‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 79 sur 138 · Plutarque. Alcibiade , 18; Nicias · texte numérisé non relu

Plutarque. Alcibiade , 18; Nicias

LES FÊTES dVdÔNIS-THàMMOUZ

en l'honneur des morts eût été incompréhensible, si les Adônies avaient été simultanément des fêtes de deuil et de joie1. C’est donc avec ce seul caractère authentique de cérémonies funèbres, marquées par des lamentations et des manifestations de douleur, qu’il nous est permis de reconstituer et d’imaginer les Adônies athéniennes. En réalité, le symbole restait le même et gardait sa signification primitive. Adonis apparaissait aux Grecs comme le héros d’un mythe solaire, semblable à Phaéthon, ou, sous certainsde ses aspects, à Héraklès et à Perseus. Le caractère proprement tellurique et agricole du même mythe semblait s’être attaché plus spécialement à d’autres héros analogues, d’une mythologie antérieure à la mythologie classique, comme Adraste, Manéros, Linos. Ce dernier nom surtout se retrouve fréquemment chez les auteurs anciens, et était devenu le nom même de certains chants ou refrains des laboureurs et des moissonneurs, le terme sous lequel on désignait des chansons lentes et tristes, où étaient célébrés la mort et l’ensevelissement des semences, sous l’image d’un jeune héros victime d’une mort prématurée, mais promis à une résurrection prochaine. Nous avons déjà signalé plus haut, dans Homère, une scène de ce genre, qui nous montre un enfant chantant un beau linos , xàXov Xîvov, au milieu des laboureurs

1. «In Griechenland wurde keine Aufersteliung des Gottes gefeiert, was gewisz angedeutet v are, und aucli die Adonisgàrtcken gestatten gar nicht, dieses anzunehmen. Ferner wurden Adonien zu Ehren frük verstorbener Iünglinge gefeiert (Ammian-Marcell., XIX, 1) : eine Sitte, die ganz unpassend sich ausnehmen würde, wenn die Freudentage hier auf die Zeit der Trauer gefolgt wàren. » (Movers, Die Phônizicr, I, chap. vii.)

LA CÉLÉBRATION DES ADÔNIES

assemblés1. Ces linos se chantaient aussi dans les vendanges, ce qui nous reporte au mythe de Dionysos, dont la parenté avec celui d’Adônis est demeurée si étroite, même dans la mythologie hellénique!

Il est certain que le symbole d’Adônis ne se présentait plus à l’esprit affiné et sceptique de la Grèce du Ve siècle avec la même violence un peu sauvage, avec la même raideur dogmatique qu’il revêtait chez les peuples de la Syro-Phénicie. Par une évolution toute naturelle, à mesure qu’il pénétrait, avec les générations nouvelles, dans des civilisations plus modernes, il perdait quelque chose de son âpreté originelle et de la vigueur même de sa conception. II se mêlait à tant de formes religieuses plus douces, plus atténuées, plus superficielles aussi, il se pliait et se prêtait aux mœurs et aux usages de tant de populations diverses, qu’au cours de cette évolution dans l’espace et dans le temps, le symbole même du mythe et la pureté de sa signification primitive devaient naturellement s’atténuer et s’altérer. Les Adônies d’Athènes, au Ve siècle, ne sont déjà plus qu’une image lointaine et affaiblie des fêtes orientales de Thammouz. Le dieu suprême de Byblos, maître des dieux, principe de toutes choses, a déjà fait place au héros mythologique, plus humain que divin ; la violence de sa gloire s’efface et s’oublie dans le refrain plaintif d’un chant funèbre. Dès lors, à mesure qu’apparaissent des générations moins simples et moins croyantes, les Adônies deviennent plus théâtrales, plus extérieures, et, pour ainsi dire, plus décoratives ; la foi diminue, mais par un phénomène souvent

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