‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 82 sur 138 · Leconte de Liste, Poèmes antiques , Le Retour d’ Adonis · texte numérisé non relu

Leconte de Liste, Poèmes antiques , Le Retour d’ Adonis

LES FÊTES d’aDÔNIS-THAMMOU/.

Adonis a perdu son auréole de grand dieu, de dieu suprême ; il n’est plus 1’üc{h<7T0ç redouté, roi des divinités et des nations, mais le héros d’une fable gracieuse et touchante, et c’est à ce titre qu’on l’honore et qu’on le fête. Cette évolution est logique et fatale, mais il est nécessaire de ne pas en oublier l’importance pour comprendre quels caractères différents revêtaient les Adônies de Bvblos, d’Athènes et d’Alexandrie.

Après avoir rayonné dans cet espace semi-circulaire formé par les villes grecques, les côtes d'Asie-Mineure, de Syrie, de Phénicie et d’Egypte, les Adônies se répandirent vers l’Occident. Sans nous arrêter à en rechercher les traces dans les villes ou les comptoirs phéniciens, nous les retrouvons à Rome et en Sicile, étroitement mêlées et confondues avec les fêtes de la Grande-Déesse et d’Atys, ou Mégalésies. Ce culte d’ailleurs avait pénétré à Rome au moment de la seconde Guerre Punique, c’està-dire par l’intermédiaire des Carthaginois ; on comprend ainsi aisément l’intime similitude qu’il présente avec le culte du dieu phénicien. Il nous suffira, pour en déterminer nettement le caractère, de citer la courte et précise description qu’en donne Preller: « Ce fut, à ce qu’il paraît, l’empereur Claude, qui permit le premier de célébrer à Rome la grande fête phrygienne du mois de mars, la fête de la Magna Mater et d’Attis. L’esprit de cette solennité est au fond celui que nous trouvons dans les fêtes d’Isis, d’Aphrodite et de Déméter (chez les Romains): c’est une mère qui a perdu son fils chéri et qui se désole, qui le retrouve et se réjouit. La fête durait du 22 au 27 mars. Le premier jour, le 22 mars, s’appelait Arbor inlrat , parce qu’alors le sapin, symbole d’Attis trépassé,

LA CÉLÉBRATION DES ADÔNIES

était porté, au milieu des gémissements et des pleurs, dans le temple delà Grande Déesse, et là, enveloppé de bandelettes et orné de fleurs. C’était un souvenir de ce jouroù la déesse, trouvant sous un sapin le cadavre encore saignant de son fils, l’avait porté dans sa caverne et avait versé sur lui des larmes amères. Du 22 au 24 mars s’étendait une période de jeûne et de deuil qui atteignait son plus haut période le 24, jour d’horribles mutilations, qu’on appelait en conséquence le jour du sang. Alors éclataient dans toute leur fureur les transports des prêtres, des Galli, et souvent ils se faisaient de telles blessures qu'ils en mouraient; on les enterrait alors en grande pompe. Mais le 25, jour où pour la première fois le jour reprend le dessus sur la nuit, Attis ressuscité était rendu à sa mère, et plus la douleur de sa perte avait été vive, plus éclatait désordonnée la joie de sa réapparition. Le 26 était un jour de repos ; et enfin le 27, on célébrait une grande procession, accompagnement obligé de tous les cultes de ce genre. C’était le jour où la déesse allait se baigner dans l’Almo. On en avait fait une sorte de carnaval, oii régnait la gaieté la plus libre. Rome entière se pressait autour du char qui menait au bain la déesse, la pierre noire de Pessinonte ’ . »

Nous ne rappelons que pour mémoire les fêtes célébrés du mont Eryx, en l’honneur de l’Astoreth phénicienne, ainsi que la curieuse coutume sarde des jardins d’AdônisL Sans contredit, à une certaine époque, dans tout le bassin occidental de la Méditerranée, les Adônies étaient célé-

1. Preller, Dieux de l’ancienne Rome , trad. Dietz, p. 483-485.

2. Sur le culte d’ Adonis en Sardaigne, voir plus loin, p. 189.

LES FÊTES ü'ADÔNIS-THAMMOUtf

brées avec des rites et une solennité analogues à ceux de l'Orient, et c’estlà, au cœur de la Sardaigne, qu’en réside la dernière flamme encore vivante. Mais en somme, c’est aux noms des villes orientales, Byblos, Antioche, Alexandrie, Athènes, Corinthe, Paphos, Amathonte, et tant d’autres, que reste lié le souvenir des Adénies. Là, le dieu est en quelque sorte dans son royaume, dans sa terre de prédilection où on sait l’honore r et le comprendre. Sans doute, il en a franchi les bornes, et de la Libye à la Scythie, du golfe Persique à la Macédoine, de la Chaldée aux Colonnes d’Hercule, il a répandu son nom et ses fêtes. Mais c'est au cœur de cet Orient antique qu’il a pour ainsi dire abrité sa gloire et son culte : c’est là que, pénétrant chaque jour dans les mœurs, dans les fêtes, dans les récits et les légendes, se façonnant à l’existence quotidienne des peuples et devenant le symbole supérieur et l'image divine de leur vie et de leur immortalité, entrant dans tous les panthéons et s’amalgamant aux dieux nationaux, c’est là qu’il a établi son empire. Tous les dieux telluriques et solaires de ces régions ont subi en quelque manière son influence: Atys, Osiris, Manéros, Linos, Perseus, Phaéthon, Dionysos, tous lui doivent quelque chose de leur caractère et de leur symbole. Et, ainsi mêlé, jeté, répandu dans toutes les imaginations des hommes, le Thammouz solaire, tout en conservant sa puissance morale et sa signification ésotérique, s’identifie à toutes les manifestations des forces de la nature, à toutes les formes de la vie.

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