‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 67 sur 138 · I.A CÉLÉBRATION DES ADÔNIES · texte numérisé non relu

I.A CÉLÉBRATION DES ADÔNIES

son sang1. D’ailleurs, jusque dans les moindres détails de ces cérémonies funèbres, on s’efforcait de rappeler, d’évoquer, avec la plus minutieuse précision, les diverses circonstances de la tradition mythologique . La chasse du dieu, sa blessure et sa mort, les soins et la douleur de la déesse, les mille épisodes qui se rattachaient à ces données essentielles, tout se retrouvait dans les dispositions et la célébration des fêtes. C’est en mémoire de la Baalath douloureuse, analogue en cela à D I sis égyptienne et à la Cybèle phrygienne, que les femmes de Byblos, au début du deuil, cherchent Adonis et le demandent à tous les échos. Dès lors, le cercueil du dieu devient l’image du coffre dans lequel, racontait-on, la déesse l’avait enfermé, détail analogue encore à celui du coffre où Typhon avait enfermé Osiris et qu’Isis avait retrouvé à Byblos ; de même, les lamentations des femmes, les soins qu’elles donnent au cadavre divin, la castration des prêtres, tout cela avait pour but de rappeler quelque point spécial de la conception mythique ou du récit légendaire. Il est donc nécessaire de ne négliger aucun des détails extérieurs de ces fêtes, d’autant plus intéressants et plus importants qu’ils se retrouvent, facilement reconnaissables, dans les pratiques de l’Asie-Mineure et de la Grèce.

Les bruyantes démonstrations par lesquelles se manifestait le deuil n’ont rien qui doive étonner. C’était l’usage oriental de pleurer les morts avec toutes les marques extérieures d’une tumultueuse douleur. Dans les repas de deuil qui avaient lieu à cette occasion — et qui se retrou-

1. Ai[j.a Ç16S ov xîxxei, xà 6è Sâxpua xâv âvEjuivav. — « Le sang enfante la rose, les larmes enfantent l’anémone ». (Bion, Idylles, I, Épitaphe d’Adônis, v. 66.)

LES FÊTES d’aDÔNIS-THAMMOUZ

vaient aussi aux fêtes funéraires d’ Adonis — , les convives se répandaient en pleurs et en gémissements. On sait aussi cjuel rôle important jouaient les pleureuses des cortèges funèbres. Cet usage, généralisé dans tout l’Orient, se trouve déjà relaté dans les textes les plus anciens. Movers cite ce texte biblique, relatif précisément à une fête de Thammouz à Babylone : « Dans les maisons des dieux, les prêtres sont assis, les vêtements déchirés, les cheveux et la barbe coupés, la tête nue; ils hurlent et crient devant leurs dieux comme on le fait à un repas de deuil’. » D’autre part, il est facile de concevoir que les usages qui, primitivement, étaient propres aux Adônies, se répandirent bientôt dans les fêtes quotidiennes en l’honneur des morts. On en était venu à célébrer, dans la plupart des funérailles, et plus spécialement dans les funérailles des jeunes hommes, dont la destinée pouvait rappeler celle d’Adônis, de véritables Adônies. Voici la description que donne Ammien-Marcellin d’une fête de ce genre célébrée en l’honneur d’un jeune homme : « Les hommes, groupés par tentes et par manipules, passèrent les sept jours suivants en banquets entremêlés de danses et d’hymnes lugubres en l’honneur du jeune héros. De leur côté, les femmes éclataient en gémissements et en sanglots, et se frappaient la poitrine en s’écriant que l'espoir de la patrie avait été tranché dans sa fleur, imitant, dans les démonstrations de leur douleur, les prêtresses de Vénus quand elles célèbrent les fêtes d'Adônis, symbole mystique de la reproduction des biens de la terre1 2. »

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