‹ Le Curare dans les mouvements choréo-athéthétiques et les ticsChapitre 8 sur 16 · REFLEXIONS SUR NOTRE THERAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

REFLEXIONS SUR NOTRE THERAPEUTIQUE

Ces résultats souffrent des remarques qui paraissent particulièrement s'imposer, à l'endroit de cette technique thérapeutique associant deux ordres de médicaments différents :

— Le Salicylate à l'action antinfectieuse;

— L'Intocostrin au potentiel de blocage neu-

ro-musculaire.

Nous ne pousserons pas l'audace jusqu'à prétendre à la seule vertu curatrice de l’un ou de l'autre, affirmation qui pourrait nous amener fort loin, discuter de la nature même de la chorée, considérée :

— d’abord comme une névrose;

— puis reconnue organique et liée à une encéphalite ou une méningo-encéphalite d’origine infectieuse mais de nature indéterminée :

— rhumatismale (Germain Sée, Henri Roger, Cadet de Gassicourt) ;

— hérédo-spécifique (Dufour, Millian) :

— encéphalitique (Harvien, Levaditi).

Quoi qu'il en soit, de l'essence même de la chorée, de l'efficacité plus ou moins bien établie du Salicylate dans de tels cas, cette association thérapeutique peut paraître assez heureuse sans qu'il soit possible de déterminer objectivement ce qui revient à l'un ou à l'autre de ces deux éléments.

Il est évident que seul un traitement purement curarisant aurait pu être entrepris totalement et non plus seulement quelques deux ou trois jours, pour juger exactement de l'efficacité réelle; mais notre conscience a toujours refusé à notre esprit de curiosité, de frustrer ainsi un jeune malade, à l'aube de la vie, de l'élément antiinfectieux palliatif (qui sait ?) des lésions nerveuses ou cardiaques, préventif (peut-être) de celles-ci.

Enfin, nous ne pouvons considérer ce traitement comme la panacée de toutes les chorées, car les méthodes thérapeutiques n'ont pas manqué à l'affection, en dehors de l’exorcisme et des aspersions d’eau bénite. Si les maladies incurables possèdent toujours des médications multiples, il en est de même de celles qui, comme la chorée, guérissent spontanément au bout de quelques semaines, parce que l'on attribue toujours au traitement la guérison que l’on observe.

Seule la médication tonique par l'arsenic a prévalu contre tous les assauts, de toute cette pharmacopée aussi vaste que variée : chloral, hyoscyamine chers à Oulmont; bromure ,de Cadet de Gassicourt; haschisch, chloroforme de Furster; tartre stibié, de Gillette; opium et strychnine, tous deux utilisés par Trousseau, et tous tombés en désuétude.

À cette liste déjà longue, nous ajoutons le curare qui connaît actuellement un renouveau

Er.

dans toutes ses applications, tant en médecine qu'en chirurgie ou obstétrique.

Il peut en être de ce médicament comme des précédents qui rallient, à leur début, nombre de suffrages, puis meurent dans l'oubli. Seule une expérience plus étendue, comme aussi l'épreuve du temps, peut, en définitive, confirmer ou infirmer la valeur de ce produit, et c’est dans le but de cette expérimentation que nous avons entrepris cette étude.

Mais un fait demeure : les chorées observées comportent réellement un substratum organique vérifié par l'examen neurologique d’une part et d'autre part par le contexte clinique comprenant les divers aspects de la maladie rhumatismale à localisations articulaires ou endocarditiques.

De la sorte ont été évitées systématiquement certaines manifestations choréiformes fonctionnel: les ou pithiatiques qui auraient faussé la base de notre expérimentation.

Nous n'avons jamais vu ni entendu dire qu’une chorée authentique, dans sa phase la plus aiguë pouvait être améliorée dans une période allant de 4 à 8 jours par l'action isolée du salicylate de soude, et notre expérience nous avait fait considérer que le délai moyen d'amélioration pouvait se chiffrer à un mois, réserve faite de certaines formes prolongées allant jusqu’à 6 mois et même

un an dont nous pourrions personnellement citer deux cas.

MOUVEMENTS CHOREO-ATHETOSIQUES

Observation I

Le 23 mai, entre à l'Hôpital, D... (Henri), de Hagedet, petit malade de 13 ans et demi, qui : Le 2 mai 1950 avait présenté une maladie de

Bouillaud avec atteinte cardiaque, traité par du salicylate per os : 2 dragées toutes les 6 heures pendant 8 jours, puis toutes les 8 heures pendant 8 autres jours. Sans effet sur la température, il provoque des troubles digestifs et de l'insomnie.

Le 19 mai apparaissent des mouvements choréiques typiques : clonies désordonnées de la face, de la nuque, du bassin, de tous les membres, vives, brusques, rapides en

éclair.

L'enfant demeure fébrile; l’état cardiaque ne s'améliore guère, malgré une cure de XX gouttes de salicylate trois fois par jour pendant 5 jours.

Le 19 mai, le petit malade est hospitalisé.

Le lendemain, au matin, si la face présente toujours les mêmes clonies, les mem-

ot

bres sont animés de mouvements lents, gracieux, très enveloppants, à HpE athétosique.

A l'effort, ils diffusent à toute la musculature : le malade couché, s’enroule sur son axe, creusant ses fosses lombaires, les jambes en extension forcée, tandis que les épaules se projettent en avant de facon alternée, les bras étendus sur le dos, la nuque en déflexion complète.

Toute parole est impossible; la déglutition est très difficile : on porte tous les aliments à la bouche du malade, incapable de tous mouvements volontaires. L'’examen neurologique succinct, par suite de cet état, ne montre aucune atteinte pyramidale mais une hypotonie musculaire nette.

La température est à 38°, la langue suburrale, le cœur présente un souffle d'insuffisance mitrale avec une tension artérielle à 110 - 62; les urines ne contiennent ni sucre ni albumine; la cuti-réaction demeure négative.

Nous préconisons la thérapeutique suivante :

— sérum glucosé * par jour;

insuline, 5 unités, 2 fois

— Intocostrin : 20 unités (poids du malade:

47 kilogrammes).

Le curare, injecté intramusculaire vers

15 heures amène une légère sédation deux heures plus tard.

Le 26 mai : la température à 39°, atteint son ac-

Bel"

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