FIST
l'onde nerveuse devient incapable d'éveiller dans le muscle le phénomène électrique antérieur à la contraction.
Mais le curare ne se borne pas à entraver de manière brutale l'effet du médiateur habituel il peut régulariser le fonctionnement d'un muscle en état de contracture pathologique, filtrant en quelque sorte les décharges de fréquence trop élevée. -
Les premières expériences de Bremer et Titeca, puis de Hartridge et West permirent d'établir que de faibles concentrations n'avaient aucun effet paralysant mais aidaient, au contraire, à normaliser le tonus musculaire. West, dans ses applications cliniques, observe lui-même que les mouvements volontaires demeurent intacts, et que le curar présentait une action modératrice, l'action « lissive » des auteurs américains.
Pour conclure, avec Schlessinger, l'emploi du curare en thérapeutique se base sur le degré plus ou moins poussé de blocage de la conduction neuro-musculaire : ou bien total qui entraîne un effet paralysant, ou bien partiel à effet simplement modérateur.
Seul cet effet nous intéresse, nous signalerons seulement l'action sur les systèmes vasculaire, pulmonaire, nerveux central ou périphérique et l'élimination du curare, détruit au niveau du foie, excrété rapidement par les reins.
TECHNIQUE THERAPEUTIQUE GENERALE
Nous avons utilisé, pour traiter nos malades, l'Intocostrin SQUIBB, solution aqueuse de chlorure de d-tubocurarine, sel cristallisé de l’alcaloïde, de composition parfaitement connue, dosée biologiquement par la méthode dite « de la chute de la tête » chez le lapin; chaque centimètre cube correspond à vingt unités de curare ou 3 mgr. de chlorure de d-tubocurarine.
La solution peut s'injecter par voie endoveineuse ou intramusculaire et dans ce dernier cas, seule ou associée à une substance retard.
Nous avons choisi la voie intramusculaire pour plusieurs motifs : qu'il s'agisse en effet, d'injecter une solution aqueuse par la voie endoveineuse : a) les résultats sont toujours accompagnés d'ef-
fets secondaires — troubles de la vision, diplopie, faiblesse générale, vertiges — plus ou moins bien supportés par le malade. (The
Lancet, sept. 1946; page 355).
b) l'action en est transitoire, insuffisamment définie pour la sévérité des symptômes qu'elle provoque et ne justifie pas un usage routi-
nier. En effet, les phénomènes apparaissent immédiatemnt après l'injection pour atteindre leur maximum en deux à trois minutes et disparaître progressivement en quinze à vingt minutes. (Laporte).
Seule la voie intramusculaire permet de tâter la susceptibilité du malade, de le faire commodément, progressivement, puis d'élever plus ou moins la dose initiale suivant l'importance du tableau clinique. Le risque d’une paralysie respiratoire, toujours possible, même à la suite d'une simple injection intramusculaire est ainsi réduit au minimum. (Benda).
Contrairement à l’anesthésie ou au traitement de shock qui nécessite une concentration suffisante pour le blocage de la conduction neuro-musculaire, le traitement des affections neurologiques demande une curarisation à effets prolongés et d'une intensité telle qu'elle puisse bloquer les incitations anormales au niveau de la jonction myo-neurale, sans toucher la motilité volontaire.
Nous avons enfin adopté la voie intramusculaire, non seulement avec un produit en solution aqueuse, mais encore en suspension huileuse pour obtenir une absorption plus étalée dans le temps. Schlessinger utilise une proportion de 3 ” de chlorure de d-tubocurarine dans un mélange de 4 ” de cire blanche dans l'huile et prolonge ainsi l’action pendant trois jours sans aucun malaise secondaire; « et, poursuit-il, cette modification devrait amener le soulagement désiré, quoique partiel, chez ces malades qui vivent de longs mois fonctionnellement diminués ».
Comme méthode thérapeutique, nous avons injecté dans la fesse :
— Ja dose adéquate de curare; — une proportion équivalente de subtosan
eS)
La dose de la première injection est de trois quarts d'unités d'Intocostrin par kilogramme de poids du malade; c'est là évidemment une dose très faible: les jours suivants, la posologie est augmentée de cinq en cinq unités chaque jour, ou de dix en dix chaque deux jours jusqu'à l'effet recherché.
Il est évident que deux éventualités peuvent se présenter
— soit que le seuil d'intoxication est atteint avant l'amélioration.
— soit que l'activité du curare se manifeste au-dessous du seuil d'intoxication.
Dans le premier cas, on répartit en deux ou plusieurs injections, à six heures d'intervalle, la dose primitivemnt administrée en une seule fois; à titre d'exemple dans un tétanos nous avons réparti en trois injections plus de deux cent soixante-dix unités de curare sans effet vraiment désagréable pour le malade, ce qui paraîtrait infirmer les constatations de Steward (1943) lequel rapporte, qu une seconde injection de curare, moins forte que la première, faite après disparition de l'effet de celle-ci, a un effet plus important, par sensibilisation secondaire.
Nous parlerions plutôt d'effets d’accumulation avec résorbtion brusque du produit tenant à des conditions physiques mal déterminées : différence de densité des deux liquides, facteurs tissulaires locaux, etc.
SU
D'une façon générale, le total injecté dépassé rarement trois unités par kilogramme de poids du malade. 4
Dans le second cas, nous limitons, évidemment, la posologie à l'effet recherché sans atteindre les premiers accidents d’intolérance.