‹ Le curé d'Ars: Vie de m. J.B.M. VianneyChapitre 25 sur 87 · GOMMENT IL RENOUVELLE SA PAROISSE · texte numérisé non relu

GOMMENT IL RENOUVELLE SA PAROISSE

« mon changement. » La vérité est qu'elle devint, par la suite, un modèle de régularité pour ses compagnes. »

Ce fut la première conquête du Curé d'Ars. Bientôt la paroisse changea de face. Cette transformation ne se fit pourtant pas tout h coup : il faut le temps à la grâce et la grâce au temps. Chacune des victoires de l'abbé Vianney fut le prix d'une patience, d'une longanimité et d'un zèle à toute épreuve. Le terrain ne fut défriché et fécondé qu'à petites journées et à grand labeur. Le difficile n'était pas d'amener ces jeunes flUes à se confesser, mais à renoncer à la danse; elles y vinrent cependant, petit à petit, une à une. A mesure qu'elles se détachaient, M. Vianney les invitait à passer la soirée du dimanche dans le jardin de la cure, où il ne se tenait jamais lui-même; là, pendant que le bal s'agitait sur la place, on parlait du bon Dieu, on lisait la Vie des saints^ on s'exerçait au chant des cantiques, on s'animait au bien.

La confrérie du Saint-Sacrement date de la même époque. Bon nombre d'hommes s'empressèrent de répondre à l'appel qui leur fut fait; les chefs des principales familles donnèrent l'exemplft, «Les hommes, <c disait le bon Curé, ont une âme à sauver, aussi « bien que les femmes ; ils sont les premiers par- « tout : pourquoi ne seraient-ils pas les premiers à « servir Dieu et à rendre hommage à Jésus-Chftst « dans le grand sacrement de son amour? La dévo-

(( tioû devient plus influente quand elle est pratiqa <( par eux. »

Déjà rébranlement était considérable, et la nommée du Curé d'Ars commençait à dépasser l^'^ limites de son humble paroisse.

Le bon Maîti-e, qui prenait plaisir à voir les efforts de son ministre et à les bénir, lui ménageait ua nouvel encouragement dans la connaissance qu'il lit, à peu près vers ce temps-là, du frère de mademoiselle d'Ars. Le vicomte d'Ars vivait à Paris^ au milieu de tout ce que le clergé et le grand monde d'alors comptaient de personnages éminents parieur piété. Sa première visite en arrivant chez sa soeur fut pour le Curé : son air le frappa extraordinairement ; il ne douta pas qu'il n'eût devant lui un saint. Aussi longtemps que dura son séjour au château^ il eut avec M. Vianney de fréquents entretiens. Ils s'enfermaient ensemble à la sacristie et y passaient de longues heures, qui leur paraissaient dérobées au ciel, tant ils y trouvaient de douceur et de consolation mutuelle. Les âmes qui ont choisi Jésus- Christ pour leur partage et qui l'aiment d'un amour unique ont entre elles des affinités mystérieuses et profondes. Si M. Vianney était un prêtre seloa le cœur de Dieu, le vicomte d'Ars était un de ces hommes qui deviennent plus rares de génération ea génération ; il passait sa matinée à l'éiglise et sa soiréaS chez les pauvres : à l'église, il servait les messes qui^e disaient en sa présence; chee les pauvres, il

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c de meji bieusî • La suite fera voir que ce n'était (K>int ici uue mauit*re de parler, mais que ces dis- {lositions généreuses étaient au fond du cœur de ce noble chrétien. Au moment de prendre congé, il sollicita de M. ^^annev la faveur d être associé à ses priires et à ses bonnes œuvres, et il lui demanda sa bénédiction.

CHAPITBE III

ConinienC M. Vianney travaille à la réfarme des abu», Il i'abollCloD des danses el fies cabarets, à la sancdfleation du dlmanehe.

M. Vianney avait organisé Tarmée du bien dans sa paroisse; il n'était plus seul, il avait une force sur laquelle il pouvait s'appuyer; le moment lui paraissait venu d'attaquer ouvertement les ennemis qui ravageaient son troupeau. Dans la guerre aux abus, il y a deux écueils à éviter : le premier est d'agir avec un zèle inconsidéré, de revêtir la vérité des paroles dures et hautaines; c'est ainsi qu*on pousse les méchants aux derniers excès, qu'on décourage les faibles et qu'on envenime les cœurs aigris. Les ouvriers de Dieu doivent prendre garde de ne pas ravager le champ, par trop de hâte à détruire cette ivraie que le Père de famille veut bien laisser croître jusqu'à la moisson. Le second écueil, c'est de se tromper sur le choix des moyens. Il est bon que le prêtre oublie un instant sa haine contre ^e vice pour lui arracher des victimes ; qu'il attache

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sa pitié à chaque faute. On ne guérit pas le cœur ôb ^^, le froissant. « Je ne me suis jamais fâché coutï^ « mes paroissiens, disait M. Vianney, je ne crois p^ « même leur avoir fait de reproches. »

Nous avons vu que les populations de ce plateau des Bombes étaient ardentes aux plaisirs. Ladaa^^ surtout y faisait le passe-temps favori du dimancU^ et des fôtes; elle est rarement un exercice innocea^î mais , au village , elle emprunte du laisser-ail^^ qui s'établit dans les rapports, de raffranchissemet^^ de tout contrôle grave et prudent, de l'absence d^ toute barrière imposée par le respect et les bienséances, un caractère particulièrement dangereu:^' Les jeunes gens y trouvent un aliment à leurs paiS' sions, et les jeunes flUes y perdent, avec leur pU^' deur, le goût de la piété et le sentiment des joies simples. Le Curé d'Ars y voyait le principal obstacle à ses projets de réformation.

Un jour, il apprend qu'un ménétrier est arriv^ dans sa paroisse, et qu'il s'apprête à taire dansef - « Mon ami, lui dit-il, vous faites là un métier qa^ a le bon Dieu n'aime pas. — Monsieur le Curé, i ^ « faut bien vivre. -— Oui, mon ami, mais il fao^'^ (( aussi mourir; et j'ai quelque crainte qu'à lamoiT'^ « vous ne vous trouviez pas bien d'avoir vécu de 1^^ u sorte. Tenez, nous allons faire un marché. Com^ ^ « bien vous donne-t-on par jour? — Vingt francs (( — En voici quarante, et laissez-nous la paix. » La fête du patron approchait : c'était une époqu^^

tique ; elle ne passait jamais sans son cortège tîgé de danses, de fanfares et de joies tumulmses; les environs y accouraient; Trévoux et left'anche envoyaient leur contingent. Cette foule slpée, cette agitation et ce bruit gâtaient le pays ir longtemps. Le Curé d'àrs était résolu d'en îr avec un scandale qui désolait son âme. Le Rcile était de savoir comment il s'y prendrait, f^ctiver en pareil cas, fulminer des anathèmes chose facile; mais les invectives touchent peu Convertissent encore moins. Il dira pourtant sa àsée à son peuple. Écoutez le :

i Dans le monde, mes frères, on ne pense qu'à •« divertir. Cependant, on ne peut pas offrir une lanse en expiation des fautes de sa pauvre vie. Si vous ne voulez que vous amuser en ce monde, Uors n'offensez pas le bon Dieu I... Mais ce sont iistementceux qui ont le moins peur d'offenser le 3on Dieu qui ont toujours les plaisirs en tête... t( Voyez, mes frères, les personnes qui entrent ians un bal laissent leur ange gardien à la porte, et c'est un démon qui le remplace : en sorte qu'il y a bientôt dans la salle autant de démons que de Amseurs.

« Celui qui veut s'amuser avec le diable, dit saint Pierre Chrysologue, ne pourra pas se réjouir avec Jésus- Christ. On ne va pas au ciel saas l'avoir mérité, et on ne le mérite pas en désobéissant à Jésus-Christ qui a condamné le

monde et ses plaisirs. N'a-t-il pas dit : « Ce maudit monde! ce malheureux monde 1 je ne prierai pas pour lui ?...» Voyez, mes frères, Notre-Sei- (( gueur ne dit pas : « Bienheureux ceux qui rient! « bienheureux ceux qui dansent î » il dit, au con- « traire : «Bienheureux ceux qui pleurent! bien- « heureux ceux qui souffrent ! »

Ainsi parlera Je Curé d'Ars; mais ses supplications, ses larmes et son visage empreint d'une tristesse profonde en diront encore plus que ses paroles. C'est au tribunal de la pénitence surtout qu'il épanchera l'amertume de son âme ; c'est là qu'il s'adressera tour à lour, avec force et avec douceur, à ces jeunes filles qui sacrifient ce ^qu'elles ont de plus précieux à un moment de vertige ; et à ces mères qui, pour n'avoir pas aujourd'hui le courage de résister à un caprice de leur enfant, pleureront demain sur les suites de leur funeste complaisance. Cependant, on était à la veille du grand jour, et déjà les têtes fermentaient. Une députation de jeunes gens était allée trouver le maire du village et lui avait demandé l'autorisation de tenir le bal comme les années précédentes. A ce mot de bal, le vieux maire avait froncé le sourcil. C'était un honnête homme, plein de vénération pour son Curé; jaloux d'appuyer ses projets de réformes, il avait pris l'engagement d'empêcher désormais le retour de scènes qui pouvaient l'affliger. « Mes amis, leur « dit-il, j'ai promis à notre Curé de m'opposer au

bal; je lui tiendrai parole. Faites comme moi, suivez ses sages conseils; vous ne vous en repentirez pas. » Les étourdis, à qui cette réponse s'aressait, partirent pour Trévoux, et en revinrent vec une permission du sous-préfet. « M. le souspréfet est mon chef, dit le maire; je ne puis défendre ce qu'il autorise; mais la police de la com- ^ mune me regarde. Faites-y bien attention : s'il y • a du tapage, je serai là. »

Le jour de la fête étant venu, après les ofDces le >al fut installé sur la place, au grand déplaisir du îuré, qui gémissait devant Dieu sur l'obstination et aveuglement de cette folle jeunesse. Il est vrai, le i*iomphe de l'esprit de désordre ne fut pas commet. Les organisateurs de la fête eurent beau •'intriguer, leur programme manqua dans une de »es parties les plus importantes. Ils avaient compté 5ur le concours des jeunes filles; toutes ou à peu )rès leur firent défaut; elles restèrent en prière à *église, sous l'aile de leurs mères. Leur absence itait à la fête une partie de son intérêt; aussi [uand, à la nuit tombante, le maire ceint de son charpe vint intimer aux attroupements qui s'éaient formés sur la place l'ordre de se disperser, >n ne se le fit pas dire deux fois. En même temps la iloche donnait à toute volée le signal de la prière» îe soir-là l'église fut comble ; on sentait que cette 'éparation était due au pasteur qu'on avait affligé.

tous regrettons de n'avoir pu retrouver les traces

du discours que M. Viauney tint à ses ouailles; nous savons seulement qu'ilfut très-touchant et qullleur fit répandre des larmes.

Pendant que Ton combat pour lui au dehors, Di60 achève son travail dans les cœurs. Confus, désappointés de leur triomphe, qui avait l'air d'une défaite, les jeunes gens d'Ars firent leurs réflexions, et, les conseils maternels aidant, ils vinrent ffl grand nombre demander à leur Curé d'être agrégfe à quelqu'une des confréries qu'il avait établies. En dépit des efforts faits par une bande de mencins pour conserver à la fête patronale son caractère teladoire, elle le perdit entièrement par la suite; dk devint une fête religieuse, sanctifiée par la frtqucft' tation des sacrements et une joie toute chrélieniw»

Il V eut encore cà et là des tentatives malheuretecs

et des manifestations avortées ; mais ces scandales vinrent du dehors.

Une fois pourtant il y eut une démonstrati(»

regrettable à la tête de laquelle figurèrent quelques pères de famille de l'endroit; ce fut la dernière; elle tomba sous le ridicule que le bon Curé sut lui infliger, tout doucement, sans froisser personne, par une innocente saillie. Après avoir complimenté la jeunesse sur son honorable abstention : « J'ai aperçu dimanche dernier, ajouta-t-il, quel- « ques hommes de ma paroisse , à qui leur âge « conseillerait une tenue plus grave et une conduite « plus S3ge, qui portaient des rubans à leurs cha-

peaux. J'ai pensé qu'ils voulaient se vendre. » Il en fallut pas davantage pour faire honte aux couibles. Le Curé d'Ars avait déjà donné tant de gages î son aniûur des âmes, que son ascendant était ivenu presque irrésistible.

Yaiûeu sur le terrain où il s'était lentemenf forfié, l'esprit de désordre essaya bien encore de se reiversûus une autre forme, prenant prétexte des réoiissances qui sont le cortège accoutumé des noces iTiapagnardes. Mais, grâce à l'influence qu'il s'était îquise auprès des pères et des mères de famille, . Vianney eut promptement raison de cet abus. Il lit dès lors reporter sa sollicitude sur cette grande xestion du dimanche^ dont tous les bons esprits se ►nt vivement préoccupés depuis quelques années ; n'y avait aucun point de la loi divine que le Curé A.rs rappelât plus souvent en chaire.

« Vous travaillez, vous travaillez, disait-il ; mais ce que vous gagnez ruine votre âme et votre corps. Si on demandait à ceux qui travaillent le dimanche : « Que venez- vous de faire? » ils pourraient répondre : « Je viens de vendre mon âme au démon, de crucifier Notre-Seigneur et de renoncer à mon baptême. Je suis pour l'enfer; il faudra pleurer toute une éternité pour rien... » Quand j'en vois qui charrient le dimanche, je pense qu'ils charrient leur âme en enfer.

« Oh I comme il se trompe dans ses calculs, celui qui se démène le dimanche, avec la pensée qu'il

i( va gagner plus d'argent ou faire plus d'ouvrage I (« Est-ce que deux ou trois francs pourront jamais « compenser le tort qu'on fait à soi-même en vio- « lant la loi de Dieu? Yous vous imaginez que tout « dépend de votre travail ; mais voilà une mala- « die, voilà un accident... il faut si peu de chosel « un orage, une grOle, une gelée. Le bon Dieu a « tout sous sa main ; il peut se venger quand il « veut et comme il veut; les moyens ne lui man- « quent pas. N'est-ce pas toujours lui qui est le (( plus fort? ne faut-il pas qu'il reste le maître à la « fin?

« Que vous revient-il d'avoir travaillé le dimanche? « Vous laissez bien la terre telle qu'elle est quand « vous vous en allez; vous n'emportez rien. Âhl « quand on est attaché à la terre, il ne fait pas bon « s'en aller!... Notre premier but est d'aller à Dieu; « nous ne sommes sur la terre que pour cela... Mes « frères, il faudrait mourir le dimanche et ressuciter « le lundi.

u Le dimanche, disait-il encore, c'est le bien du « bon Dieu; c'est son jour à lui, lejour du Seigneur. « Il a fait tous les jours de la semaine; il pouvait « tous les garder ; il vous en a donné six, il ne s'est « réservé que le septième. De quel droit touchez- « vous à ce qui ne vous appartient pas? Vous saves « que le bien volé ne profite jamais. Le jour que vous « volez au Seigneur ne vous profitera pas non plus. « Je connak deux moyens bien surs de devenir

« PAUVRE: C'EST DE TRAVAILLER LE DIMANCHE ET DE c< PRENDRE LE BIEN D'AUTRUI. »

C'était là une des sentences favorites du Curé d'Ars. A la fin de sa vie, on la retrouvait plus que jamais sur ses lèvres, comme le fruit de sa longue expérience.

Soyons juste, le zèle de M. Vianney rencontra sur ce point des cœurs dociles. Ars devint promptement sous sa conduite, et fut toujours depuis, la paroisse exceptionnelle que tout le monde a pu admirer. Jamais, le dimanche, un travailleur dans les champs, même au temps des récoltes ; partout l'honnête et doux repos de la prière.

Un dimanche du mois de juillet, on était en pleine moisson et tous les blés par terre. A l'heure de la grand'messe, le vent soufflait avec violence et amoncelait déjà de gros nuages noirs; on pouvait croire à l'orage. M. Vianney monte en chaire, défend de toucher aux gerbes, et promet à ses paroissiens plus de beau temps qu'il ne leur en faut pour mettre à l'abri leur récolte. Tout se passa comme il l'avait prédit; il y eut encore quinze jours sans pluie.

« Je me trouvais à Ars au temps de la fenaison, raconte un témoin oculaire. Sauf quelques rares éclaircies, qui avaient permis aux habitants de faucher leurs prés, la semaine avait été pluvieuse ; le fourrage n'avait pu être rentré le samedi , parce qu'il n'était pas sec. Le dimanche, bien que la jo^urnée fût magnifique, et que la récolte eût été exposée

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loi VIE DU CURÉ D'ARS.

pas à être abandonnée et enfin fermée. A la place de ces foyers de désordre, dès que le pèlerinage commença, le Curé d'Ars permit d'établir des hôtels modestes pour loger et nourrir les étrangers. Dans ces hôtels, tout se passait avec ordre et convenance : fermés régulièrement, les dimanches et les jours de fête , pendant les offices divins , ils ne s'ouvraient que pour le repas des pèlerins. Les gens de l'endroit ne s'y réunissaient pas.

Ars prit alors cette physionomie grave et religieuse qui ne ressemble à rien de ce que l'on obsene ailleurs et qui nous reporte bien loin en arrière, vers des temps qui ne sont plus. Durant le jour, tout le mouvement se concentre autour de l'église; le soir, on y veille en famille; la nuit, on y dort en paix. On n'a pas d'exemple que le sommeil des habitants ait été troublé par ces cris et ces chants si communs ailleurs, et qui accusent autant l'insuffisance de nos règlements de police qu'ils font peu d'honneur à Torganisation musicale des paysans de nos contrées. Tant il est vrai que, pouï la réforme des mœurs, il faut peu compter sur les lois ; il leur manquera toujours cette force sympathique qui donne le branle à la volonté humaine. Or, cette force qui remue et change les cœurs et qui n'est pas dans les lois , elle est dans la parole aimée et respectée d'un prêtre qui parle au nom et avec l'esprit de Jésus-Christ.

Si le Curé d'Ars se fût contenté de faire cesser le

scandale des œuvres servîtes, des danses et des cabarets, il aurait fait beaucoup pour la régénération morale et religieuse de sa paroisse; il n'aurait pas établi le jour du Seigneur, ni procuré directement la gloire que le dimanche rend à Dieu et la paix qu'il donne aux hommes de bonne volonté. Oter au peuple ce qui le distrait et l'amuse sans rien mettre à la place, c'est le condamner au désœuvrement et à l'ennui. Pour que le dimanche soit le vrai dimanche du bon Dieu, il faut qu'il fasse succéder aux exercices corporels qui abaissentl'âme, les exercices spirituels qui la relèvent, la rapprochent du ciel et lui font respirer l'air pur de la vérité. La sollicitude pastorale, semblable à la tendresse maternelle, doit être toujours en éveil pour faire participer le peuple fidèle aux bienfaits de cette divine institution.

C'était un bonheur de se trouver à Ars un jour de dimanche ou de fête ; les communions y étaient nombreuses et les prières continuelles ; l'église ne désemplissait pas. Aux offices, qui se succédaient à de courts intervalles, l'affluence était si considérable qu'on tenait à peine dans l'enceinte trop étroite. Le bon pasteur faisait régulièrement le catéchisme aune heure après midi : on y assistait presque aussi assidûment qu'à la messe. Les vêpres étaient suivies descomplies. Après le chant de l'antienne à la sainte Vierge, M. Vianney présidait la récitation du chapelet, à laquelle tout le monde prenait part. Au déclin du jour, la cloche appelait pour la troisième fois les

fidèles à réglise, et pour la troisième fois la paroisse entière répondait à cet appel. M. le Curé sortait de son confessionnal et montait en chaire pour faire la prière, toujours suivie d'une de ces touchantes homélies où son àme s*épanchait en des paroles i la fois si simples et si élevées, si fortes et si pathétiques.

Il est difficile, à présent qu'un terrain de seconde formation a recouvert celte végétation primitive, de ressaisir les traces profcmdes du travail fait par cette main habile. L'affloence des pèlerins, le grand nombre d'étrangers qui sont venus se fixer à Ars pour exploiter ce concours, ont changé la face du pays ; mais, il y a vingt-cinq ou trente ans, c'était une véritable oasis chrétienne.

« Je me suis promené très-souvent dans les champs, au moment des récoltes, nous a dit un habitué d'Ars ; je n'ai pas entendu un seul blasphème, pas une seule parole inconvenante. J'en fis un jour mon compliment à im des habitants ; il me répondit avec simplicité : «Nous ne valons pas mieux que les <( autres ; mais nous aurions trop de honte de nous (( livrer à de semblables désordres si près d'un sainL» Au son de la cloche de midi, je voyais avec admiration les hommes s'arrêter au milieu de leurs travaux, se découvrir et réciter ÏAngelus. Point de ces scènes violentes, de ces éclats scandaleui. qui sont les suites ordinaires de l'ivrognerie. Les sacre* ments sont très-fréquentés : tous les samedis xes*-

semblent, sous le rapport des confessioi>s , à une veille de fête.

« Je sais qu'il y a quelques endurcis qui ont résisté à tous les efforts du zèle de leur pasteur. Le mal se glisse partout, et lorsqu'il est à côté d'un grand bien, il semble emprunter de ce voisinage un plus haut degré de perversité ; mais pour qui connaît les Bombes, pour qui veut bien se rappeler ce qu'était Ars avant l'arrivée de M. Vianney, ce que sont encore les paroisses environnantes, le bien que cet homme de Dieu a fait parmi son peuple est son premier miracle. »

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