S. Jérôme, h'pist. ad Paulin. V. plus haut, p
LES SURVIVANCES DU CULTE ET DES FÊTES d’aDÔNIS 181
nicien avaient transmis aux adorateurs du dieu chrétien, et que ceux-ci recevaient et perpétuaient avec le souvenir et le symbole de la divinité giblite.
Avec le même zèle, la même minutie, la même piété, les fidèles d’Adônis ou de Jésus reconstituent la scène et les circonstances de leur mort. Tous deux, on les ensevelit, on les met au tombeau, on refait avec eux le chemin de leur passion et de leurs souffrances. Là encore, la tradition adônique s’est prolongée sans altération ; elle est devenue la cérémonie funèbre du Vendredi-Saint. En Orient, ce jour-là, on enterre le Christ avec le même appareil, la même pompe, les mêmes soins que les Syriens mettaient à ensevelir Adônis-Thammouz. Un long cortège de fidèles accompagne jusqu’au tombeau un cercueil symbolique ; dans la nuit, à la lueur des torches, la procession se déroule au milieu des sanglots et des plaintes. C’est l’enterrement du Christ. M. Guimet a eu l’occasion d’assister, à Patras, à l’une de ces célébrations funéraires, et nous devons à son obligeance de pouvoir la relater ici :
A dix heures du soir, j’arrive à Patras par le bateau que j Jai pris à Itéa.
En débarquant, j’entends dans la ville des accords de fanfare et des pétards. Je trouve que pour un Vendredi-Saint, on s’amuse beaucoup à Patras.
En me couchant, je perçois toujours les réjouissances lointaines. A trois heures du matin, je suis réveillé par le bruit qui s’approche. Je me mets à la fenêtre et je vois la rue très large et très longue entièrement remplie d’une foule compacte, qui marche lentement, chacun tenant à la main un cierge allumé ou une lampe antique à petite flamme : c’est comme un fleuve de feu qui coule tranquille à travers la ville et dont on ne voit ni la source ni l’embouchure.
La fanfare est encore loin. Elle joue des marches funèbres.
LES FÊTES d'aDÔNIS-THAMMOUZ
Malgré les pétards qui éclatent dans les rues adjacentes, la foule est recueillie, silencieuse.
Maintenant j’entends des voix, des cantiques qui alternent avec la musique. Et bientôt s’avance une partie du cortège beaucoup plus c;i lumière. Voilà les musiciens et, derrière, un cercueil drapé de noir.
J’ai vu des enterrements à Athènes. Toujours le mort est promené dans sa bière sans couvercle, afin qu’on voie son costume et sa figure. On lui fait une vraie toilette : on lui met du fard, on efface les rides, on cache la couleur jaune avec de la poudre de riz ; il y a des grimeurs pour cadavre. Et je m’apprête à voir le visage de ce grand personnage qui est l’objet de cette cérémonie importante à laquelle prend part toute la population de Fatras.
Mais le cercueil est fermé et le drap noir le recouvre entièrement.
Un prêtre qui suit, vêtu de l’étole grecque, tient dans ses mains la tête du sarcophage. Ce geste, la position du pope par rapport au défunt, m’expliquent pourquoi quand on a trouvé à Antinoé le corps d'Apollon Eupsuchi dans son beau cartonnage peint, son nom écrit au-dessus de son portrait était tracé à l’envers; c'était afin que le prêtre, pendant les cérémonies funéraires, puisse lire le nom du mort pour l'introduire dans les prières rituelliques.
Peu à peu, la foule s’écoula.
Le cortège lumineux continua sa route à travers tous les quartiers, chantant tristement malgré les éclats de la fanfare et les détonations des pétards.
Au matin, je demandais quel était ce grand dignitaire à qui on avait fait des funérailles si importantes, si grandioses?
On me répondit : « C’est l’enterrement de Jésus-Christ1 ! »
Il serait fastidieux de suivre, dans chacune des manifestations chrétiennes, la trace de la légende d’Adônis. 11 suffit de se souvenir à quel degré elle est restée vivante et précise dans les premiers siècles de l’ère nouvelle pour