‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 20 sur 87 · LE GRAND SÉMINAIRE ET L'ORDINATION · texte numérisé non relu

LE GRAND SÉMINAIRE ET L'ORDINATION

ostentation, et s'effaçait toujours le pl^ qu'il pouvait. C'est II souvenir qu'en ont gardé et le témoignage qu'en ont rendu tous ses condisciples de cette époque*

On a peut-être exagéré l'infériorité d'esprit de M. Vianney. Il est certïiin que la nature avait peu fait pour lui, Qt que la grâce avait dû refaire l'œuvre de la nature, en lui donnant ces vertus intellectuelles et ces qualités infuses qu'aucun de ceux qui l'ont vu au milieu des travaux difficiles de son apostolat ne peut méconnaître ; mais il nous semble aussi qu'on a trop répété que le Curé d'Ars était incapable. Ce qui a donné lieu à ce préjugé, c'est la manière dont il parlait de lui-même, en toute rencontre. Un jour que nous voulions vérifier le nombre d^années qu'il avait passées à Écully, sous le préceptorat de M. Balley, il protesta contre le mot d'études dont nous nous étions servi : « Je n'ai point « fait d'études, dit-il. M. Balley a bien essayé, pen- (( dant cinq ou six ans, de m'apprendre quelque « chose ; il y a perdu son latin, et n'a jamais rien « pu loger dans ma pauvre tête. «

Cependant l'époque de l'ordination était proche. Avant de faire le redoutable appel, les directeurs du grand séminaire de Saint-Irénée se recueillaient devant Dieu; ils pesaient au poids du sanctuaire la Valeur des sujets sur lesquels ils allaient avoir à se prononcer. Quand on en vint au jeune Vianney, leur perplexité fut grande: sa tendre piété, sa régu-

larité exemplaire, la pureté de ses mœurs étaient des titres sérieux; mais il était si peu Instruit 1 Fallait-il , en dépit des examens et de leur accablant témoignage, passer outre et l'appeler aux ordres sacrés? fallait-il l'ajourner encore? On alla jusqu'à mettre en question s'il ne serait pas plus sage de le rendre à ses parents et aux travaux delà campagne... Toutefois, avant d'en venir à cette extrémité, on voulut avoir l'avis préalable des représentants de l'autorité diocésaine.

En l'absence du cardinal-archevêque, que les nécessités de la politique retenaient loin de son troupeau, il y avait alors à la tête de l'administration métropolitaine un homme qui est resté, dans le souvenir de ceux qui l'ont connu, comme le type de la pénétration s'alliant au bon sens ; on eut recours à lui. M. Gourbon réfléchit un instant, puis, avant de rien décider, il fit à ceux qui étaient venus le consulter différentes questions : « Le jeune Vian- « ney est-il pieux? sait-il bien dire son chapelet ? « a-t-il de la dévotion à la sainte Vierge? — C'est « un modèle de piété, répondirent unanimement « les directeurs. — Eh bien ! reprit le grand vicaire, « je le reçois; la grâce du divin Maître fera le « reste. »

Il faut dire que l'abbé Gourbon, que l'on prenait rarement au .dépourvu, était fixé d'avance sur lè ' mérite du candidat dont on discutait les titres devant lui. A l'annonce des nouvelles difficultés qui remet-

LE GRAND SÉMINAIRE ET l/ORDINATpjfc. K?

laient en qij^stioii l'avenir de son élève, le curé d'Écully était accouru; avec l'autorité que lui donnaient à Tarchevêché son expérience et ses vertus, il avait plaidé la cause de son enfant bien-aimé» et il. avait fini par dissiper les craintes et fixer les incertitudes. Le Curé d'Ars a souvent dit à ce propos: (i II est une chose dont M. Balley aura de la peine « à se justifier devant Dieu: c'est de s'être fait ma « caution, et d'avoir pris à sa charge un pauvre « ignorant comme moi. » C'est le seul reproche que l'élève ait jamais fait à la mémoire de son maître vénéré.

La présence continuelle du cardinal Fesch à Paris, au déclin de l'empire, avait mis les vicaires généraux de Lyon dans la nécessité de s'adresser aux évêques voisins, pour l'ordination de leurs sujets. Lorsqu'un appel avait lieu aux quatre-temps de Noël ou de Pâques, les jeunes ordinands avaient coutume de se rendre à Grenoble ; mais, à la fin du cours annuel, cette imposante cérémonie se célébrait à la Primatiale ; le prélat demandé s'y transportait. C'est ce qui arriva pour l'abbé Vianney ; ordonné sous-diacre le 2 juillet 18U et promu au diaconat l'année suivante, six mois après, ses supérieurs le jugèrent mûr pour le sacerdoce. La céréi^poie se fit pour lui seul dans l'église cathédrale de Grenoble.

Si rien n'a transpiré des sentiments qui agitèrent l'âme du jeune lévite à cette heure d'éterne

o8 0^ VIE DU CURÉ D'ARS.

souvenir, à Taide des brûlantes parojes qui s échappées tant de fois au Curé d'Ars, quand il arrivait de parler de Téminente dignité du prêtri de la sublimité de ses fonctions, il est aisé d( conjecturer... murs qui fûtes témoins de C' consécration! voûtes saintes qui redîtes les pan par lesquelles il fut fait prêtre pour l'éternité ! p du sanctuaire sur lequel posèrent les pieds du r vel apôtre et qui recueillîtes se larmes ! autel vaut lequel il se prosterna pour offrir à Dieu,pai mains du pontife, son premier sacrifice, un je vous nous direz vos secrets!...

^fKS^ysh^^

Page 1