‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 91 sur 138 · De Dca Syria · texte numérisé non relu

De Dca Syria

LES FÊTES d’aDÔNIS-THAMMOUZ

puissantes et plus vivantes qu elles se liaient à la nature même et à l'existence quotidienne de ces peuples. D’ailleurs, cette conception religieuse s’est manifestée dans des formes et dans des théogonies telles, que la prostitution en devenait comme l'aboutissant logique et la réalisation la plus précise. Des religions de l’Asie Centrale jusqu’à celles de l’Occident, durant des milliers d’années, sous des formes et des figures mythologiques toujours différentes, tantôt cruelles et difformes, tantôt douces et gracieuses, ce qui règne, ce qui domine, ce qui apparaît à l’esprit des fidèles comme un principe primordial, c’est l’idée d’une divinité sacrifiée, tantôt par un destin supérieur, tantôt par sa propre volonté, au salut et au bonheur des hommes. L’Isthar chaldéenne comme la Baalath phénicienne, l’Atys Phr ygien comme le Melkarth tyrien, mais surtout l’Osiris et l’Isis d’Egypte, les dieux et les déesses, protecteurs et pères des hommes, souffrent et meurent pour faire régner la paix et la joie parmi les peuples. Livrés aux hommes, les dieux s’abandonnent et se répandent dans les foules comme des éléments de vie supérieure et meilleure : Melkarth parcourt le monde pour établir la justice et la bonté, Osiris enseigne à ses peuples les lois des cités et les règles des gouvernements, Isis douloureuse erre de ville en ville, de porte en porte, et, dans le palais de Byblos, décide, comme l’Iahweh juif dans l’Eden, d’entourer l’enfant d'une race, et avec lui l’humanité tout entière, d’une immortalité et d’une félicité que les hommes perdent par leur faute.

C’est en somme cette idée première qui, à travers d’innombrables avatars, aboutit chez des peuples d'une sensualité ardente, amoureux de symboles vivants et expressifs,

LE CULTE PHALLIQUE DANS LES FÊTES d'aDÔNIS 173

à la pratique, devenue rapidement universelle, de la prostitution. Pour fêter et glorifier des types divins dont le trait essentiel est précisément de se donner à tous les hommes et de se sacrifier à leur joie, il semblait naturel et logique que les femmes, vierges et épouses, se prostituassent dans les cérémonies religieuses.

Mais il y avait encore là un autre symbole. Sur la plupart des fêtes orientales flottait l’image merveilleuse d’une déesse d'amour et de volupté, éternelle comme le monde et puissante comme le destin. Tantôt c’était la divinité mystérieuse et féconde de la Cappadoce et de la Phrygie, tantôt la divinité cruelle et sanguinaire de la Phénicie méridionale, tantôt la forme harmonieuse et voluptueuse créée par le génie des îles grecques, d’Amathonte et de Paphos, tantôt l’Isthar grave et douloureuse, tantôt enfin l’épouse divine, veuve d’un dieu, et répandant, avec ses larmes, les enseignements de sa bonté infinie. L’amour, sous toutes ses formes, avec tous ses sacrifices, toutes ses voluptés, toutes ses tyrannies, se manifestait dans chacune des réalisations symboliques des fêtes. La toute-puissance de l’Aphrodite paphienne, de la Baalath giblite,de l’Aschera sidonienne, éclatait dans les chants mystiques, dans les récits mythologiques, dans les cérémonies du culte. Et c’était pour exprimer cette loi universelle de l’amour cette domination de la nature et de la vie, que les vierges de Babylone et de Paphos, ainsi que les femmes de Byblos, se livraient aux étrangers. Le symbole de la fête d’Adônis, l’union féconde du soleil et de la terre, se réalisait et se manifestait dans les accouplements et les étreintes des femmes et des visiteurs pieux. Le prix de cette prostitution retournait à la déesse, comme une offrande. Nulle ne

LES FÊTES UADÔNIS-TIIAMMOUZ

pouvait se soustraire à cette coutume, fatale et tyrannique comme la loi même de l’amour.

La prostitution des fêtes d’Adônis était donc la conclusion logique de cette double conception religieuse. Peu à peu, avec l’énervement de la religion et l’affaiblissement graduel des expressions mythologiques et cultuelles, elle tendit à disparaître, mais se prolongea longtemps encore dans des formes nouvelles et diverses. Dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, on pouvait la retrouver, à Byzance, dans certaines pratiques locales, et les mystères païens, qui se multiplièrent au moment même du triomphe du christianisme, en conservèrent longtemps le souvenir et l’usage fort atténués. En réalité, cette survivance s’explique et se justifie aisément par la force, l’influence et la persistance de la religion elle-même. En même temps que la conception et le culte d’Adônis et d’Aphrodite, perpétuellement unis et confondus dans leur mystique et fécond amour, se prolongeaient les coutumes inhérentes à leurs fêtes, et qui n’étaient plus que la dernière expression d'une religion expirante.

C’est d’ailleurs sous des formes à peine modifiées que se sont perpétués longtemps la plupart des images et des symboles divins qui se rattachent à ces pratiques du culte d’Adônis. L'image du côné, la forme phallique, le culte des « hauts-lieux », se retrouvent à une époque où les derniers vestiges de la religion phénicienne sont depuis longtemps effacés. En ce qui regarde la prostitution sacrée, ne faut-il pas voir encore un dernier souvenir de cet usage dans ces pratiques de la grotte de Saint-George, en Phénicie, dont parle Renan1, et, après lui, M. Jules Soury:

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