II. vi
La célébration des adônies
Le deuil se continuait donc au milieu de ces pratiques diverses. Chaque jour, les prêtres conduisaient des danses funèbres au son de l’antique et grêle flûte phénicienne, nommée yîyypaç, d’un des noms d’Adônis. Dans ces cérémonies funéraires, l’exaltation des foules montait à un tel degré, revêtait un tel caractère de fanatisme ardent et sanglant, que de nombreux fidèles, enivrés par les parfums, les chants et les musiques, et surtout par le contact même d’une frénésie semblable, se mutilaient et se châtraient pour rappeler la mort tragique du dieu, mutilé et châtré lui-mème par les défenses du sanglier. D’ailleurs, les prêtres de l’hermaphrodite Adonis, comme ceux du dieu analogue Atys, étaient châtrés, représentant ainsi, jusque dans leur chair torturée, le mystère de la passion douloureuse de leur divinité. C’étaient les Galles sacrés, parmi lesquels prenaient place ceux qui, au cours des fêtes, s’étaient infligé le même supplice ' .
Pendant les premiers jours du deuil, on dressait, en divers endroits de la ville, et aux abords des temples, des catafalques funéraires sur lesquels était placée l’image d’Adônis mort. Autour de ces catafalques se déroulaient toutes les cérémonies en usage dans les funérailles : les chants, les plaintes, les présents funèbres. Le dernier jour du deuil, on envoyait à Adonis les offrandes que, selon la coutume orientale, on faisait aux morts : « Quand il y a assez de plaintes et de larmes, ils envoient des présents funèbres à Adonis, en sa qualité de mort1 2. » Puis venaient, en grande pompe, les funérailles mêmes du dieu. On emportait
1 . Voir, pour tout ce qui a rapport aux mutilations et aux Galles, le Do Dea Syria, 21, 50-53.