‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 21 sur 87 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

^- "Vianney e«l nommé Tlcalre d'ÉcuUy.— Sarharltë et 0* moHIfleatloB.— 'Mort de BI. Balley.

^ès que M. Vianney eut été revêtu du caractère ^^^^rdotal, le curé d'Écully le demanda et Tobtint Pouj* vicaire. Son arrivée fut un jour de fête pour ^ ^ Paroisse. Il eut bientôt obtenu, auprès de toutes ^^ classes, un de ces succès d'estime et de consid^- ^^U qui honorent le plus un prêtre. Le premier qui ^i donna sa confiance fut son maître lui-même. La ^^ille des grandes fêtes, il passait le jour et une X^^rtie de la nuit au confessionnal trouvant à peine le ^^mps démonter à l'autel, de dire son bréviaire et de ï^rendre à la hâte son unique et modeste repas.

M. Vianney n'avait pas deux poids et deux mesures. La perfection qu'il prêchait aux*autres, il ^ faisait la règle de sa conduite ; il accomplissait Je premier les sacrifices qu'il leur demandait ou plutôt ses sévérités n'étaient que pour lui ; autant il était dur à lui-même , autant il était doux au

prochain. Affable, obligeant, gracieux envers tous, il avait des tendresses particulières pour les pauvres et les petits; il ne ferma jamais à personne ni sa bourse ni son cœur. On a conservé, à Écully, la mémoire de son inépuisable charité ; nous n'en citerons qu'un trait.

Il y avait longtemps, et on le voyait bien, qu'il portait la même soutane. Souvent averti qu'il de^ vait à l'honneur de son ministère d'avoir une mis^ plus soigné, il répondait : «J'y songerai...» et, eit attendant, son petit traitement de vicaire continuait à se fondre en aumônes. Un jour pourtant, pressé plus que de coutume, il s'était décidé à remettre à la femme du marguillier la somme nécessaire à

t'emplette d'une soutane. Mais quelques heures

après, il recevait la visite d'une grande dame, que le ^Iheur des temps et une bienfaisance qui donnait toujours sans jamais compter avaient réduite à la plus douloureuse extrémité. Le bon vicaire n'y tient pas; au sortir d'un entretien plein de confidences navrantes, il ne songe plus qu'à secourir cette noble infortune. Il court chez son banquier. On lui oppose mille raisons, toutes plus persuasives les unes que les autres : « C'est bon! c'est « bon! » se 'contente de dire l'entêté vicaire, « ren- « dez-moi mon argent ; nous verrons ensuite .... » ^ On devine aisément le reste.

M. Vianney était toujours prêt à se dévouer pour le salut du troupeau. Les malades, au moindre

If

■^- Tft"

^ÊÊÊk

rc- /"^

Laii-iJt.

^^sSjSSî<tsMt.\"-?^ ^i..

.^'t^'#î*ig^^^èt^?«^^^^

rir^;.i>.ii^ ^---'h.-^

LE VICARIAT D EGDLLY. 63

- au contraire il était si exténué de jeunes , qu'il ïmblait ne pas pouvoir porter son grand corps.

A la fin, la paroisse s'émut de tant d-austérités ; Cà raconte qu'elle alla en députation à rarchevôt^, pour obtenir des supérieurs une ordonnance ^i enjoindrait au curé et au vicaire de se mieux ^«iter.

Mais déjà M. Balley avait comblé la mesure de ses ^^ élites et de ses années. Il était usé, avant le ^mps, parles souffrances de corps et d'âme qu'il -A^ait endurées sous la Terreur. Le vieux serviteur ^"^ Jésus-Gbrist attendait, dans un sentiment de ^ie sereine et conliante, l'heure où son Maître vien- '^ait compter avec lui et régler son salaire. Bientôt C)n état de faiblesse se compliqua d'un ulcère à hi . ^nabe, qui le retint six mois au lit. Les premiers ^ids aggravèrent sa situation; la plaie s'envenima; on aperçut des traces de gangrène.

Les prêtres du voisinage, qui aimaient M. Balley -omme un père et le vénéraient comme un saint, se donnèrent rendez-vous tour à tour auprès de son it-de douleur. Ils voulaient apprendre à bien mourir de. celui qui leur avait appris à bien vivre. Le malade profita de leur présence pour dire à son vicaire qu'il avait besoin d'être fortifié par la grâce des derniers sacrements. L'abbé Vianney entendit la confession de son maître, et lui administra le saint viatique. La scène fut émouvante. Tous les assistants fondaient en larmes en voyant un jeune saint

donner au vénérable vieillard, son bienfaiteur et son guide spirituel, les consolations suprêmes qu^ la religion réserve aux mourants. Avant de recevoî le corps de Notre-Seigneur, le malade se leva su. son séant, et, s'adressant à son vicaire et aux per sonnes présentes, il leur fit amende honorable poa les scandales qu'il leur avait donnés* Le vicaire son tour, en son nom et en celui des assistants, 1« demanda pardon des peines et des chagrins quU lui avaient involontairement causés.

Le lendemain, Tabbé Vlanney célébra pour le malade une messe à laquelle tout le village assista Après le saint sacrifice, il revint près du lit de soi ami, qui avait désiré l'entretenir une dernière foi -seul à seul. Dans cette suprême et secrète entrevue le mourant lui remit ses instruments de pénitence « Tenez, mon pauvre Vianney, lui dit- il, cachez cela (( si on le trouvait après ma mort, on croirait qu< (( j'ai fait quelque chose pour l'expiation des péché ('. de ma vie, et on me laisserait en purgatoire jus " a qu'à la fin du monde. » Puis il ajouta, en bénis sant encore de ses mains défaillantes le Jeune prêtre qui sanglotait à ses pieds : « Adieu, cher enfant « courage î continuez à aimer et à servir le boi « Maître... Souvenez-vous de moi au saint autel.. « Adieu! nous nous reverrons là-haut !... »

Quelques instants après, ses yeux se fermèrent i la lumière de cette vie pour s'ouvrir à celle des féli cités éternelles. « Il mourut, dit M. Vianney, comm(

Hf^i^mkéx^m,

Page 1