‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 87 sur 138 · Saint Augustin, De Civitntc Dei, VII · texte numérisé non relu

Saint Augustin, De Civitntc Dei, VII

LE CULTE PHALLIQUE DANS LES FÊTES d’aDÔNIS 167

sanglier blesse Adonis aux parties génitales, car la cuisse dont parle la légende n’est ici, comme nous l’avons dit plus haut, qu’une expression euphémique. C’est de cette blessure qu’il meurt, malgré les soins et les lamentations de la déesse. Il en est de même d’Atys, dont la légende présente pourtant quelques variations de détail. Poursuivi par Cybèle, amoureuse de lui, le dieu phrygien se mutile pour ne pas céder à cet amour.

Mais c’est dans le mythe égyptien d’Osiris et dans le mythe grec d’Ouranos que le symbole apparaît avec le plus de clarté et de précision.

Après avoir retrouvé à Byblos le coffre dans lequel Typhon avait enfermé Osiris, Isis rapporte en Egypte le corps de son époux. Elle confie à son fils Horus le soin de venger son père, et elle-même cache dans un lieu désert le cercueil d’Osiris. Mais Typhon, chassant à la clarté de la lune, le découvre et le reconnaît; il morcelle le corps de son frère en quatorze parties, qu’il disperse de tous côtés. Isis ne se laisse pas abattre par cette nouvelle douleur, et aussitôt elle recommence ses recherches. Elle visite, dans une barque de papyrus, les sept bouches du Nil, et retrouve, l’un après l’autre, treize des membres d’Osiris. Mais il manque le quatorzième, l’organe de la génération, que des poissons du Nil, nommés oxyrrhinques, ont dévoré. Avec ces morceaux épars, Isis recompose le corps du dieu et remplace le membre disparu par un simulacre en bois de sycomore. Ce simulacre devient un symbole divin, le Phallos, consacré par Isis elle-même, en mémoire de son époux1.

1. Pour tout ce qui concerne le mythe d’Isis et d’Osiris, voir Plutarque, De Iside et Osiride; Diodore de Sicile, 1.

LES FÊTES d’aDONIS-THAMMOUZ

Le récit grec, bien que différent du mythe égyptien, renferme la même signification. Ouranos hait ses enfants, et, à mesure qu'ils naissent, les replonge dans les flancs de Gæa, son épouse. Celle-ci arme le bras de Kronos et tend un piège à son époux. Quand Ouranos, sans méfiance, se couche dans les bras de Gæa, Kronos le mutile, et du sang du dieu naissent des races et des végétations. Les parties génitales tombent dans la mer, et de l’écume qui s’amasse autour d’elles naît Aphrodite Anadyomène, la déesse de la beauté et de l’amour1. En réalité, ce mythe d’Ouranos présente tous les caractères d’un mythe phénicien, et, là encore, il existe certainement un lien d’influence entre la Syro-Phénicie et la Grèce.

D’ailleurs, cette idée d’un dieu sacrifié, soit par un événement accidentel ou l’attentat d’un dieu ennemi, soit par une immolation volontaire, est commune à toutes les races sémitiques. Outre le Thammouz de Byblos, et divers exemples bibliques, nous en trouvons une image frappante dans le Melkarth tyrien, s’immolant lui-même pour les hommes, sur un bûcher, d'où, métamorphosé en aigle, il s’envolera, vainqueur de la mort. C’est à ce même cycle d’idées qu’il faut rattacher la mort de l’Héraklès grec, et les légendes primitives des sacrifices d’Iphigénie, d’Isaac et, dans les récits hindous, de Çunacépa. A une époque plus moderne, c’est d’une conception semblable qu’est né le mythe de Zagreus, nom sous lequel on désigne le premier Dionysos, fils de Zeus et de Perséphonê. Cette succession de types divins aboutira enfin au Christ, sacrifié pour le salut du monde, et ressuscitant

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