‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 23 sur 87 · COMMENT IL RENOUVELLE SA PAROISSE · texte numérisé non relu

COMMENT IL RENOUVELLE SA PAROISSE

il faut le regarder souvent, le regarder longtemps ; car, plus on le regarde, plus on l'aime, et plus on Tainae, plus on est porté à Timiter.

On voyait encore avec mademoiselle d'Ars, assistant à la sainte messe, et le soir, récitant dévotement son chapelet devant Tautel de Notre-Dame, une pauvre veuve qui habitait une petite maison près de réglise et qui faisait le ménage de M. le Curé. Enfin, pour compléter ce groupe fidèle, la Providence permit qu'une personne fort connue à Lyon par son éminente piété, attirée par la réputation que M, Vianney s'était acquise pendant son vicariat d'Écully, vînt s'établir à Ars. Mademoiselle Pîgnaut connut en arrivant la bonne veuve, et lui demanda à partager son toit. Cette sainte fille avait quelque fortune, et, comme elle ne faisait aucune dépense, elle pouvait disposer en œuvres pies de tout l'argent qu'elle économisait. Son bonheur était défaire passer ses aumônes par les mains de son Curé qui tirait à vue sur elle. « Allons, lui disait-il, j'ai besoin « de cinq francs: donnez-les-moi vite... » Et elle s'exécutait de bonne grâce. Ce fut là le commencement de cette liste civile, que nous verrons s'augmenter plus tard et atteindre des chiffres vraiment miraculeux.

Ainsi, dans la petite église d'Ars, naguère abandonnée comme le sont tant d'églises de campagne, on pouvait voir, à toute heure du jour, deux anges adorateurs, l'un dans le sanctuaire, l'autre dans la

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chapelle «de la sainte Vierge. Mademoiselle d'Ars et la boûoe veuve y paraissaiecit aussi ; mais les devoirs de leur position respective ne leur permettaieot pas la même assiduité*

La journée, commencée par ToITrande du saint sacrifice, se terminait régulièrement par la récitation du chapelet et la prière du soir en comjuuBL II n'était pas possiible qu'un spectacle si édiûant iat perdu pour ceux qui en étaient les témoins. Le iMen a sa contagion comme le mal. Ue jour en jour, te boh- Tieau duréavait laiconsolalion de voir un plus gcand nombre de brebis jusque-Là fugitives rentrer an bercail. Ce noyau segrossit encore par Tadjonction de personnes étrangères qui vinretut successivemei^ s'étadblir à Ars. M. Yiîanney n-était pas connu ; on oe parlait pas du Curé d'Ârs dans le monde, et dqjà il somblaitt qu'une influence secrète attirât vers lui les âmes <^i avaient faim el soif de la justice, et leur désignât, pour venir y adorer Dieu en esprit H en vérité, réglîse que ce saint prêtre de Jésus- Christ remplissait du par£am de sm piôères.

La liénnion du soir ne tarda (pas de devenir un execeice {Hiblic auquel un nombre toujours crois* saat d'iiabitants du village prkeat part Oda l'annonçait au son de la cloche. La joie du pasteur était au comUe, ktts^ue, à la chute du jour, il voyait s'achamiAer vei% l'église, en groiupes â0mb0eu£,«dtt. i!e|k»ésenflants de toutes Hiiifamities qui «venaient ^'^ re{)oeeir im inglant de le«urs rudes travaux. A i^rtir.

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•(le ce jour, M. Viaaûey ne naanqua jamais une seule fois de présider cet exercice. Ses avis en chaire, ses exhortations pressantes au saint tribunal, contribuèrent à accélérer et à étendre le mouvenfteut. a Ah I disait-il, mes Frères, si nous avions les yeux « des anges, en voyant Notre-Seigneur Jésus-Qu^ist « qui est ici présent, sur cet autel, et qui nous re- €( garde, comme nous Taimerions I Nous voudrions « toujours rester à ses pieds : ce serait un avantce goût du ciel ; tout le reste nous deviendrait insi- « pide. Hélas!.-, c'est la foi qui manque. Nous som- « Bttes de pauvres aveugles; nous avons un brouil- « lard èur les yeux. La foi seule pourrait dissiper « ce brouillard... Tout à l'heure, mes Frères, quand «je tiendrai Notre-Seigneur dansmes mains; quand « le bon Dieu vous hénira, demandez-lui donc qu'il <i Twms ouvre les yeux du cœur. Dites-lui comme n Taveuge de Jéricho : « Seigxieur, faites que je <c voiel » Si vous:lui disiez sincèrement: « Faites « gue je voie! » voufi obtiendriez certainement ce « que vous désirez, parce qu'iL ne veut que votre ((.boB^eur : il à ses maius pleines de gr&ces, chera. chant à qui les distribuer, et personnen'en veut.. . <( .Nous sommestrop malheureux denepas comfireua dre ces ciioses I Nous les comprendrons bien une <i fois ; mais ce ne seraplus temps!...» Et les larmes étouCCaietàt sa voix ; l'auditoire aussi était ému.

Un autre l}ut qu'il poursuivait sans relâche, c'étatt d'amener ses paroissiens à un usage plus fré-

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quent des sacrements. Il avait joui de ce triomphe à Éculiy ; il y avait vu la table eucharistique contiuuellement entourée; à Ars, c'était bien différent Le zélé pasteur en gémissait. « Je n'ai rien à faire « ici, disait-il avec tristesse; j'ai peur de m'y dam- « ner. Ahl si je pouvais voir une fois notre divin « Sauveur connu et aimé ! si je pouvais distribuer, « tous les jours, son très-saint corps à un grand (t nombre de fidèles, que je serais heureux! » Cette consolation lui fut bientôt donnée.

Déjà mademoiselle d'Ars s'agenouillait souvent à la sainte table ; elle s'y montra encore plus assidue. Mademoiselle Pignaut communiait presque tous les jours. Prises d'une noble émulation et entraînées par les instructions si touchantes qu'elles r^cevaieht en chaire et au confessionnal, la pieuse veuve dont nous avons parlé et d'autres personnes intelligentes suivirent cet exemple ; si bien qu'au bout de trèspeu de temps, un nouveau germe de salut, et le plus fécond de tous, était déposé dans cette terre qu'on avait crue stérile.

On le voit, la doctrine de M. Vianney n'était pas celle de certains docteurs de l'époque à laquelle il appartenait. Il croyait avec saint Alphonse de Liguori, saint François de Sales, saint Vincent de Paul, avec tous les saints et toute la tradition, que Kadorable Eucharistie est le pain de chaque jour que nous demandons à Dieu, dans l'Oraison dominicale; il croyait avec Fénelon que « si Jésus-Christ se donne

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