‹ Le cœur des autres: trois actesChapitre 70 sur 77 · ACTE TROISIÈME, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME, SCÈNE V

ROSE

Il t'en avait demandé le sujet ?

JEAN

Oui, naturellement.

ROSE

Tu le lui as dit ?

JEAN

Quelques mots. D'ailleurs maintenant, c'est dans les

journaux. (Rose a un hochement de tête douloureux). Qu'eSt-Ce

qu'il y a ? Je t'ai fait de la peine ?

Tout à l'heure... tu aurais pu aussi ne pas féliciter ton père.

JEAN

Mais, l'autre fois, tu m'avais reproché de ne lui avoir rien dit.

ROSE

Je croyais que cela t'avait fait de la peine, qu'il eût écrit cette pièce.

JEAN

Mais, maintenant qu'on la joue... Il est tout de même trop tard. Seulement si j'avais su que tu n'aimerais pas que j'en parle à papa, je n'aurais rien dit.

ROSE

Comme tu dis facilement papa, en parlant de ton père, à présent... Ce n'est pas à cause de moi qu'il ne

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fallait pas en parler, mon petit. (Avec effort, après un silence)

Moi, vois-tu, je ne suis pas comme toi.

JEAN

Comment ?

ROSE

• Ce n'est pas une raison parce qu'il est trop tard pour que cela me soit moins dur, et je m'imaginais que nous sentirions un peu de même... comme il y a quatre mois.

JEAN, gêné

Tu comprends, j'ai parlé de tout cela à Râblé.

ROSE

De cela aussi ? Mais, mon Dieu, de quoi n'as-tu pas parlé à Râblé ?

JEAN

Il est premier en tout, tu sais, il pige n'importe quoi. Et puis, je n'ai que lui, là-bas. Il m'a dit que j'étais grotesque de me faire de la bile pour cela. Il paraît que Molière aussi a mis sa propre histoire à la scène. Moi, je ne savais pas.

ROSE

Alors c'est Râblé qui t'a appris si tu avais le droit de souffrir ?

JEAN

Souffrir...

ROSE

Oui, je crois aussi que c'est un bien grand mot, pour ce que tu as éprouvé.

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