‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 8 sur 138 · LA LÉGENDE D’ADONIS · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE D’ADONIS

Si le culte d’Adônis-Thammouz, devenu un des principaux cultes phéniciens, a dû à cette circonstance son rayonnement universel à travers le monde antique, c'est à cette môme circonstance qu’il faut attribuer l’ignorance et l’oubli qui l’ont enveloppé longtemps à travers les temps modernes. Les Phéniciens, propagateurs merveilleux d’idées, de mythes, d’arts et de sciences, ont épuisé les ressources de leur génie dans le commerce et les navigations aventureuses; ils ont conduit certaines industries au pointle plus élevé qu’elles aient pu atteindre, ils ont présenté le spectacle à peu près unique d’un peuple qui, pour s’être fait le transmetteur infatigable des arts des autres peuples, est resté lui-même si stérile qu’il n’a survécu de lui ni une forme d’art spéciale, si primitive fùt-elle, ni un nom de poète ou d’écrivain. C’est à peine si le nom de l’historien Sanchoniathon, né à Béryte, a été tiré de l’oubli. On n’a de lui aucun texte certain, et on ne le connaît que par les fragments de son Histoire phéni-

LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ

tienne cités par Porphyre et reproduits par Eusèbe (. Préparation évangélique , X). Il vivait, croit-on, vers l’époque de la guerre de Troie. Au témoignage de Philon de Byblos, Sanchoniathon avait écrit une sorte d'histoire universelle, depuis les origines du monde. Il avait minutieusement étudié les archives des villes phéniciennes et les inscriptions des monuments, et c’est à l’aide de ces deux principales sources qu’il était parvenu à mener à bonne fin un ouvrage qui fut, bien avant Hérodote, le premier monument historique. Porphyre ajoute qu’il dédia son Histoire phénicienne à Abibal, roi de Béryte, et que les savants assyriens eux-mêmes l’étudièrent et témoignèrent pour elle d’une grande admiration. Philon de Byblos la traduisit en grec. Renan a consacré à Sanchoniathon et aux vestiges qui nous restent de son œuvre une intéressante étude1.

Les monuments qui pourraient éclairer d’un jour précis l’histoire intérieure des Phéniciens sont fort rares et d'une importance secondaire, et leur histoire extérieure elle-même ne nous est guère connue que par l'histoire des peuples qui furent en relations avec eux. Cette absence de monuments a jeté longtemps sur l’histoire de la civilisation phénicienne une incertitude qui se dissipe peu à peu sans doute, mais qui n’en laisse pas moins une certaine obscurité sur un des pays les plus vivants de l’antiquité. Il en résulte que nous ne pouvons guère aujourd'hui étudier les mythes et les cultes phéniciens qu’à travers des chroniques étrangères qui souvent en dénaturent le caractère ou la signification. Les monuments

1. Mémoires de l’ Academie des Inscriptions et Belles-Lettres, tome XXIII, 2' partie, p. 241-334 (aimée 1858).

La légende d’adônis

des peuples voisins ou les historiens anciens, peu familiers avec les mœurs syriennes, ont la plupart du temps identifié les dieux de la Phénicie avec leurs dieux nationaux. C’est ainsi qu’Hérodote désigne Thammouz sous le nom de Zeus-Bélos1 2. De là est venue, à une époque plus tardive, une confusion inévitable, grâce à laquelle les dieux primitifs de la Phénicie se sont peu à peu amalgamés avec les dieux de l’Egypte ou de l’Asie-Mineure. C’est pourtant là, dans ce mélange souvent obscur des cultes et des traditions, qu’il faut rechercher les éléments mêmes de l’histoire de chacun d’eux. Ce n’est guère que dans les sources inépuisables de la littérature grecque que nous commençons à trouverdes documents précis, et c’est même par elle que des documents plus anciens et précieux entre tous, comme la Cosmogonie de Sanchoniathon par exemple, nous sont parvenus. A partir d’Hérodote, le nom d’Adônis, le récit de sa légende, l’étude même de son mythe, se retrouvent et se multiplient à travers les textes grecs. Mais quelle valeur documentaire faut-il attribuer à ces textes, et cette légende d’Adônis, rapportée pour la première fois par le poète Panyasis ’ et transformée et augmentée jusqu’à Ovide, peut-elle vraiment nous offrir une image exacte du mythe de l’antique Thammouz ?

En réalité, ces textes sont des guides peu sûrs. Il est nécessaire de ne les consulter qu’avec prudence. Dans les récits des écrivains grecs, le mythe primitif de Thammouz

1. Hérodote, Hisf., 1. I, 181. C’était là une coutume que l’on retrouve chez tous les écrivains grecs. L’ouvrage du pseudo-Lucien, De Dca St/ria, peut en fournir une nouvelle preuve.

Page 1