‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 96 sur 138 · V. De Dca St/ria · texte numérisé non relu

V. De Dca St/ria

LES FÊTES d’aDÔNIS-THA.MMOUZ

Occidentale. Au cours de la semaine sainte, dans plusieurs villes du Caucase, se déroulent la procession de la Croix et la commémoration de la Passion divine. Dans le délire religieux, les fidèles se frappent d’armes tranchantes, se blessent et se mutilent. Là encore on s’unit à la divinité expirante, à ses douleurs et à sa mort. C’est le même

^ principe, le même désir, la même foi. Adonis et Atys

n’ont changé que de nom. La même furie qui poussait les Galles aü sacrifice d’eux-mêmes se retrouve aussi ardente, aussi profonde, aussi terrible, dans l’âme tumultueuse et passionnée des orthodoxes orientaux.

Tout d’ailleurs est fait pour favoriser cette survivance des mœurs antiques. Le dieu Adonis n’a point changé ; sa vie tranchée dans sa fleur, ses souffrances, sa mort et le symbole de son action terrestre se perpétuent sans effort. Il était, aux yeux des Syro-Phéniciens, le symbole de l’épi qui meurt dans la moisson fauchée et reverdit avec la saison nouvelle, le symbole des fruits de la terre qui naissent, meurent et revivent avec les saisons. Et n’est-ce pas Jésus qui apparaît encore, sous la figure de l’épi et du raisin, ramenant sous cette double image les deux mythes connexes et parallèles d’Adônis-Atys et de Dionysos-Zagreus ? Le prêtre, en consacrant le pain et le vin, y enferme son dieu, et le manipule qu’il porte à son bras n’est que la déformation liturgique du linge qui essuie la sueur des moissonneurs au travail. Le dieu nouveau garde donc, dans son altitude, dans son symbole, dans son action sociale, dans ses cérémonies rituelles, les formes essentielles que lui ont léguées les mythes anciens.

Il n’est pas jusqu’aux personnages secondaires de

VÉNUS ET ADONIS MOURANT Peinture de la Maison du chirurgien, à Ponipéï

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la mvthologie chrétienne qui ne portent la trace de la transmission héréditaire. Voici la ierge-Mère qui rappelle, avec une précision étonnante, avec une imitation presque servile, l’Isis égyptienne et l'Artémis d'Ephèse. Elle a, de cette dernière, non point le caractère de fécondité universelle, mais l’allure accueillante et douce. Le type le plus fréquent, le plus convenu et le plus connu de la Vierge, dont la tète est voilée, les mains ouvertes et tendues, n'est que la copie d'un des types de l’Artémis d’Ephèse, qu’on retrouve encore dans les statues archaïques. Le type de la Mater dolorosa chrétienne, de la Vierge douloureuse et pleurante, c'était déjà, aux temps d’Adùnis, le type de la Vénus voilée du Liban. Qu’on examine minutieusement l’attitude de la Vénus voilée, telle qu’elle nous est transmise par diverses statues de terre cuite et par les sculptures des rochers du Liban. C’est l’allure accablée et ployée, le geste traditionnel, immuable, fixé, de la Vierge chrétienne, pleurant, au pied de la Croix, sur le cadavre de son fils. C’est ainsi que Cybèle pleurait sur Atys, Astoreth sur Thammouz. Dans la plupart des peintures de Pompéi qui ont rapport au mythe d’Adônis, le jeune dieu mourant est étendu sur les genoux de Vénus assise. La déesse est vêtue de longs vêtements; elle se penche sur le corps nu et sanglant de son amant, dont elle soutient la tête pendante. C’est là, jusque dans les détails des gestes, le tableau exact des groupes que l’art chrétien désignera sous le nom de Pietà, où l’on verra la Vierge-Mère se lamenter sur le cadavre de son fils, étendu sur ses genoux.

Tout concourt donc à perpétuer, dans le christianisme encore informe, les vestiges du culte antique, qui s’y cris-

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talliseront el s’y fixeront à mesure que la nouvelle religion se constituera dans sa précision définitive. Mais, dans la Syro-Phénicie, en dehors même des dogmes passagers, les usages et les croyances populaires circulent à travers les mythes, se mêlent et s’attachent à eux. Sans jamais s’effacer, ils obéissent à la succession des dogmes, et se moulent, pour ainsi dire, sur chacun d’eux. Les grottes sont consacrées à Astoreth ; vienne le christianisme, les usages religieux s’y continueront en l'honneur de la Vierge. Les mêmes coutumes et les mêmes miracles se renouvellent fidèlement, quelle que soit la divinité qui y préside. « Près de Djouni, au village de Sarba, qui est sûrement une ancienne localité cananéenne, existe une « grotte de saint George », sorte de salle au niveau de la mer, où les femmes viennent se baigner dans l’espoir de devenir mères. Le rituel veut qu’avant de s’éloigner, elles offrent une pièce de monnaie à saint George. On peut y voir, avec M. Renan, un reste des anciens tarifs phéniciens pour les sacrifices, ainsi qu’un souvenir éloigné du rachat de la prostitution sacrée. « Je ne doute » pas, écrit ce savant, que la grotte de saint George n’ait » abrité les rites que nous savons avoir été pratiqués à » Babylone, à Byblos, à Aphaca, et qui venaient d’une idée » répandue chez certaines races de la haute antiquité, idée » d’après laquelle la prostitution à l’étranger, loin d’être » honteuse, était considérée comme un acte religieux. Des » traces de cette idée se retrouvent encore en certains pays » orientaux et en Algérie. » A Sayyidet el-Mantara, «Notre- Dame-de-la-Garde » est une chapelle de la Vierge qui fut à l’origine une grotte cananéenne d’Astarté. La « Caverne de la possédée », Moghâret-el-Magdoura, au village de

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Magdousché, présente sur la paroi de gauche une hideuse figure de femme sculptée. La plus authentique de ces cavernes à prostitution se trouve près de la Casmie: on voit à l’intérieur des sortes de sièges et une niche pour la statue de la déesse ; à l’entrée, qu’une porte fermait, on distingue nettement, comme au temps d’Hérodote, ainsi qu’à Byblos, à El-Biadh, à Adloun, le naïf symbole du sein divin d’où sont sortis les hommes et les dieux1. » A côté de ces grottes saintes existait le culte des Hauts- Lieux, c’est-à-dire des sommets consacrés à l’Aschera sidonienne ou à l’Astoreth giblite. Toute montagne dont la forme pouvait évoquer quelque image phallique ou le cône, symbole de la déesse, devenait un « haut-lieu », un endroit marqué pour les cérémonies et les orgies rituelles2. On y édifiait un temple, entouré d’un bois de lauriers sacrés, et les prêtresses de la divinité androgyne, de Baal-Baalath, y venaient mener leurs fêtes bruyantes et passionnées. Le christianisme, en s’installant en Syrie, hérite de la tradition des Hauts-Lieux et la continue; lui aussi, il recherche ces mêmes emplacements pour y édifier ses sanctuaires, et il se trouve ainsi que c’est précisément sur les ruines d’un temple antique, ou même dans un monument païen désaffecté, que fleurit le nouveau culte.

1 . Jules Soury, La Phénicie ( Reçue des Deux-Mondes, 15 décembre 1875).

2. Transporté jusqu'en Occident, l’usage de consacrer les sommets des montagnes à Aphrodite s’est perpétué longtemps. On peut en citer mille vestiges. A Montvendre (Drôme), le nom de cette localité n’est que la dénomination du mont aigu et conique qui la domine : c’est l’aneien mons Veneris, tel qu’il avait été consacré à la déesse, en raison de sa forme symbolique.

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