse éplorée, elles cherchent son cadavre pour l’entourer de leur amour et le ramener à la vie.

Et si l’on songe à l’immense concours de peuples qui affluaient à Byblos, à Antioche, à Alexandrie, pour la célébration des Adénies, si l’on considère surtout quel caractère ardent et fanatique leur avait donné l'exaltation sans mesure de ces foules qui retrouvaient dans leur dieu mort et ressuscité toute leur histoire et tout le cycle mythique dont les figures merveilleuses peuplaient leurs imaginations d'enfants, si l’on imagine toutes ces foules pleurant et se lamentant dans les rues, et mêlant aux bruits de la mer le retentissement de leurs sanglots, on comprendra quelle grandeur tragique enveloppait ces fêtes, quelle impression aiguë et poignante devait s’en dégager, et on trouvera moins invraisemblables les pra*

LE RÔLE HISTORIQUE DES ADÔISIES

tiques sanglantes et les voluptés sans limites qui y régnaient. Et quand, au premier jour de l’année — 1er tisri ou octobre, — qui marquait la fin du deuil, cette douleur se changeait en une réjouissance universelle, la même violence qui s'était manifestée dans le deuil se manifestait dans la joie, et par là s’accentuaient plus profondément encore le contraste des deux parties de la fête et le symbole du mythe lui-même. C’est là que se condense non seulement le caractère spécial d’un peuple, mais aussi le caractère plus général de tout l’Orient antique. Cette ivresse extérieure, tumultueuse, exaltée, qui déborde en des manifestations sans fin, enferme toute l'ânie orientale, à la fois profonde et ingénue, voluptueuse et mystique. Le dieu Adonis, mort, comme Melkarth, dans une sorte de sacrifice de lui-même, abandonnant la vie et la joie pour en enfermer o symbole et la promesse, en même temps que lui-même, dans le cœur et l’esprit des hommes, puis ressuscitant des ombres de la mort et rapportant une nouvelle vision de beauté et de fécondité, est assurément la personnification divine la plus réelle, la plus vivante, des aspirations et des rêves des peuples de la Méditerranée orientale et des plaines de l’Asie Moyenne. Ce qu’il représente, dans les variations de sa destinée et les alternatives de sa gloire, c’est la palpitation même de ce monde antique, qui se trouve ici comme incorporé à son dieu, et c’est pour cela que, vivant de sa vie et mourant de sa mort, ce monde tout entier manifeste, avec tant de force, sa douleur et sa joie, dans les fêtes éclatantes, où se renouvelle, chaque année, le symbole mystique, la mort et la résurrection d’Adônis.

Page 1