‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 86 sur 138 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

LES FÊTES d’aüÔNIS-THAMMOU/

bornes . Beaucoup de spectateurs, saisis eux-mêmes par cette sorte d’ivresse née de la musique, des parfums et des chants, fanatisés par l’exemple des prêtres, se précipitaient au milieu d'eux, s’emparaient du couteau sacré, réservé à cet usage, et, après s’être châtrés, parcouraient la ville en portant dans leurs mains les parties génitales dont ils venaient de faire l'ablation. Ils les jetaient ensuite à l’intérieur d’une maison, et les habitants de cette maison leur fournissaient des vêtements et des parures de femmes. Us devenaient alors Galles eux-mêmes, attachés au temple, et soumis à des habitudes de vie spéciales. Le Galle en effet était considéré dans toute la Syrie, ainsi qu’en Cypre et en Asie-Mineure, comme un être en dehors de la foule commune des hommes. Lorsqu’il venait à mourir, les autres eunuques le portaient hors de la ville et abandonnaient son cercueil après l’avoir couvert d’un amoncellement de pierres. Pendant toute sa vie, il était l’objet d’une sorte de respect craintif de la part de la foule, qui voyait en lui un homme que la déesse avait élu. Souvent aussi, des femmes se sentaient prises pour eux d’une violente passion, et s’abandonnaient à un amour qui, en raison de son inassouvissement même, aboutissait à d’inexprimables fureurs sensuelles 1 .

Le couteau réservé pour ces sortes de sacrifices était parfois en métal précieux, or ou argent, mais le plus souvent en pierre précieuse, onyx ou agathe. Là encore, nous rejoignons la coutume sémitique de la circoncision,

1 . Pour ces divers détails de l’existence et des mœurs des Galles, voir De Dea Syria, 51-53.

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que l’on peut, par divers détails, rapprocher de la castration des fêtes de Thammouz, Jusqu’à notre époque, l'usage s’est maintenu, dans l’orthodoxie juive, de pratiquer la circoncision à l’aide d’un couteau en pierre précieuse, d’ordinaire en onyx : c’est une survivance fidèle de l’usage antique. Quant au motif qui faisait choisir, pour la castration des fêtes orientales, un couteau en pierre, la tradition l’attribuait à un trait de la légende d’Atys. Poursuivi par Cybèle, le jeune dieu, en s’enfuyant, s’était châtré au moyen d’une pierre tranchante. La confusion des mythes d’Atys et d’Adônis avait étendu l’usage né de ce souvenir à toutes les cérémonies analogues de la Syro-Phénicie et de la Phrygie.

En Cypre, la même coutume se retrouvait. A Amathonte, à Paphos, et dans les principales villes de 1 île , le service des temples d’Adônis et d’Astarté était réservé aux eunuques. Dans l’Asie-Mineure, où le culte d’Atys représentait le même symbole, les prêtres du dieu se châtraient également. La Cappadoce était renommée pour le caractère particulièrement sanglant qu’y revêtaient les fêtes de Cybèle et d’Atys. En Egypte, les prêtres d’Isis et d’Osiris se rasaient la tète et se mutilaient, pour exprimer leur douleur de la mort du dieu. En Crète et dans les îles grecques, cet usage s’établit aussi, mais demeura confiné dans certaines villes où le culte phénicien s’était transmis sans altération. Vers l’Ouest, dans cette Carthage, qui avait gardé, au delà de la mer phénicienne, tous les usages, les coutumes religieuses, les mœurs sociales des races cananéennes, il n’est pas surprenant de retrouver chez les prêtres cette habitude de la castration, si fortement enracinée dans la tradition populaire qu’au temps

LES FÊTES d'aDÔNIS-THAMMOUZ

même de saint Augustin elle est encore en pleine vigueur : « Quant à ces hommes sans nom, dit-il, consacrés à la Grande Mère par une profanation qui outrage également les deux sexes, que l’on a vus encore de nos jours dans les places et les rues de Carthage, les cheveux parfumés, le visage fardé, avec une démarche molle et lascive, demander publiquement de quoi soutenir leur infâme existence 1 ... » A Rome, les fêtes de la Bonne Déesse étaient de même marquées par les mutilations et la castration des prêtres.

C’est donc un usage religieux fort répandu dans le monde antique. Le caractère exalté des fêtes orgiastiques de l’Orient avait peu à peu fait prédominer ces pratiques sanglantes. La volupté sensuelle la plus ardente s’unit au plaisir cruel du sang versé. Par là s’expliquent non seulement ces mutilations des prêtres et des fidèles, mais aussi les sacrifices humains et les hécatombes d’enfants, dont les races sémitiques gardaient jalousement la tradition.

D’ailleurs, sans en chercher les motifs dans les tendances morales et les conditions psychologiques des peuples orientaux, ces pratiques s’adaptent trop étroitement aux conceptions mythiques pour qu’il soit difficile d'en suivre le développement normal Les diverses mythologues de l'Asie, de l'Egypte et de la Grèce présentent toutes cette image d’un dieu privé de sa force virile et de sa fécondité. Le Doumouzi babylonien, comme le Thamrnouz giblite, comme l’Adônis sémitique et grec, est soudainement dépouillé de sa puissance créatrice. La dent du

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