‹ Le Curare dans les mouvements choréo-athéthétiques et les ticsChapitre 7 sur 16 · OBSERVATIONS CLINIQUES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS CLINIQUES

Sommaire

Un premier chapitre sera consacré à quelques observations de malades atteints de chorée, traités à l'Hôpital de Tarbes; puis, dans un second chapitre, nous rapporterons deux cas d’'athétose, pour terminer enfin dans une dernière étude par l'observation clinique de trois cas de tics, traités toujours par la même méthode.

Ces schémas thérapeutiques s'intègrent d’ailleurs dans le cadre plus général des traitements curarisants puisque cette substance a été aussi expérimentée dans certaines affections pyramidales et extra-pyramidales, qui feront l’objet d'un travail ultérieur de la part du Docteur Turon,

Médecin-chef de l'Hôpital.

CHOREE

Observation 1

Le 27 mars 1950 est hospitalisée au service de médecine-neurologie (D' Turon), l'enfant V... (Marguerite), âgée de 11 ans, atteinte de chorée aiguë.

Cette petite malade avait présenté au début de décembre 1949, une localisation rhumatismale poly-articulaire typique, sans lésion cardiaque surajoutée, et avait été traitée par l'association de salicylate buccal et de Bévitine intramusculaire. Sous l'influence de ce traitement, la température, qui s'était maintenue à 39° pendant cinq jours, se stabilise à la normale, mais les articulations demeurent immobilisées par la douleur; les sueurs nocturnes ont disparu.

Vers le 25 février, l'attention se trouve attirée par la maladresse des mouvements; l'enfant renverse les objets, aux repas laisse tomber son verre; elle devient inattentive, turbulente, pleure et rit à tout propos, se fait corriger sévèrement par ses parents. Rapidement ces mouvements incoordonnés prennent le type choréique. La malade est hospitalisée un mois après, le 27 mars.

À l'entrée, le tableau clinique révèle un syn-

drome choréique aigu. La face est grimaçante : le front se plisse, les paupi.res clignotent, la langue se projette violemment au dehors, la bouche sourit, fait la moue, se pince, etc... La malade, qui jette ses membres supérieurs en tous sens, en une gesticulation ininterrompue, est incapable de manger, de s'habiller, de saisir un verre, mais elle peut marcher en sautillant. À côté de cela, la malade reste apyrétique, le cœur indemne, la tension artérielle à 13 - 8; il n'y a ni albumine ni sucre dans les urines. L'examen neurologique ne montre aucun déficit pyramidal.

Le traitement suivant est institué le 28 mars :

— Salicylate suractivé intraveineux à la dose de | gr. par jour; — Stérogyl 15, per os, une ampoule; — [ntocostrin retard (poids de la malade 32 kilogrammes).

— à la première injection : 20 unités retard, intramusculaires; .— aux injections suivantes : 30 unités retard intramusculaires (une injection par Jour).

Pendant cette période de traitement, nous soulignons que la malade n’a pas été tenue d’une facon permanente au lit, ce qui permet d'éliminer l'action du facteur repos sur les mouvements involontaires.

Au troisième jour, l'amélioration est nette : les membres supérieurs sont moins agités, la face plus calme, la démarche plus facile. C’est pourquoi la posologie du curare n’est pas augmentée.

Pour juger de l'efficacité de l'Intocostrin, les jours suivants, on se base sur le nombre de contractions à la minute du plan antérieur : le ma-

LRU Pa

Jade, debout, les pieds légèrement écartés, on compte soigneusement le nombre de contractions que présente le membre inférieur au niveau de ses différents segments : genou, cuisse, jambe, pied. Il est à noter que cette recherche doit se faire après un temps d'adaptation de quelques minutes, dans le calme, pour que les effets de choc émotionnel soient neutralisés.

Ce test, au niveau du membre inférieur, a été retenu pour la facilité de contrôle des mouvements, puisque, soit au niveau du membre supérieur, soit à la face, il existe des mouvements complexes qui mettent en jeu les groupes musculaires les plus variés, réalisant ainsi u nensemble difficile à préciser.

Cependant, il faut remarquer que le nombre de contractions du plan antérieur, s'il peut juger de l'efficacité du curare, ne donne pas une idée précise de l'intensité des mouvements choréiques de la face et du membre supérieur.

Ainsi, au premier jour de l'application thérapeutique, le 28 mars, on notait 10 contractions’ minute ;

le 9 avril, 2 contractions/minute, après 12 injections d'Intocostrin retard (intramusculaires).

Après 15 jours d'observation, la malade sort guérie.

Observation 2

Le petit V.. (Henri), de Bagnères-de-Bigorre, âgé de 15 ans, entre à l'Hôpital le 19 avril 1950, pour chorée (service du D’ Richard).

Dans ses antécédents, il n'existe aucune histoire rhumatismale, mais en décembre 1949, une

PPDA

méningite cérébro-spinale, traitée par pénicilline locale et générale, guérit sans séquelles. C'est ptogressivement que le malade s'est acheminé vers l’état choréique qu'il présente à l'entrée.

En effet, l'agitation est intense; elle touche principalement la face : les lèvres ne peuvent articuler qu’une parole achoppante, hésitante et se contractent en permanence. De ce fait, les liquides absorbés d’une façon malhabile se répandent par les commissures labiales ou sont déglutis avec sifflements. Cette instabilité motrice se retrouve très intense aux membres supérieurs; à tel point que le malade ne peut s'en servir, et, à un degré moindre aux membres inférieurs d'où une démarche hésitante.

La température est à 375; la sédimentation 15 m/m à la pemière heure; 30 m/m à la deuxième; la langue propre; toutes les articulations sont libres; le cœur a conservé un rythme normal sans lésions valvulaires. La tension artérielle se maintient à 12 - 7. L'examen neurologique ne révèle aucune déficience de la force segmentaire, mais l'hypotonie musculaire et l’hypermétrie sont nettes au niveau des membres, l’adiadococinésie prédomine au membre supérieur gauche. Les réflexes tendineux sont plus vifs à gauche.

À l'exception du syndrome neurologique, le malade ne présente aucune autre localisation viscérale.

On met en œuvre le traitement suivant :

(Poids du malade : 43 kilogrammes).

— Le 20 avril :

— Intocostrin : 30 unités que l'on porte

ensuite à 40 unités journalières:

—— Salicylate intraveineux : 2 gr. par jour.

es.

— Le 20 avril : avant tout traitement, le malade présentait 45 contractions du plan antérieur.

— Le 22 avril : elles deviennent incompta-

bles.

— Les jours suivants : leur nombre est variable et s'inscrit dans une moyenne générale de 25 contractions par minute.

— Le 6 mai : l'amélioration s'affirme puisqu'elles tombent aux environs de 8 à la minute.

Pour des raisons familiales, le malade sort du service amélioré, mais un peu précocement pour que nous puissions affirmer la guérison totale.

Observation 3

L'enfant J.. (Gisèle), âgée de 13 ans est admise à l'Hôpital, le 17 avril 1950, pour une chorée datant de 3 jours.

À 7 ans, elle avait déjà présenté une première

atteinte, traitée par le neurocalcium, qui avait duré trois mois.

* Il y a trois jours exactement, le maître d'école s'était plaint de son écriture, de son caractère trop turbulent, l'ayait même punie pour ces motifs.

À l'entrée, le 17 avril, les mouvements choréiques intéressent tous les membres, la face, 12 bassin.

L'examen somatique révèle, au point de vue nerveux, l'atteinte classique habituelle de ces cas.

:. La température voisine à 38° 2, la tension artérielle 12.- 7, le cœur présente un souffle systolique apexien : C ‘est donc une histoire aiguë.

Le 17 avril, la malade recoit 25 unités de curare retard: contractions du plan antérieur : 12.

Les deux jours qui suivent, l'agitation est plus intense; nous décidons de passer à une curarisation rapide et poussée de la malade.

Le 20 avril, Intocostrin : 60 unités is ‘32 kilos; contractions : 2.

Cela, au sixième jour de la maladie, en sa phase aiguë, le troisième de la thérapeutique, sans salicylate.

La température, qui se maintient à 38’, le souffle apexien, nous obligent à adjoindre un gramme de salicylate intraveineux par jour.

Désormais, l'enfant est calme, seules persistent quelques petites clonies, les contractions du plan antérieur se stabilisent à 1,2 par minute sous curarisation de 70 unités par jour.

En quinze jours la guérison semble être obtenue.

Observation 4

P... (Josette), âgée de 15 ans, entre au service des enfants le 22 avril 1950 pour rechute de chorée.

Le 1” février : elle présente le premier accident choréique aigu.

Plusieurs traitements successifs furent essayés : — Vitamine BI; — Salicylate intraveineux et buccal:

— Calcédine;

— Belladénal.

Après une amélioration passagère, se déclenche une rechute qui la fait admettre à l'Hôpital. À l'entrée, le 22 avril : diffusion des mouvements choréiques à toute la musculature.

Tension artérielle : 12 - 6, cœur indemne.

Ce même jour, salicylate intraveineux : | gr. Contraction du plan antérieur : 14.

Intocostrin : 25 unités, puis, le lendemain, 70 unités. (Poids de la malade : 40 kilos).

Au bout de trois semaines les contractions

tombent à deux par minute; la malade sort au bout de un mois paraissant guérie.

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